Entretien de Abarundi.org avec le Lt. Colonel NDAYISHIMIYE Evariste, Président du Conseil National des Patriotes (CNP) et Chef de la délégation du CNDD-FDD aux Négociations de Dar es Salam

Q. Nous venons d’apprendre que la médiation vient de reporter les négociations pour plus tard. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Pourquoi ce retard ?

R. Le Mouvement CNDD-FDD a soumis à la délégation du Gouvernement par le biais de la médiation un document d’accord de principe relatif à l’identification des belligérants. Nous attendons la réaction de la médiation et de l’autre partie.

Q. Savez-vous la date présumée de reprise des pourparlers ?

R. Non, nous attendons que la médiation nous en fasse part.

Q. Lors de notre dernière interview vous disiez être prêts à négocier avec n’importe quelle délégation pourvu qu’elle ait un mandat clair de l’armée-Etat. Est-ce que la partie adverse a accepté d’endosser cette responsabilité ?

R. Non seulement elle n’a pas le mandat, elle ne veut non plus endosser la responsabilité des actes posés par cette Armée-Etat rebelle et présenter les motivations qui ont poussé cette armée à se rebeller.

Q. puisque théoriquement et officiellement, l’armée est une institution de l’Etat, pourquoi est-il alors nécessaire de demander au gouvernement d’avoir un mandat clair alors que tout ce que fait l’armée, elle est supposée le faire au nom du Gouvernement ?

R. Le CNDD-FDD est toujours disposé à négocier avec celui qui est à même de présenter toutes les revendications de l’armée -Etat rebelle, de les défendre et qui jouit de l’aval de cette armée –Etat rebelle afin que si demain accord il y a, cette armée se résigne. L’armée-Etat du Burundi constitue un cas d’espèce qu’il faut traiter exceptionnellement. Le Gouvernement de transition a été installé il y a à peine 9 mois alors que la guerre que mène sa pseudo-armée va durer bientôt 10 ans. Laisse moi vous rappeler que ce gouvernement n’a changé en rien cette armée dans sa structure, ses actions et son idéologie. En plus, cette armée-Etat rebelle n’a jamais été satisfaite par aucun accord que ce soit conclu en son absence. Les troupes de cette armée-Etat rebelle sont toujours présentes dans les villages où elles sèment la désolation dans le cadre d’exécution de la mission que l’armée-Etat s’est assignée, et le gouvernement de transition se montre jusqu’à ce jour incapable de l’en dissuader.

Q. L’armée gouvernementale contient déjà 40% de Hutu dans ses effectifs, selon une révélation de l’International Crysis Group (ICG). Quelle est votre exigence en terme de Quota, et de quelle quota s’agit il : d’un quota ethnique, politique ou les deux ?

R. L’idéologie du CNDD-FDD exclut toute idée de construire le pays à base ethnique. Elle ne prévoit pas non plus une armée constituée à base de quota ethnique, politique religieuse ou d’autres tendances. Notre principe fondamental est que l’armée nationale doit être vidée de toute étiquette partisane, elle doit œuvrer pour toute la nation et servir tout le peuple sans distinction.

Q. Selon les déclarations de la partie gouvernementale, ces négociations visent à compléter les questions en suspend restées dans l’accord du 28/08/2000. En d’autres termes, un remplissage des points manquants. Allez-vous négocier un autre accord politique, si oui, quelle sera alors la formule qui devra être adoptée pour concilier les deux accords (l’accord du 28 août 2000 et l’accord de 2002)

R. Le CNDD-FDD va négocier avec l’Armée-Etat rebelle dans le cadre de répondre aux préoccupations de cette armée et aboutir à un accord de paix et de démocratie. Le CNDD-FDD dispose d’un plan de paix conciliateur qu’il présentera le moment opportun.