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Le sort des enfants dans les camps de concentration au Burundi.
Abarundi.org, mars 2003
Historique
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Sous prétexte de les protéger contre les attaques des rebelles hutus, le gouvernement burundais dominé par les tutsi a commencé à grouper par force les populations civiles hutus de la région aux alentours de la capitale dans les soi-disant "zones de protection" ou "camps de regroupement " à partir de fin septembre 1999. En réalité, l'objectif non avoué de ce gouvernement était plutôt de priver les rebelles du soutien de la population locale qui les aidait, quelquefois volontairement, d’autres fois sous la contrainte. En éliminant le soutien de la population civile, les autorités espéraient isoler les rebelles et ainsi réduire leurs attaques sur la capitale. L'autre but était de calmer certains extrémistes tutsi qui qualifiaient ce gouvernement de faible face à la menace des rebelles. L'on estime à 800.000 le nombre de personnes groupées dans ces camps, en majorité des vieux, des femmes et des enfants. D'après les estimations de l'UNICEF les enfants représentent plus de 25% des populations dans les camps. |
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Aucune infrastructure n'avait été érigée dans ces zones et aucun préparatif n’avait été fait pour accueillir ces populations civiles. Les militaires ont utilisé la force pour les obliger à se rendre dans les zones sans leur donner le temps d'emporter le nécessaire. Des fois ils tiraient à bout portant sur ceux ou celles qui hésitaient de partir afin de motiver les autres. En plus de l'absence totale d'infrastructures de base (abri, installations sanitaires), ces populations furent dans les premiers mois livrées à elles-mêmes sans nourriture ni eau, ni soins médicaux. Ils ont dû construire des huttes avec des feuilles de bananiers et des branchages d'arbres.
Les conditions de vie sur ces sites peuvent être considérées comme allant de "très mauvaises" à "épouvantables" selon un rapport indépendant. Surpopulation, malnutrition et maladies comme la fièvre typhoïde et la dysenterie y faisaient des ravages. Les premiers jours des centaines de personnes sont mortes par déshydratation, la fatigue, la faim ou la maladie. Plusieurs femmes enceintes ont avorté ou accouché prématurément sans intervention médicale.
Les camps sont gardés par des militaires armés. Les villageois ne peuvent retourner sur leurs terres et s’occuper de leurs troupeaux. Un grand nombre de personnes sont mortes et continuent à mourir dans des conditions sordides. Les organismes d'aide n'ont pas facilement accès à ces camps suite à l'insécurité et aussi parce que les militaires les empêchent systématiquement d'y accéder de peur qu'ils filment la situation.
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Dès le début, la population dans les camps a vécu dans des conditions inhumaines et a été souvent soumise à des restrictions arbitraires, au travail forcé, et aux punitions arbitraires par les militaires. Certains hommes furent soupçonnés d'appartenir aux rebelles et furent torturés à mort. Des femmes et jeunes filles furent harcelées et violées collectivement par les militaires qui gardaient ces camps. Pendant les opérations de regroupement forcé des populations civiles, l'armée et les milices Tutsi qu'elle encadre se sont livrés systématiquement au pillage des biens des personnes regroupées, à la destruction des biens qu'ils n'ont pas pu emporter et les maisons furent incendiées. Les militaires recrutent souvent des enfants et les utilisent comme espions pour eux dans les camps, ou pour servir de guetteurs, éclaireurs, et porteurs quand ils font des patrouilles. Les enfants ont sans doute le plus souffert et ils continuent à souffrir dans ces camps de concentration. |
Les enfants victimes de la malnutrition et de maladies infectieuses
Les familles qui n’ont pas assez de nourriture parce qu’elles ne peuvent plus exploiter leurs champs nourrissent souvent leurs enfants en dernier lieu et leur donnent peu de nourriture. Les cliniques médicales œuvrant dans et autour de Bujumbura sont pleines à leur capacité d’enfants mal nourris particulièrement vulnérables aux maladies. Refugees International indique que les camps sont de plus fortement surpeuplés et que les cas de malnutrition s'y multiplient. Vingt pour-cent des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition dans certains camps de concentration. Selon un rapport de presse non vérifié, plus de 200 personnes y meurent chaque semaine du choléra, de la dysenterie et de malnutrition. L'UNICEF rapporte que dans certaines régions les plus touchées par la malnutrition, comme Karuzi, le taux de malnutrition atteint 18,7% dont 4,9% qualifié de grave.
Menacés de façon permanente par la faim, ces enfants et surtout les orphelins rôdent autour des centres de distribution de nourriture pour essayer de ramasser quelque chose à manger. En se bousculant pour ramasser tout ce qui tombe par terre, ils sont souvent battus par des soldats et d’autres personnes chargés de la distribution de nourriture. Ces enfants acharnés s’accroupissent sous les camionnettes dans la boue qui atteint leurs chevilles nues et pour ramasser des petits pois et des graines de maïs tombés des sacs déchirés. Certains courent d’un endroit à un autre où les sacs de nourriture avaient été distribués, espérant trouver ce qui était tombé dans l’herbe et en même temps éviter les longs bâtons que les soldats balancent dans leur direction.
