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Aperçu historique sur quelques moments forts
des dix ans (1994-2004) de lutte armée du CNDD-FDD Par Steve De Cliff, et avec
Albert Shingiro
OTTAWA, LE 23 AOÛT 2004
(ABARUNDI.ORG). –L’histoire du CNDD-FDD est vieille d'une
décénie. Tout a commencé par une création presque simultanée de la branche politique
(CNDD) et la branche armée (FDD) par une coalition des cadres issus
essentiellement du FRODEBU et du PALIPEHUTU, mais aussi du FROLINA. Le parti
et sa branche armée, les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) furent
confiés à Mr Léonard NYANGOMA, qui fut Ministre de la Fonction Publique, du
Travail, du Rapatriement et de la Réinsertion des Réfugiés dans l’éphémère
gouvernement de Melchior NDADAYE, assassiné le 21 octobre 1993 avec
l’essentiel de ses collaborateurs lors d’une tentative de coup d’État opéré
par une partie de l’armée et commandité par des jusqu’au-boutistes de
l’ancien parti unique UPRONA. Quelques mois avant
l’ouverture des négociations d’Arusha le 15 juin 1998, NYANGOMA fut démis de
ses fonctions par son chef d’État-major, le colonel Jean-Bosco
NDAYIKENGURUKIYE, un ancien aspirant-officier de l’ISCAM. NYANGOMA récidiva
et s’accrocha à la tête du CNDD original et des FDD-Intagoheka, et ce jusqu’à
ce jour. Ainsi naquirent deux branches avec des sigles et dénominations pour
le moins confuses, le CNDD de NYANGOMA et le CNDD-FDD. La nouvelle direction
du CNDD-FDD fut confiée au Colonel Jean Bosco NDAYIKENGURUKIYE, pourtant
considéré comme l’homme de NYANGOMA, tous deux originaires de Bururi.
Certains ont même cru, pendant longtemps, que NYANGOMA et NDAYIKENGURUKIYE
avaient aussi des liens de parenté. Des sources concordantes
affirment que l’artisan de ce changement fut Hussein RADJABU, considéré comme
le véritable «homme fort», et qui installa NDAYIKENGURUKIYE à la tête du
mouvement à titre de Coordinateur Général du mouvement, le poste de Président
ayant été supprimé pour des raisons stratégiques. Hussein RADJABU se contentera
alors du poste de Secrétaire Général du mouvement, un poste hautement
stratégique qui lui permit de consolider le mouvement à partir de la base,
surtout avec les combattants FDD. Quant à Pierre NKURUNZIZA, il devint
Secrétaire Général adjoint. Du côté militaire, il faut noter le ralliement de
Adolphe NSHIMIRIMANA, qui fut promu Chef d’État Major des FDD et
plus tard avec le grade de Général Major. Il
faut noter que tout cela se passe en plein guerre au Congo. NDAYIKENGURUKIYE
alla s’installer à Lubumbashi (RDC) où il occupait une position privilégiée
au sein de la chaîne de commandement des forces alliées au gouvernement
congolais (Zimbabwe, Angola et Namibie). Cette position lui offrit la
tentation d’avoir deux chefs d’État major, l’un au Burundi, l’autre au Congo.
Des mécontentements liés à des pratiques de détournement des armes destinées
à entretenir le front burundais commencèrent à circuler. On raconte même que
plusieurs cargaisons d’armes auraient été ainsi détournés par
NDAYIKENGURUKIYE et ses hommes, notamment son Chef d’État major au Congo, un
certain Prime NGOWENUBUSA. Ce dernier, lui-même ancien aspirant-officier de
l'armée burundaise, aurait quitté l'ISCAM avec NDAYIKENGURUKIYE dans la nuit
fatidique du 21 octobre 1993. Le détournement des fonds et armes destinées à
la lutte armée, ainsi que l’assassinat des combattants non originaires de
Bururi furent les principaux griefs reprochés à NYANGOMA et qui auraient
vraisemblablement motivé sa destitution en 1998. C’est donc au regard de tout
cela que, en septembre 2001, le CNDD-FDD fut a son tour saucissonné en deux
branches politico-militaires rivales avec la destitution de NDAYIKENGURUKIYE. Le
colonel resta à la direction de la branche récidiviste tandis que la branche
progressiste, celle-là même qui vient de se transformer en parti politique,
fut confiée à Pierre NKURUNZIZA à titre de Représentant Légal de
l’organisation. Le CNDD-FDD constitua alors un mouvement politico-militaire
fort autour de trois personnalités clefs, dont Pierre NKURUNZIZA lui-même,
Hussein RADJABU et Adolphe NSHIMIRIMANA. Une fois de plus, ce dernier
préféra rallier l’équipe du changement, et il est alors maintenu au plus haut
commandement des FDD comme Chef d’Etat-Major Général des FDD par la nouvelle
