INTERVIEW AVEC LE LEADER DU CNDD-FDD SUR LES NÉGOCIATIONS SUR LE CESSEZ-LE FEU PRÉVUES POUR LE 6 AOÛT 2002 À DAR ES SALAAM, EN TANZANIE.
Le 02 août 2002
Interview réalisée par Burundi-Regards
Cette interview avec le « représentant légal » du Conseil National pour la Défense de la Démocratie –Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), Monsieur Pierre Nkurunziza, a été réalisée par Burundi-Regards depuis Dar Salaam la capitale tanzanienne où le chef rebelle prépare les prochaines négociations sur le cessez-le feu.
Le CNDD-FDD serait disposé à négocier avec le gouvernement en autant qu’il soit « porteur d’un mandat clair de la partie adverse », c’est-à-dire l’armée-État.
Burundi-Regards : Monsieur Pierre Nkurunziza, pouvez-vous nous dire qui sont les organisations politiques invitées à ce round de négociations de Dar es Salaam?
Pierre Nkurunziza
: Ceux qui participent à ce round de négociations de Dar Es Salaam ne sont pas encore connus car nous n’avons pas encore reçu l’invitation de la part de la médiation jusqu’à cette heure-ci. Pour nous ce round des négociations ne devrait concerner que les véritables belligérants à savoir le Conseil National pour la défense de la Démocratie – Forces pour la Défense de la Démocratie, et l’Armée–Etat.
BR : Au cas où les groupes signataires (CNDD, PALIPEHUTU, FROLINA) de l'accord d'Arusha du 20 août 2000 et les délégations de Ndayikengurukiye et Cossan Kabura étaient invités, allez-vous quant même poursuivre le négociations?
PN : Le CNDD de Léonard Nyangoma, le PALIPEHUTU de Karatasi et consorts appartiennent au pouvoir en place à Bujumbura. S’ils étaient invités, ils se placeraient sous la bannière de l’armée-Etat. Or les négociations se font entre les acteurs internes au conflit, dès lors que des belligérants fictifs ou des groupuscules supplétifs à Buyoya viennent et se présentent comme belligérants, notre mouvement n’a pas droit à l’erreur, il se verra obliger de ne pas poursuivre ces négociations, et c’est la médiation qui sera responsable de cette situation car c’est à elle d’identifier les véritables protagonistes.
PN
: Lorsque nous parlons de l’armée–Etat cela signifie que c’est cette armée qui détient tous les pouvoirs : politiques, militaires, économiques, etc… et cela depuis 1966. C’est cet armée qui s’est érigée en un système de gouvernement rebelle à la volonté du peuple, bref rebelle à la constitution, à la démocratie et aux institutions.BR
: Allez-vous négocier avec les représentants militaires de l'armée seulement ou allez-vous quant même accepter la présence de certains représentants politiques?PN :
Aussi longtemps que la délégation aux négociations est porteur d’un mandat clair de la partie adverse le mouvement CNDD-FDD est disposé à négocier avec elle.
BR : Dans quelles proportions et à quel niveau de représentantion?
PN : La question du nombre de délégués aux négociations ne se pose pas. Les négociations ne sont pas un scrutin. C’est une confrontation d’idées et ce sont donc les idées qui comptent.
PN
: Le Mouvement CNDD-FDD ne vient pas seulement négocier le cessez-le-feu. Ces négociations doivent porter essentiellement sur des aspects du conflit burundais : l’aspect politique, et l’aspect sécuritaire. Le Mouvement CNDD-FDD a déjà proposé son plan de paix au médiateur son Excellence Nelson MANDELA.
BR : On dit que votre mouvement est responsable des dernières bombes lancées sur la capitales burundaise il y a deux jours. Pouvez-vous confirmer?
PN : Au Burundi, des bombes ont été lancées sur le palais de feu Président NDADAYE en 1993, des bombes ont complétement détruit les Zones KAMENGE et KINAMA en mairie de Bujumbura en 1995 au vu et au su de tout le monde. C’était l’œuvre de l’armée–Etat. Une pluie de bombes a massacré des milliers de paysans dans les campagnes. Dernièrement, une explosion, acte barbare de la même armée, a détruit l’Ambassade de Tanzanie. Les bombes qui tombent actuellement sur Bujumbura sont à l’actif de cette même armée.
PN
: Le Frodebu et le G7 servent l’armée–Etat et de surcroît se sont des organisations politiques qui ont choisi la voie de la soumission aveugle à l’armée–Etat. Ils ont librement choisi la mort physique et politique sans résistance.
BR : Quelles sont vos relations avec les responsables du PALIPEHUTU-FNL? Il semble qu'un fossé se creuse de plus en plus entre vos deux organisations, les responsables FNL vous accusent d'avoir même écrit une lettre aux responsables miltaires pour leur garantir que vous n'envisagez pas une victoire militaire?
PN : Le Mouvement CNDD-FDD est en bonne relation avec le PALIPEHUTU FNL. Nous combattons le même ennemi qui est l’armée – Etat. Cependant, chaque organisation a ses objectifs politiques et militaires différents de l’autre. Nous ne le dirons jamais assez, le CNDD-FDD a été contraint de faire la guerre et la voie de la guerre n’est pas une fin en soi. Nous avons demandé les négociations pour mettre fin à la guerre. Mais que ceci soit bien clair, le CNDD-FDD n’a jamais eu de correspondance à quelque sujet que se soit avec l’armée–Etat.
BR
: Votre mouvement est né suite à une fragmentation répétée du mouvement-mère, le CNDD, qui est passé du CNDD (Nyangoma), du CNDD-FDD (Ndayikengurukiye) et aujourd'hui on a deux branches, la votre et la branche récidiviste de Ndayikengurukiye. Est-ce une logique de l'histoire ou un malheureux destin, et dans ce cas, quelles sont les mesures que vous avez prise de votre côté pour éviter que cette fragmentation se répète encore une fois?PN
: Le Mouvement CNDD-FDD est un et indivisible. C’est une organisation sans ailes. Le peuple en armes a retiré sa confiance en Léonard Nyangoma et Jean Bosco Ndayikengurukiye pour les responsabilités qu’il leur avait confié, mais ils restent membres du CNDD-FDD et ils ont des comptes à rendre au peuple en armes. Ils sont manipulés et instrumentalisés par certains étrangers aux motifs inavoués et certains politiciens Burundaisvéreux. Pour le peuple en armes, le bon choix pour leur avenir serait de revenir à la raison.Copyright ©2002 Burundi-Regards and www.abarundi.org. All rights reserved.