D'après une étude du Professeur Pierre Aubry mise à jour à jour en janvier 2002, une épidémie de typhus est survenue en 1997 au Burundi dans ces camps de concentration suite à la famine, le manque d'hygiène corporel due à la grande concentration de populations et aux conditions inhumaines de détention. Il va sans dire que ce sont les enfants qui souffrent le plus de ces épidémies, étant donné que leur organisme est encore faible et la sous-alimentation déjà observée.
Sur les sites de Kigobe et Buhiga, il a été rapporté que la populations tous âges confondus a été utilisée comme cobayes pour tester une nouvelle molécule contre la malaria. Nous n'avons pas de précisions sur le nombre d'enfants concernés.
La situations est particulièrement préoccupante pour les jeunes filles qui se font violer par les militaires non seulement à cause du risque de grossesse mais aussi celui de l'infection par le SIDA.
Des enfants éduqués dans la brutalité
Pour les autorités militaires qui contrôlent le pays, un hutu est considéré comme un citoyen de seconde zone. Un proverbe rundi dit que "un enfant de serpent est aussi un serpent". De manière générale, les enfants subissent donc les mêmes traitements que les adultes dans ces opérations de regroupement. Dans son rapport ÉFAI 97 RN 103, Amnesty International relève que "des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont été victimes d'exécutions extrajudiciaires au cours de ces opérations."
Aussi, si les enfants ont l’autorisation de quitter les camps pour aller à l’école, beaucoup de familles par contre ne peuvent plus payer les frais de scolarité ni acheter l’uniforme et le matériel scolaire. En effet, ayant été coupés de leurs activités dans les champs et leurs biens ayant été pillés par les militaires, ces familles vivent dans la pauvreté absolue. Beaucoup d’enfants ne vont donc pas à l’école et n'ont pas d’autres activités organisées pour les distraire. Au lieu d’apprendre des leçons plus constructives à l’école, ces enfants apprenent plutôt les leçons de brutalité en se bousculant pour se maintenir en vie.
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Les enfants plus âgés travaillent pour les soldats, spécialement s’il n’y a pas assez d’adultes pour la besogne. Les garçons cherchent du bois et transportent les provisions et les filles vont chercher de l’eau des sources ou des rivières pour satisfaire les besoins journaliers des militaires. Dans certains cas, les garçons sont obligés de transporter les provisions vers d'autres positions militaires. Ces enfants sont toujours placés en avant pour servir de boucliers humains en cas d'accrochages avec les rebelles. Beaucoup d'enfants ont ainsi péri dans de telles missions. Certains enfants affirment être contents de travailler pour les militaires et passent la plupart du temps en leur compagnie pour profiter des restes de nourriture étant donné que leurs familles sont dans l'incapacité des les nourrir. En échange ces enfants sont utilisés comme espions dans les camps comme guetteurs ou éclaireurs quand les militaires font les patrouilles. |
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Cela va sans dire qu'ils ont été souvent témoins des exactions faites par les militaires sur les civils. Elevés dans une culture de fusils et de violence, étant témoins d’actes de brutalité chaque jour, ces jeunes victimes seront sans aucun doute les combattants de demain. La santé mentale de ces enfants reste donc préoccupante dans la mesure où il n'existe pas au Burundi, et à plus forte raison dans les camps de concentration, un service d'accompagnement à même de soigner leur traumatisme ou de leur apporter un soutien psychologique.
Amnesty International fustige par ailleurs cette situation dans son dernier report "Burundi - children report" de septembre 2002. "Il est extrêmement rare que les autorités prennent des mesures contre des membres des forces de sécurité ou des responsables civils ayant infligé des actes de torture ou d'autres mauvais traitements. Des membres des forces de sécurité reconnus coupables d'avoir torturé à mort des détenus ont, par exemple, été autorisés à continuer d'occuper les mêmes fonctions". De plus aucune enquête n'a été faites sur les exactions des militaires depuis 1993.
Sources:
www.refugees.org
www.peacelink.it
Cahiers d'études et de recherches francophones
(D. Débat Zoguéreh, J.-B. Ndihokubwayo, A. Simboyinuma)
Coalition des Organisations CPRGLA
Rickettsioses éruptives : actualités - 2001
Professeur Pierre AUBRY – Mise à jour le 22/01/2002
Human Right Watch, Rapport juin 2000
Amnesty International,
Burundi - children report , September 2002
Fin de l'Histoire à Bujumbura?,
Bernard-Henri Lévy, le Monde du 1er juin 2001
Alert au Burundi 2-03-00
Service Jésuite aux Réfugiés, mars 2000
La Crise des Grands Lacs – chronique d'une tragédie
HCR, Réfugiés, No. 110 - hiver 1997
La situation des enfants dans le monde: le spectre de la malnutrition plane sur les camps du Burundi
UNICEF, 1988
MSF suspends activities in Burundi regroupment camps
PRESS RELEASE - Brussels, November 18, 1999
Amnesty International, Londres, 15 juillet 1997
Réinstallation forcée et nouvelles formes d'atteintes aux droits de l'homme
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