Actualité régionale

Livre: Pillage des richesses congolaises: Colette Braeckman parle de réseaux maffieux qui opèrent en R.D.C.
Le nouveau livre de Colette Braeckman donne un nouvel éclairage sur le pillage des richesses naturelles de la R.D.C.Car, il permet de nous rendre compte d'une réalité qui échappe à bien de personnes.
Kinshasa , 21.02.2003 | Politics
On n'aura jamais cessé de sitôt de parler de l'exploitation des ressources naturelles de la République démocratique du Congo. Et ce en dépit de la publication, il y a bien des mois, des deux rapports de la commission des experts de l'Onu sur cette question. Plus l'on s'achemine vers la fin des hostilités sur le territoire congolais, plus cette question revient sur le devant de la scène. C'est que cette question préoccupe bien de consciences non seulement au Congo, mais également dans le monde. Nombreux sont ceux qui ont encore du mal à s'expliquer qu'en cette période de la mondialisation, où l'on parle davantage des droits de l'homme, où un accent particulier est mis sur la culture, qu'un pillage au été fait à ciel ouvert sur les richesses d'un pays en difficulté, de surcroît membre des Nations Unies.

Parmi les récentes réactions sur ce pillage, donc, il y a lieu de signaler cet ouvrage de plus de 300 pages que la journaliste belge Colette Braeckman a publié en 2003 aux éditions Fayard de Paris intitulé « Les nouveaux prédateurs: politique des puissances en Afrique centrale ». Dans ce livre, la journaliste qui passe pour une spécialiste des questions de l'Afrique centrale, jette un nouvel éclairage sur les réseaux maffieux qui ont rôdé et opèrent depuis des mois en territoire congolais.

S'appuyant sur des articles de la presse kinoise (eh oui, elle le reconnaît volontiers) et se servant des informations glanées au cours de ses reportages dans les territoires sous contrôle du gouvernement et des mouvements rebelles, Colette Braeckman révèle, peut-être après tant d'autres spécialistes, les raisons profondes ayant poussé nombre de dirigeants africains à engager leurs troupes dans la guerre du Congo. C'est ainsi qu'à propos de la ville de Kisangani, par exemple, l'on apprend que « au-delà de la géopolitique, il y a plus, et plus trivial: Kisangani est aussi un nouvel eldorado. C'est en effet là que, vers le milieu des années 1980, que furent découverts des gisements de diamants, plus riches, plus prometteurs encore que ceux de la province du Kasaï dans le sud-est du pays ». Voilà qui éclaire d'un jour nouveau les deux guerres que le Rwanda et l'Ouganda s'y sont livrées, par leurs poulains interposés. En réalité, il s'agissait de s'assurer le contrôle de cet important centre économique et minier.

De plus, la journaliste du quotidien Le Soir révèle que si pendant la deuxième République, le régime Mobutu a travaillé avec plein de pilleurs des richesses nationales, il n'était pas facile aux aventuriers de tout bond d'accéder justement à ces richesses. Il fallait des lors débarrasser à tout prix le Conga d'un Mobutu malade et à bout de souffle.

Ainsi, à travers les 10 chapitres de son livre, la journaliste belge nous explique, en peu de mots ici et en détails là-bas, les causes réelles de la guerre de 1996, sans oublier la guerre dite d'agression de 1998. Elle nous livre aussi les divergences ayant mine le régime de M'zee Laurent-Désiré Kabila, le manque d'expérience du nouveau personnel politique, la triste épopée de Patrice Emery Lumumba, les années Mobutu ainsi que son refus de vouloir prendre en compte les nouvelles données provoquées par la fin de la guerre froide, l'avènement de Laurent Kabila au pouvoir, la faillite de l'Etat, etc. Elle livre aussi d'autres détails sur l'assassinat de Kabila, l'arrivée au pouvoir de son fils et les péripéties qui l'ont entouré, le procès des présumés comploteurs.

