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Interview Exclusive |
INTERVIEW M. Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d'Etat américain chargé de l'Afrique n'est pas une personnalité à présenter surtout quand on parle de l'Afrique. Dans une interview à Congopolis, M. Herman Cohen analyse la situation en République démocratique du Congo avec la maîtrise du terrain qu'on lui reconnaît bien. Il y a mélange à la fois de la nostalgie de l'ère Mobutu et son soutien au régime actuel. Un cocktail intéressant. Congopolis: D'après vous, quelles faces voyez-vous dans la guerre qui continue de secouer le Congo? Est-ce une guerre typiquement congolaise, est-ce une guerre pour pourchasser les interahamwe? Qu'est ce que vous en dites? Herman Cohen: Autant la guerre que la violence semblent en voie de se terminer au Congo. Cependant, ce n'est pas encore sûr comme un phénomène politique. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui décrivent la guerre au Congo comme une guerre civile avec l'intervention étrangère. Malheureusement, cela semble être l'avis unanime des médias. A mon avis, le conflit au Congo est essentiellement ce que j'appelle "une guerre par procuration." "Une guerre par procuration" est une guerre provenant de l'extérieur d'un pays, mais déguisée comme une guerre civile. L'élément clef est la création d'une force rebelle de substitut à l'intérieur du pays cible qui est totalement contrôlé, financé et armé de l'extérieur. Quand la guerre a éclaté au Congo en août 1998, il n'y avait aucun RCD. Quand le RCD a-t-il été établi? Il a soudainement apparu comme l'Immaculée Conception. Le RCD a été créé par les gouvernements Rwandais et Ougandais pour couvrir leur intervention armée qui a été conçue pour renverser Laurent-Désiré Kabila et le remplacer par un autre Congolais qui serait soumis "aux conseils" de Kigali et Kampala. Il y avait un certain nombre de Congolais bien intentionnés qui se sont précipités à Goma pour rejoindre le RCD croyant qu'ils rejoignaient un mouvement de libération. Ils ont rapidement découvert qu'ils avaient rejoint une armée de substitut du Rwanda et la plupart d'entre eux ont abandonné le RCD. Pratiquement tous ceux qui restent dans le RCD sont aujourd'hui les otages virtuels qui ne peuvent pas s'échapper.
Plus tard, les gouvernements rwandais et ougandais ont admis qu'ils ont envahi le Congo pour leurs propres buts et ont donné comme leur raison principale l'élimination de leurs propres rebelles qui employaient le territoire congolais comme une base à partir de laquelle ils lançaient des opérations de guérillero à travers leurs frontières. L'excuse ougandaise avait quelque validité parce qu'il y avait des rebelles ougandais dans le nord-est du Congo qui était sous contrôle soudanais. En effet, le régime Kabila avait consenti à permettre aux Ougandais de maintenir un déploiement de troupes dans le nord-est du Congo pour combattre avec ces rebelles. Il n'y avait aucun besoin de sécurité, donc, pour qu'une invasion ougandaise atteigne les portes de Kinshasa en août 1998. Les Rwandais, étaient par ailleurs engagés dans une logique d'auto détermination. Selon eux, les Interahamwe génocidaires qui bénéficiaient de l'hospitalité de Kabila auraient dû être éliminés. En fait, la plupart des interahamwe qui avaient échappé à la première invasion du Congo en 1996, vivaient en Afrique centrale à l'extérieur de la RDC. Lors de l'invasion rwandaise, les Interahamwe étaient tout à fait heureux de venir au Congo pour se battre avec les envahisseurs de l'APR. Ironiquement, il est à noter que depuis 1998 jusqu'à ce jour , la plupart des combattants interahamwe ont fonctionné dans la partie orientale de la RDC, secteurs contrôlés par le Rwanda et l'armée du RCD. Pourquoi est-ce là qu'il y a eu peu de combats entre les soldats rwandais et les interahamwe? Les Rwandais se sont battus avec