Analyse politique



Le 26 septembre 2003 (WFFO)

Le sens du devoir

Aucune menace, aucune intimidation, aucun gain, aucun intérêt quelconque ni aucune relation particulière, ne justifie et ne saurait excuser, le silence, la démission, la passivité ou la complicité des gens de lettres, d'hommes de sciences, ou de citoyens avertis et renseignés. Le destin a construit en ces gens, la capacité de lire les événements et de servir de lumière au reste de la société.

Lorsqu'un matin au réveil, les ondes des radios étrangères emplissent le temps d'annonces, les unes plus cyniques et plus troublantes que les autres, sur les actes de potentats décidés à se maintenir au pouvoir par tous les moyens et à perpétuer le supplice des peuples africains, c'est chacun de ces gens de science qui doit se sentir concerné au premier plan. La tranquillité avec laquelle un professeur d'université ou un ingénieur se glisse dans son bureau habituel sans se déranger, et alors que le petit dictateur de Gambie vient à son tour d'instaurer le principe de l'élection présidentielle à un seul tour, n'est plus normale.

Des farces électorales dangereuses d'un Kagamé au Rwanda en passant par les purges ethniques sous le couvert de complots imaginaires de Gbagbo en Côte d'Ivoire, il y a avant tout un problème d'absence de protestations, d'absence de contrepoids intellectuels, et d'absence d'autorité morale indépendante capable d'engager contre ces tortionnaires, une épreuve de force civile.

En effet, le décor est plus que pénible aujourd'hui, lorsque l'on se rend compte que de nombreux Africains, ont embrassé les métiers de la science, sans être en mesure d'en assumer les responsabilités à l'égard de la société. Ceux qui ont fait tant de bruits pour obliger leurs familles, leurs amis et leur entourage, à savoir qu'ils sont devenus docteurs, professeurs, agrégés, tantôt ci et tantôt ça, se cachent ou n'existent plus, dès qu'il s'agit de se prononcer sur la marche de la société et sur la manière dont elle est gérée.

Le destin propre de chacun n'est pas celui qu'il estime construire sous les pressions diverses ou à force de poursuite de gains obscurs. Choisir de s'instruire jusqu'à un certain niveau, entraîne, dans nos sociétés africaines embrigadées, la responsabilité de s'élever et de jouer les premiers rôles dans l'émancipation des citoyens. L'Europe ne serait rien sans Le Siècle des Lumières qui fut essentiellement une révolution à la fois quantitative et qualitative de la pensée menée par des hommes de lettres et de sciences déterminés à combattre les monarques et à mettre fin aux injustices.

C'est ainsi, de la force de la pensée, sous l'émulation d'une classe de citoyens libres et engagés, que dépend toute transformation sociale. Or, notre peine est trop grande maintenant, de constater qu'en face d'une poignée de pilleurs et d'autocrates installés à la tête des Etats africains, la seule réponse de ceux en qui tout l'espoir d'une contestation vive résidait pour aller vers des transformations institutionnelles, est le vice, la cupidité, l'aventure individuelle et un opportunisme mortel.

Ce n'est pas que ces messieurs aient cessé d'exister ou de faire entendre leurs voix, c'est tout simplement qu'ils ont fait d'autres choix. Pour des parents d'un certain âge qui attendaient de leurs enfants un comportement plus digne et plus honorable, les images de ces derniers défilant avec des pagnes bariolés d'effigies de dictateurs hideux, est pire que toutes les souffrances endurées durant la colonisation. La réflexion que l'on entend de Lomé à Brazzaville ou à Libreville, c'est « pourquoi sont-ils même allés à l'école ? Ils sont encore pires que les colons, et leurs diplômes ne nous servent franchement à rien si c'est pour venir chanter les louanges des oppresseurs et manger ».

Ce n'est pas que ces messieurs aient cessé d'exister ou de faire entendre leurs voix, c'est tout simplement qu'ils ont fait d'autres choix. Pour des parents d'un certain âge qui attendaient de leurs enfants un comportement plus digne et plus honorable, les images de ces derniers défilant avec des pagnes bariolés d'effigies de dictateurs hideux, est pire que toutes les souffrances endurées durant la colonisation. La réflexion que l'on entend de Lomé à Brazzaville ou à Libreville, c'est « pourquoi sont-ils même allés à l'école ? Ils sont encore pires que les colons, et leurs diplômes ne nous servent franchement à rien si c'est pour venir chanter les louanges des oppresseurs et manger ».