La seconde partie du livre est consacrée au travail de fourmi auquel se livrent sur le sol congolais des prédateurs des richesses nationales. Ici, l'on n'apprend pratiquement pas grand-chose dans la mesure où nombre d'informations livrées ne sont en fait que le commentaire des deux rapports du panel des Nations Unies, ainsi que sur d'autres informations livrées par des organisations non gouvernementales. Ce qui est plutôt intéressant, c'est la description de plusieurs villes du pays ainsi que les dégâts y causes par la guerre. A lire le livre, on a la nette impression de l'état actuel du pays. La Rdc n'existe plus que de nom. Tout est par terre, et c'est sur ces terres brûlées que les prédateurs opèrent chaque jour. Dans ce travail d'exploitation des richesses naturelles de la Rdc, on ne peut jeter la pierre à un camp et épargner l'autre. Tout le monde est pris la main dans le sac. On s'en rendra compte dans ce chapitre du livre que nous publions en pages 8-10 de ce supplément et qui s'intitule « les veines ouvertes du Congo ».

Un remodelage de l'espace régional

Le livre de Colette Braeckman nous permet de nous rendre compte d'une réalité qui échappe à bien de personnes. En effet, en chassant Mobutu du pouvoir, et en installant son irréductible ennemi, les alliés tenaient à se tailler une place dans le nouvel environnement politique dont ils avaient au préalable défini les contours. Pour eux, comme pour leurs commanditaires, le Congo ne devait pas seulement appartenir à ses propres habitants, mais aussi et surtout ouvrir ses portes à tous les peuples de la sous-région de l'Afrique centrale et australe. C'est cela qui explique qu'au moindre coup de feu, des pays comme le Zimbabwe, même la lointaine Namibie se soient portés au secours du régime de Kinshasa. Dans cette ordre d'idées, des ambitions se sont fait jour un peu partout. Et de nouveaux acteurs ont apparu, ne cachant nullement leurs visées expansionnistes sur le grand malade d'Afrique centrale.

En fait, cet environnement procède du nouvel ordre politique, mais surtout économique que les grandes puissances tentent d'imposer sur l'ensemble de la planète au lendemain de la chute du mur de Berlin. Pour les uns et les autres, donc, il fallait, même au prix de la guerre et d'innombrables victimes, imposer ce nouvel ordre aux Congolais exténués.

Cependant, après le déclenchement de la guerre de 1998 dont la finalité était de parvenir à la balkanisation du pays, les commanditaires ne s'expliquent pas la résistance du peuple congolais à leur plan machiavélique. Ce que la réalité, 40 ans après l'indépendance, est tout autre. En effet, comme le souligne, avec justesse, l'auteur du livre, « face aux prédateurs qui, à l'heure de la mondialisation, voulaient dépecer leur pays, tous les dirigeants congolais, les porteurs de fusils, de valises ou pétitions, les nationalistes et les autres ont fini, fût-ce à contrecoeur, par reconnaître ce que le peuple avait depuis longtemps démontré: sur cette entité territoriale créée de toutes pièces par la conférence de Berlin en 1884-1885, c'est une nation qui a fini par se forger ».

En fin de compte, l'on avouera que si, pour beaucoup d'observateurs de la crise congolaise, le livre de la journaliste belge n'apportera pas d'éléments nouveaux, pour beaucoup, par contre, il s'agit d'un nouvel éclairage sur les réseaux qui ont opté pour le pillage systématique des richesses du pays. Et qui n'hésitent pas à ordonner massacres, guerres, assassinat, etc. Pour combien de temps la Rdc restera-t-elle la proie facile de ceux qui ont choisi sa disparition? Telle est, en tous cas, la question qui devrait être posée à l'élite politique qui, à voir ses agissements, donne l'impression de faciliter justement la réalisation des ambitions des nouveaux prédateurs.


Yamaina Mandala | Le Potentiel
   


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