les Mai-Mai, les Banyamulenge, les soldats dissidents du RCD et la société civile. Pourquoi les Rwandais se sont-ils engagés dans une coexistence pacifique avec les interahamwe alors que la raison principale qui, selon eux, justifiait l'envahissement du Congo était d'éliminer ces criminels génocidaires? La présence continuelle des interahamwe, fournit une raison parfaite au Rwanda de maintenir sa présence au Congo, qui est devenue essentiellement une présence économique. Congopolis: Au moment où le Congo traversait et continue de traverser une crise sans précédent de son histoire, vous avez été l'un des rares avocats d'un Congo qui doit se refaire et se reconstruire. Je veux dire que vous n'avez jamais épousé le langage de ceux qui souhaitent voir le démembrement du Congo. Que représente, pour vous, le retrait des troupes rwandaises? Herman Cohen: L'armée rwandaise est partie de la RDC sous une forte pression des gouvernements américain et britannique. Ce n'est nullement pas une coïncidence, que l'armée rwandaise ait commencé à se retirer aussitôt après que Kagame se soit entretenu avec le Président Bush à New York en septembre. Les Américains étaient arrivés à la conclusion qu'une transition politique en RDC ne pouvait pas avoir lieu tant que l'armée rwandaise était à l'intérieur du Congo. Les massacres des dissidents du RCD et leurs familles à Kisangani très tôt durant l'année sur l'ordre de Kigali ont fini par pousser le gouvernement américain à prendre position. Je crois qu'un des objectifs politico-stratégiques de Kigali a été et continue à être le démembrement du Congo. L'objectif principal est de créer un état indépendant du Kivu qui serait gouverné par des substituts de Kigali et deviendrait le moteur du développement économique du Rwanda.
A la surprise du Rwanda, la population du Kivu a démontré un haut degré de nationalisme congolais. Bien que les Mobutistes aient systématiquement pillé leurs richesses, la population du Kivu se considère congolaise par dessus tout. Je crois que Mobutu, par toutes ses fautes et ses crimes, a instillé ce sens de nationalisme dans tous les Congolais pendant sa présidence. Oui, l'armée rwandaise est partie, mais l'armée du RCD, substitut du Rwanda, est toujours présente avec des cadres de l'APR déguisés et travaillera pour la sécession du Kivu s'ils ne peuvent pas gagner le pouvoir de Kinshasa. Congopolis: Nous avons lu des bulletins des nouvelles selon lesquelles les dernières troupes rwandaises sur le sol congolais se sont retirées vendredi 4 octobre 2002 à 13h00. Pouvez-vous confirmer la véracité de cette nouvelle? Herman Cohen: Je crois que l'armée rwandaise est partie. Les rapports sont précis. Je crois aussi que les cadres Rwandais restent dans le RCD pour s'assurer qu'il n'y a plus de défections et donner des conseils politiques et militaires. La politique rwandaise demeure encore celle d'aider le RCD à prendre le pouvoir à Kinshasa, vraisemblablement par des moyens militaires. Congopolis: Vous avez été Secrétaire d'Etat américain aux affaires africaines. La région des Grands Lacs africains revenait dans votre champ d'action. Que souhaiteriez-vous refaire pour poser le fondement d'une Afrique des Grands Lacs stable? Herman Cohen: Il y a deux réponses à cette question. D'abord, il doit y avoir la loi de la majorité au Burundi et au Rwanda combinée avec des garanties de sécurité pour des minorités. Après avoir exigé et réalisé la fin du système d'apartheid en Afrique du Sud, l'Union Africaine et la Communauté internationale doivent exiger la fin de loi de la minorité au Burundi et au Rwanda. La grande instabilité de la région des Grands Lacs depuis 1990 vient du problème de loi de minorité dans ces deux pays. Les élections démocratiques au Burundi en 1993 étaient libres, transparentes et justes; et le gouvernement de majorité qui a apparu était modéré, de même que le