direction. Il sera promu Général-Major quelques temps après, suite aux
recommandations du congrès de Makamba de janvier 2002. Des nouveaux statuts
du mouvement furent adoptés le 2 Octobre 2002, soit neuf mois après ce
premier congrès tenu de façon semi-clandestine au sud du pays. Fort de l’appui tacite de la
Tanzanie, considérée comme le pays-père des mouvements de libération en
Afrique australe, l’Afrique du Sud, l’Ouganda et dans une certaine manière le
Gabon épousèrent très facilement la cause du CNDD-FDD par ses ressemblances
avec la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, et la lutte armée contre
les dictatures fascistes en Ouganda et ailleurs sur le continent noir. Quant
au FPR (Front Patriotique Rwandais) de Paul KAGAME, lui-même un ancien chef
rebelle devenu Président de la République de son pays à l’issue de trente ans
d'assauts sporadiques armés, et infructueux jusqu’en 1990-94 avec l’appui
militaire de Yoweri MUSEVENI de l’Ouganda (lui même un ancien maquisard), ses
relations avec le CNDD-FDD sont restées mitigées, avec une crainte et un
respect plus ou moins mutuels, le FPR étant conscient que si ses troupes
n’ont pas réussi à atteindre leur objectif militaire qu’était Kinshasa, c’est
en grande partie grâce à la combativité des maquisards FDD qui ont encadré et
motivé les troupes gouvernementales congolaises qui étaient jusque-là peu
expérimentées aux techniques de la guérilla. C’est ainsi donc que les
hommes de Pierre NKURUNZIZA réussirent, en quelques mois seulement, à mener
des négociations avec Bujumbura qui leur permirent d’arracher, le 16 novembre
2003, un accord historique de cessez-le feu qui reconnaissait aux seuls combattants
FDD le droit de garder tout leur arsenal de guerre, -en fait toutes leurs
armes et minutions-, pendant tout le processus de la formation de la nouvelle
armée nationale, dénommée dans l’accord, les Forces de défense nationale
(FDN). Toutefois, bon nombre d’observateurs se sont posés la question de
savoir pourquoi cette volonté subite de la part d’un mouvement rebelle,
pourtant appuyé par la population, et apparemment bien armé, de vouloir
renoncer à une victoire militaire qui pourtant leur semblait acquise tout au
moins à long terme. Il faut dire que, sur le plan militaire, le temps jouait
effectivement en sa faveur. Mais sur le plan structurel, les risques d’un
autre saucissonnage semblable aux deux précédents n’était pas à écarter. Fort
de leurs assises au sein de la population, les responsables du CNDD-FDD ont
donc changé de stratégie et décidé de prendre le pays par une stratégie
légaliste, par les élections. Rappelons que le tandem FRODEBU-UPRONA menaçait
de déclencher les élections sans le CNDD-FDD, ce qui aurait par la suite jeté
un discrédit à toute continuation de la guerre par qui que ce soit, et ce
faisant, jeté les bases objectives au saucissonnage du mouvement. Ainsi donc le 6 décembre
2003, NKURUNZIZA et RADJABU entamèrent un périple très médiatisé aux allures
pré-électorales qui les mena de leur quartier général de Makamba au sud, avec
un escale stratégique à Gitega. Ils décidèrent de descendre à Bujumbura par
hélicoptère, appuyés par une escorte terrestre forte de quelques unités de
combattants FDD lourdement armés. Le chef d’État-major des FDD, le Général de
Brigade Adolphe NSHIMIRIMANA, quitta Gitega par voie terrestre en
compagnie de quelques compagnons d’arme. Lourdement armés, sous
applaudissements d’un public médusé et des militaires
gouvernementaux heureux, appuyés contre les canons refroidis et abaissés de
leurs chars de combats en signe de paix, le général et ses hommes firent un
escale de victoire symbolique dans le quartier populaire de KAMENGE, devenu
le quartier historique de la résistance populaire. Là-même où tout avait
commencé. Le même jour, dans la
soirée, Pierre NKURUNZIZA anima une conférence de presse pour rassurer la
population de Bujumbura et couper court à toutes spéculations sur l’entrée
des ex-rebelles à Bujumbura. Le 15 décembre 2003, sur invitation de l’Appel de
Genève (Geneva Call), le CNDD-FDD, représenté par Monsieur Hussein
RADJABU, signe l’Acte d’engagement à
adhérer à une interdiction totale des mines antipersonnel. Cet acte fut un
succès diplomatique pour ce mouvement qui venait à peine de sortir du maquis.