Les dernières élections du Rwanda auraient dû faire sortir les Africains de leur réserve, parce que la politique conduite par ce jeune despote de Kagamé avec l'appui des Etats-Unis, prépare inéluctablement un nouveau génocide et des bouleversements d'une extrême gravité. Qu'un despote utilise l'excuse d'un génocide passé pour en perpétrer un autre en silence ou en préparer un autre de plus grand, devrait amener chacun de nous à sortir de son mutisme. Les théories négativistes de l'existence des ethnies, constituent une évidente forme de nivellement de la culture, de l'étouffement des identités et de l'écrasement des diversités culturelles.

L'idéologie qui proclame qu'il n'y a plus ni Hutu ni Tutsi, mais seulement des Rwandais, n'est pas loin de la création, par la répression, d'une race unique chère aux nazis. Cette idéologie rejoint la stratégie politique des tenants d'une unité nationale et d'une intégration nationale de façade, dont le seul objectif est de consolider l'ethnie dominante. Ce discours unificateur de la répression des identités a dominé et continue de dominer comme un alibi incontournable, la pensée de tous les dictateurs du continent depuis 1960.

Il s'agit, de fait, et après avoir étouffé le phénomène majoritaire et réussi à écarter l'organisation d'élections justes et transparentes, de permettre à une minorité ethno-culturelle, de confisquer les rennes du pouvoir. Le Congo, le Cameroun, le Gabon et plus loin le Togo, témoignent à suffire des exemples irréprochables. Et dans le cas de Kagamé, autant lui rappeler ce que disait feu Ebonguè Soellè dans un éditorial célèbre du défunt hebdomadaire Bingo : « avoir souffert ne donne pas le droit de faire souffrir ». Ailleurs en Côte d'Ivoire, le monde assiste impassible, à une purge ethnique orchestrée et menée par un régime complètement paranoïaque et ouvertement compromis dans de nombreux meurtres. La chasse livrée contre les citoyens ivoiriens du nord musulman, n'a rien de nouveau, et relève de la mise en œuvre d'un plan concocté de longue date pour empêcher un groupe largement majoritaire dans le pays d'accéder au pouvoir. Après avoir mis tout dans la balance, y compris le reniement de leur nationalité, le pouvoir de Gbagbo est déterminé à ourdir tous les complots pour les écraser. Il s'agit malheureusement d'une guerre que ce régime ne gagnera pas et qui le conduira à sa perte.

Comme partout où ce genre de problème se pose, l'élite du nord musulman est beaucoup plus préparée aujourd'hui qu'elle ne l'était hier, et prendra le pouvoir par la voie des urnes ou à défaut par la voix des armes. La lutte armée engagée par les Hutus au Burundi témoigne de la pertinence de cette projection.

Il n'y a plus de possibilité nulle part sur la planète, d'avaliser le règne des minorités sur la base des complots permanents même soutenus de l'étranger. La composition du gouvernement de transition en Irak apporte une démonstration et une réponse à ceux qui douteraient encore de la condamnation des promoteurs des thèses minoritaires. Ce gouvernement a été formé sur la base d'une comptabilité numérique du poids effectif de chacune des communautés du pays et rien de plus. Les Américains ne pouvaient pas faire autrement sous peine de fragiliser la structure. Les chiites qui sont majoritaires dans le pays, plus de 70%, le sont également dans le gouvernement à 70%.

Il faut se souvenir que Nelson Mandela dans un avertissement aux Tutsis burundais déclarait : « Jamais on n'acceptera que moins de 5% de la population gouverne éternellement 90%. Nous l'avons rejeté et c'est pour cela que nous avons lutté pendant tout ce temps en Afrique du Sud ».

Le sens du devoir qui interpelle les consciences africaines éclairées, c'est de protester contre les agissements des Gbagbo, Kagamé et autres. Aucun complot ni aucune invention nouvelle sous l'appellation de « divisionnisme », ne devrait être laissé sans réactions.

Alain Ngankam



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Alain Ngakam
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