gouvernement de majorité de l'Afrique du Sud a été modéré et juste pour les minorités. La communauté internationale ne devrait pas être si tolérante au coup qui a renversé le gouvernement du Burundi en 1993. Jusqu'à ce que la loi de la majorité s'applique au Burundi et au Rwanda, il n'y aura aucune paix dans ces deux pays et il y aura des dangers graves pour la région des Grands Lacs toute entière. Deuxièmement, le Congo doit passer une vraie transition à la loi démocratique. J'étais avec le Secrétaire d'Etat Baker en mars 1990 quand il a persuadé Mobutu d'accepter la démocratie pluripartite. Mobutu a annoncé ce changement important le 24 avril 1990. Je crois que la transition que Mobutu avait commencée aurait pu être couronnée de succès si la classe politique congolaise avait été plus intelligente. Le problème avec la transition Mobutu non finie était la vision générale de la classe politique que le gouvernement transitoire était un théâtre pour la compétition pour contrôler le pouvoir à Kinshasa. On suppose que des gouvernements transitoires effectuent une transition de la loi autoritaire à la loi démocratique et rien de plus. Je crains que le courant manœuvrant dans le pouvoir de Kabila sur le gouvernement transitoire représente la même vision tragique: celui qui a le pouvoir dans le gouvernement transitoire régnera à Kinshasa. Cela ne doit pas être le cas. L'autorité transitoire doit avoir seulement deux missions. Ceux-ci sont (1) préparer une transition aux élections démocratiques et (2) maintenir une situation macro-économique stable. Si la transition devient une arène pour une lutte de pouvoir, je crains que ceux qui ont des armes prévalent et de nouveau les Congolais seront dans une équation. Ma recommandation la plus forte pour la transition, est que les Nations Unies se donnent la responsabilité complète de l'organisation et l'exécution des élections pluripartites. C'est malheureux, mais si ces premières élections libres dans quarante ans sont contrôlées par un gouvernement congolais, il pourrait y avoir une crise de crédibilité parmi les congolais qui sont totalement traumatisés par le passé. On ne saurait pas vraiment parler de l'histoire du Congo et la dissocier de la présence des E.U dans cette partie du continent. Les E.U. étaient déjà présents sur la scène politique congolaise depuis l'époque du roi belge Léopold II. Ils étaient là encore vers les années 1960. Ils étaient encore là du début à la fin du règne de Mobutu. Et ils ont encore été présents dans la guerre qui a commencé en 1996 et qui continue encore aujourd'hui. Et toutes ces présences n'ont pas été à la hauteur d'une puissance qui promeut les valeurs démocratiques. Congopolis: La bonne volonté et la détermination de l'administration Bush à mettre fin à cette guerre qui a commencé avec son prédécesseur Clinton, est-elle un revirement américain vers une politique plus constructive en Afrique Centrale? Herman Cohen: Les Etats-Unis sont devenus profondément impliqués dans des affaires congolaises seulement après l'indépendance en juin 1960. Les EU n'étaient pas actifs au Congo même sous le Roi Léopold II même sous le régime colonial belge. Avant l'indépendance, les EU ont administré des intérêts limités au Congo par Bruxelles. A cause de la politique coloniale belge, des investissements privés américains au Congo étaient pratiquement inexistants à partir de 1960. Après l'indépendance, l'autorité de l'Etat congolais et le système politique ont subi un choc sévère et un écroulement virtuel et le gouvernement belge était incapable de remplir le vide. C'était seulement à ce point dans l'histoire que les Etats-Unis ont commencé à jouer un rôle principal dans les affaires congolaises. Une partie de la motivation était la Guerre froide et l'autre était le désir de voir la richesse du Congo utilisée pour le vrai développement en Afrique Centrale.Derrière la