Quelques heures après cette offensive diplomatique des ex-rebelles, Adolphe NHIMIRIMANA est nommé, par
décret présidentiel, Chef d'État-major Général Adjoint de l'armée avec grade
de Général de Brigade. L’ancien animateur de la résistance armée de Kamenge
devenait ainsi le premier Hutu à occuper ce poste depuis le génocide des Hutu
en 1972. Le 06 janvier 2004, les FDD entrent officiellement dans
l'Etat-Major Intégré (EMI) des Forces de Défense Nationale (FDN), le nom que
portera la future armée nationale. Trois mois plus tard, soit le 16 mars
2004, fut créée une toute première unité mixte de protection des institutions
qui comprend 60% des FAB et 40% des FDD selon l’esprit et la lettre de l’accord
global de cessez-le feu du 16 novembre 2003 et du protocole de Pretoria du 8
octobre 2003, signés entre le gouvernement de transition et l’ex-mouvement
rebelle CNDD-FDD. Le même mois, soit le 23 mars, le président Domitien
NDAYIZEYE nomme les membres de l'État-major Général intégré de la Police
Nationale. Les ex-rebelles des FDD y sont représentés à hauteur de 35% conformément au protocole d’accord de
Pretoria et à l’Accord de cessez-le feu de Dar es Salaam. Le 3 mai 2004, l’ex-principal mouvement rebelle du Burundi
suspend sa participation au conseil des ministres et au parlement pour
protester contre les retards observés, selon lui, dans l'application de
l'accord global de cessez-le feu signé le 16 novembre 2003 en Tanzanie.
Suite à cette politique de la
chaise vide, plusieurs cadres du CNDD-FDD furent nommés dare-dare pour occuper des postes de responsabilités
au sein de l’administration territoriale et dans la diplomatie. Le 01 juillet
2004, l’armée et les FDD organise un méga défilé fort de plus 5000 hommes à
l’occasion du 42ème anniversaire de l’indépendance. Ce fut ainsi
une première dans l’histoire de l’armée burundaise de voir les FAB les
ex-rebelles défiler ensemble le jour de l’indépendance. Ce méga rassemblement
fut également une façon de prouver aux Burundais et aux amis du Burundi que
les forces armées burundaises et les FDD sont capables de partager le toit et
de vivre dans l’harmonie. Le 7 et 8 août 2004, le
troisième congrès du CNDD-FDD décide de transformer ce mouvement en parti politique
et annonce officiellement sa participation dans la prochaine compétition
électorale prévue à la fin de cette transition de trois ans occupée
respectivement et par tranches égales par le Tutsi Pierre BUYOYA (UPRONA) et
le Hutu Domitien NDAYIZEYE (FRODEBU). La transformation du CNDD-FDD en parti
politique est venue tourner la page d’une autre guerre, sur le plan
politique: la bataille des noms entre trois formations politico-militaires
qui se discutaient depuis quelques années la paternité du CNDD et sa branche
armée FDD. Ainsi donc, NYANGOMA garde son CNDD, l’aile de NDAYIKENGURUKIYE
s’est entre temps transformée en Kaze-FDD, tandis que NKURUNZIZA et RADJABU
gardent les deux sigles CNDD-FDD. Rappelons que, jusqu’à présent, les deux
mouvements de NYANGOMA et NDAYIKENGURUKIYE ne sont pas encore reconnues comme
des partis politiques. Sur le plan militaire, NYANGOMA et NDAYIKENGURUKIYE
totaliseraient ensemble environ 2000 hommes, tandis que le CNDD-FDD
compterait pas moins de 27.000 combattants ayant chacun une arme, sans
compter quelques milliers de réservistes formés mais sans armes, disséminés
au sein de la population. Depuis la signature de
l’Accord global de cessez-le feu, suivie de l’arrivée des FDD dans la
capitale, la paix est revenue dans plus de 97% du territoire national. Seules
quelques communes de Bujumbura rural subissent encore des incursions
sporadiques de l’autre mouvement rebelle, les Forces Nationales de Libération
(FNL) d’Agathon Rwasa, que les Chefs d’État de la sous-région viennent de
déclarer «organisation terroriste» à l’issu d’un Sommet tenu à Dar es Salaam
du 18 au 19 août 2004. Le FNL a revendiqué son implication dans le massacre
d’environ 150 réfugiés Congolais d’un camp de Gatumba au Burundi,
essentiellement des Tutsi Banyamulenge, pour la plupart des femmes et des
enfants. |
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