mentalité de Guerre froide, il a aussi existé un élément réel d'idéalisme de développement à Washington. Les Etats-Unis ont joué un rôle principal pour hisser Mobutu au premier plan. Cela a été fortement critiqué. Mais il faut se rappeler le chaos et la désintégration qui a existé avant que Mobutu ne soit arrivé au pouvoir en 1965 et ait même continué jusqu'à la défaite des mercenaires en 1967 avec l'aide américaine. Entre 1967 et 1975, Mobutu était un Chef d'Etat très populaire. Non seulement il a stabilisé et unifié le pays, mais il a stimulé un sens fort de nationalisme congolais par l'expropriation de l'Union Minière et sa politique de Zairianisation. J'étais présent à Kinshasa comme diplomate en 1967 quand des étudiants de l'université congolaise ont marché pour soutenir l'action de Mobutu contre les mines de cuivre belges. Par la loi de Mobutu, les EU ont cherché à aider le Congo avec le développement et servir comme une influence modérée dans la région des Grands Lacs. L'effort de développement a échoué à cause d'une mauvaise direction et de la pauvreté de la politique économique. Mobutu n'avait pas suivi le conseil des Américains aussi bien que celui de la Banque mondiale. Aurions-nous dû abandonner l'appui à Mobutu quand sa méthode de direction était devenue désespérément corrompue? Peut-être, mais on ne peut pas blâmer les Etats-Unis de défaillances de l'ère Mobutu, à mon avis. Après l'arrivée de Kabila, l'administration Clinton, à mon avis, n'a pas bien compris la nature du conflit. Ils ont vu le conflit comme une guerre civile et pas comme une guerre "par procuration". L'administration Clinton, donc, a eu tendance à voir le Congo par l'optique de Kigali. C'était une mauvaise évaluation pénible. L'administration Bush, d'autre part, a été très réaliste et a pris des pas vigoureux pour permettre aux Congolais de s'autodéterminer sans interférence étrangère. Je félicite l'administration Bush pour avoir soutenu la conservation de l'intégrité territoriale du Congo. Congopolis: Même si l'interview est en français, je veux citer une phrase de Chester Crocker, sous-secrétaire des E.U aux affaires africaines sous l'administration Reagan dans un article paru dans le NY Times et qui était reproduit dans The Globe and Mail de Toronto du vendredi 4 avril 1997 à la page A19: " do we, as some seem to believe, want Zaire dismembered? If not, what are we doing to stop it? " Honorable Cohen, les E.U croient-ils aujourd'hui dans une politique du démembrement du Congo? Herman Cohen: Les Etats-Unis sont totalement opposés au démembrement du Congo. La guerre au Congo nous a tous appris que tous les congolais veulent que leur pays reste uni. Le fait que l'administration Clinton a montré une sympathie excessive aux revendications de sécurité de l'APR au Congo, celle ci transmettait une fausse impression que les EU favorisaient le démembrement du Congo. Les E.U croient-ils aujourd'hui dans une politique du démembrement du Congo? Cela n'a jamais été le cas et n'est pas le cas aujourd'hui. Grâce à la présence de l'administration Bush, le potentiel pour le démembrement du Congo a reculé. Congopolis: Aujourd'hui, 42 ans plus tard, le monde entier sait maintenant que la Belgique était derrière l'assassinat de Patrice Lumumba, et par-là même l'assassinat de la démocratie, car après Patrice Lumumba le Congo n'a jamais connu un gouvernement démocratique. La Belgique a demandé pardon au peuple congolais pour cet acte. A la lumière des archives du Pentagone, les E.U étaient aussi impliqués que la Belgique dans cet assassinat. Et les révélations les plus récentes sont celles de Stephen R. Weissman ( Staff Director of the US House of Representatives Sub Committee on Africa 1986-1991) dans un article paru sur allfrica.com le 23 juillet 2002. Voyez-vous aussi les E.U demander pardon au peuple congolais? Herman Cohen: Je crois que toutes les archives et les études ont indiqué que les EU n'étaient pas malheureux de voir Patrice Lumumba enlevé du bureau. Cependant, je ne crois pas qu'il y a la preuve que les EU ont été directement impliqués dans son assassinat. Congopolis: La journaliste belge Colette Braeckman écrivait dans un article intitulé : " Rideau de silence sur un nettoyage " publié dans Le Soir du mercredi 13 avril 1996 : " Des témoins dignes de foi assurent avoir aperçu des soldats noirs américains aux cotés des militaires de l'Armée Patriotique Rwandaise. "Au-delà des discours politiques, les E.U aident-ils le Congo à se relever? Herman Cohen: Les militaires américains ont entraîné les militaires rwandais de la même manière qu'ils ont entraîné la plupart des militaires d'autres pays Africains. Aussitôt que l'Armée Patriotique Rwandaise s'était impliquée dans le conflit au Congo, le personnel enseignant militaire américain a été enlevé du Rwanda. Depuis l'arrivée de l'administration Bush en 2001, je crois que les Etats-Unis ont été la force externe la plus forte pour la résolution du conflit au Congo. Congopolis: Parlant du Zaire, dans un éditorial du Herald International Tribune publié avec le Washington Post du jeudi 19 décembre 1996 à la page 8, on pouvait lire: "There is overbearing reason for the West to commit itself preserving that impossible, unnatural union. The colonial border cannot forever be considered sacrosanct. "Les E.U. ont-ils tout intérêt à profiter d'un Congo démembré ou d'un Congo uni et stable? Herman Cohen: Les Etats-Unis sont absolument opposés au démembrement du Congo. Il faut regarder toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU patronné par les Etats-Unis. Ces résolutions soulignent l'intégrité territoriale et l'unité du Congo. Dans toutes les autres régions de l'Afrique, les Etats-Unis encouragent l'intégration régionale. Il ne signifierait pas quelque chose pour les EU de favoriser le démembrement du Congo. Cependant, cet objectif est tout à fait vivant dans Kigali. Congopolis: Dans un contexte sous-régional, je veux dire le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, la RDC, le Congo-Brazza, le problème qui se pose pour le rétablissement de la paix et qui fait l'unanimité de tous les experts africains et internationaux, c'est l'impunité. Croyez-vous en une paix durable dans cette partie du Continent sans amener en jugement tous les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité qui continuent à faire la loi dans cette partie sans moindre souci d'être inquiétés? Herman Cohen: Il est important que la population générale soit rassurée que ceux qui ont commis des crimes seront amenés en justice. Cependant, cela ne doit pas être confondu avec les politiciens qui se sont mal pris avec l'économie et se sont engagés dans la corruption. Si cette route est poursuivie, il sera impossible d'atteindre la fermeture. Je crois que les divers gouvernements dans la région doivent étudier le modèle sud-africain de la commission appelée "Truth and reconciliation commission" pour trouver la voie appropriée de surmonter la question d'impunité. Il est aussi important de ne pas employer improprement le mot "le terroriste". L'opposition politique, y compris ceux qui peuvent être armés, ne sont pas des terroristes, bien qu'ils doivent être poursuivis s'ils ont commis des crimes contre l'humanité. Une fois que vous commencez à désigner l'opposition comme le terroriste, le mot perd toute la signification. Congopolis: Quand nous parlons d'amener en jugement les auteurs de crimes de guerre, en plus des auteurs des crimes au Rwanda en 1994 qui, eux, sont entrain d'être jugés, nous parlons notamment des génocides cycliques qui ont été commis au Burundi et des crimes au Congo notamment contre les réfugiés Hutu dans la forêt équatoriale et contre la population congolaise avec 3.5 millions de morts, chiffre avancé par les ONG (Amnesty International, Human Right Watch, International Crisis Group, International Rescue Comittee) et qui détiennent des faits que ces génocides ont réellement eu lieu. Un tribunal a été installé pour l'Ex-Yougoslavie et celui d'Arusha pour le Rwanda qui n'a jusqu'à présent jugé qu'un seul groupe. Pourtant les crimes commis par l'Armée rwandaise dans le Nord du Rwanda et ceux des officiers de l'exécutif du FPR sur le territoire congolais, on n'en parle pas. Avons-nous à faire à une justice de deux poids deux mesures? Herman Cohen: C'est un sujet extrêmement important. Quand il y avait les rapports des massacres de réfugiés Hutu dans la forêt équatoriale autour de Kisangani en 1996, les Etats-Unis et d'autres ont exigé une enquête de l'ONU. A ce moment, Laurent Kabila travaillait étroitement avec le régime du Rwanda qui l'a aidé à l'installer au pouvoir. Il a donc contrecarré l'enquête. Cela a causé que l'administration Clinton est devenue hostile à Kabila. Quand le Rwanda est devenu l'ennemi de Kabila en 1998, il a invité l'ONU à venir faire son enquête. Mais, bien sûr, l'armée rwandaise contrôlait le secteur, empêchant ainsi les enquêtes. Nous savons maintenant des témoins oculaires congolais que l'APR est systématiquement allé aux villages congolais tuant tous les Hutus qu'elle a pu trouver. Je crois qu'elle a massacré plus de 350,000 réfugiés Hutus. A leur avis, tout Hutu qui n'était pas retourné au Rwanda après que les camps de réfugiés au Kivu étaient détruits, a été automatiquement considéré comme étant interahamwe. Cette enquête doit maintenant être ranimée et s'il y a des raisons suffisantes, un tribunal de crimes de guerre doit être établi pour traiter les coupables. Il est aussi intéressant de noter que les accusateurs au Tribunal d'Arusha veulent examiner des crimes commis par l'APR au Rwanda contre les Hutus quand ils ont pris le pouvoir après le génocide en 1994. Le gouvernement rwandais refuse de coopérer avec les magistrats sur cette question. Finalement, il est important de prendre le témoignage des Congolais vivant au Kivu, au Nord Katanga, Maniema, Kisangani et le Congo Oriental quant aux crimes contre l'humanité commis par l'APR, le RCD et le MLC. Nous avons déjà entendu suffisamment d'informations provenant de groupes de droits de l'homme indiquant que des crimes réels devraient avoir été commis au Congo oriental. Congopolis: Pour justifier l'agression et l'occupation du Congo, Paul Kagame prétendait être venu pour chasser les Interhamwe. Aujourd'hui, il se retire sans avoir anéanti ceux qu'il prétendait rechercher et qui d'ailleurs étaient plus actifs dans le territoire de l'Est. Qu'en dites-vous? Herman Cohen: L'échec de l'APR de détruire les combattants Interhamwe au Congo oriental qui était contrôlé par l'APR est un indicateur important que les Rwandais n'étaient pas entrés au Congo pour se battre avec les criminels génocidaires. En effet, nous savons tous que la plupart des combattants Interhamwe avaient rejoint de camps de réfugiés et n'avaient pas participé au génocide à l'intérieur du Rwanda. Il est aussi important de noter que la majorité de soldats de l'APR au Congo sont des Hutus qui ont été pris de prisons à Kigali où ils attendaient le procès de la participation dans le génocide. Sans aucun doute, il y avait des éléments des Interahamwe au Congo qui ont participé au génocide. Je suppose qu'ils ont servi les intérêts rwandais de tenir les soldats interhamwe "contenus" plutôt que les déstabiliser. C'était certainement dans la capacité de l'APR pour détruire les Interhamwe. Il est ironique que le Rwanda exige maintenant que le gouvernement Kabila s'occupe des Hutu armés au Congo après qu'il ait lui même échoué de le faire. Congopolis: Comment expliquer que la Communauté internationale a toujours manifesté froidement son concours à la paix au Burundi? Pourtant les événements qui ont eu lieu en ex-Yougoslavie ont mobilisé, en très peu de temps, tous les moyens des puissances occidentales? Herman Cohen: La différence entre la situation du Burundi et la situation de l'ex-Yougoslavie est d'ordre géopolitique. Le conflit en Yougoslavie a menacé la stabilité de l'Europe. Il y avait un danger que la Grèce et la Turquie, deux membres de l'OTAN, pourraient entrer en conflit sur des côtés opposés. Vu l'état d'armement dans cette partie de l'Europe, l'Union Européenne entière risquait d'être déstabilisée. Après deux guerres mondiales dans lesquelles les Etats-Unis et l'Europe ont enregistré des millions de tués et de blessés, une telle déstabilisation ne pouvait pas être tolérée. La tragédie du Burundi a stimulé l'intérêt considérable et le souci de la communauté internationale.
L'administration Clinton a établi un programme pour apprendre aux bataillons africains à intervenir dans le conflit africain à cause d'une crainte qu'il pourrait y avoir un génocide au Burundi. Ils ont aussi nommé l'ancien parlementaire Howard Wolpe pour être le représentant spécial des Etats-Unis pour intervenir dans le conflit. Les EU ont aussi aidé le Président Mandela dans son rôle comme le médiateur. La communauté internationale aurait-t-elle dû imposer la paix au Burundi? Je crois que cela aurait dû être fait. Je me souviens quand on a proposé des gardiens de paix de l'ONU en 1993, la direction Tutsi au Burundi s'y était catégoriquement opposée. Ils ont dit qu'ils deviendraient des combattants guérilleros dans la brousse pour se battre avec des troupes étrangères. Ils ont aussi refusé des offres des soldats de l'OUA pour intervenir. Mon sentiment est que le Burundi doit conjuguer avec la communauté internationale parce que des éléments extrémistes de la minorité préfèrent le conflit permanent et des fausses et interminables négociations à la démocratie. Le coût des vies humaines et l'aide humanitaire est trop grand. L'intervention internationale au Burundi doit être plus puissante. Congopolis: Quel est votre mot de la fin? Herman Cohen: Je crois que l'on doit donner à la population de la République Démocratique du Congo l'occasion de choisir finalement leur propre avenir et leur propre forme de gouvernement. Il y a une nouvelle génération des intellectuels congolais maintenant dans les trentaine et quarantaine d'âge et bientôt cinquantaine qui sont prêts à faire du Congo une démocratie moderne qui peut comprendre son grand potentiel économique. Je parle de Congolais consacrés, doués comme le Président Kabila, le Ministre des Finances Matungulu, le Gouverneur de la banque centrale Masangu, Jean-Oscar Ngalamulume de CIDES, Noel Tchiani et Rudy Chingunzu de la Banque mondiale, Marcel Lengema de la Belgolaise, l'Ambassadeur Faida Mitifu à Washington et l'ancien Ambassadeur à l'ONU André Kapanga. Je suis sûr il y a beaucoup plus que ceux mentionnés ci-dessus. La vieille classe politique qui se bat maintenant pour des positions dans le gouvernement transitoire doit permettre à cette nouvelle génération d'arriver au pouvoir par des élections démocratiques. C'est le temps pour la génération de 1960 à 1975 pour marcher de côté. Finalement, il est important que le Gouvernement congolais envoie un message aux Congolais dans le groupe ethnique Tutsi qu'ils sont considérés comme des citoyens congolais avec tous les droits et des privilèges attachés à cette citoyenneté. A cause des erreurs pénibles commises par la Conférence Nationale, quelques Congolais Tutsis s'étaient joint aux Rwandais qui ont essayé de renverser le régime de Kabila. Ces Tutsi ont été exploités, trahis et tués par Kigali dans la région montagneuse de Mulenge. La grande majorité de Congolais Tutsis veut rester congolaise et contribuer au développement du pays. Ils doivent être rassurés et réintégrés. Congopolis: Merci d'avoir pris de votre temps pour répondre à nos questions. |