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Témoignage visant à démontrer
comment le Gouvernement rwandais et le FPR sont responsables des erreurs qui
ont rendu possible le génocide. Est-ce que le FPR est venu secourir
les Tutsi, comme on nous l’a souvent répété? Après la publication de l’enquête sur le crash de l’avion civil qui
transportait onze personnes dont des hautes personnalités civiles et militaires
du Rwanda, du Burundi et de la France, parmi lesquelles on comptait deux
présidents, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, les
journaux dont on ignore comment ils ont accédé au rapport détaillé de l’enquête
s’en sont faits largement l’écho ces derniers jours. Pour ce qui me concerne, je vais fournir mon témoignage sur le
fonctionnement du FPR et de sa branche armée APR parce que j’ai appartenu à ces
deux organisations avant de prendre le chemin de l’exil. Je prends cette
initiative au motif que cette information véhiculée par les médias a été
déformée au profit de ces derniers en m’attribuant des paroles que je n’ai pas
prononcées, ce qui a servi l’argumentaire de ceux qui avaient avantage à
continuer à nier la vérité sur ce qui s’est passé. Je commence par décliner mon
identité:
Je m’appelle RUZIBIZA, baptisé Vénuste quelques jours après ma naissance.
Depuis le début de mon engagement au service de la Famille (FPR), l’on m’a
surnommé ABDUL comme mon nom de code. Je l’ai gardé jusqu’à mon entrée dans
l’armée en 1990. Les raisons de cela c’est que lors de l’entrée à l’armée, les
membres de la Famille nous transmettaient les uns aux autres jusqu’à notre
arrivée dans la zone contrôlée par le FPR Inkotanyi. La liste de ces noms de
code nous précédait. Si à la demande de ton nom, tu répondais par un nom
inconnu, tu étais tué à la vieille houe. Tu étais pris pour un infiltré dans le
système du FPR. Par après, quand j’ai décidé de me convertir au protestantisme,
j’ai choisi le nom de Josué. Pour tous ces noms, je n’ai jamais nié qu’ils
m’appartenaient. A l’armée, toutes les années que j’y ai passées, je portais le
nom de RUZIBIZA Abdul. J’ai fui le Pays dans la nuit du 3 au 4 février 2001.
J’avais le grade de sous-lieutenant, mon numéro de matricule est OP 1920. Je suis né à Gitagata, commune Kanzenze au Bugesera. Je suis d’ethnie
tutsi, issu du clan des Abanyiginya, dans la famille des Abahindiro. Ma mère
est aussi de l’ethnie tutsi du clan des Abatsobe. Je suis de souche tutsi des
deux côtés, et je suis orphelin de père et de mère. Mes deux parents et mes six
frères et sœurs ont été tués, victimes du génocide de 1994. J’ai été témoin
oculaire des événements dont je vous raconte le déroulement ; je le dis en
ma qualité de membre de l’armée et de la Famille du FPR, comme l’un des
militaires de l’APR qui se sont battus pour le contrôle de leur zone de combat,
je le dis aussi comme appartenant à l’ethnie tutsi. Je voudrais surtout que
ceux qui auront l’occasion de lire mes écrits puissent savoir la vérité sur
certains événements de grande importance, qui ont marqué la longue marche
déclenchée par le FPR, mais qui, parvenant au point où il fallait libérer le
pays, commit l’erreur fatale, qui a engendré la tragédie du génocide. Il y a
des principes auxquels je crois et que
rien ne saurait mettre en doute: 1. Je suis convaincu qu’il fallait engager la guerre
contre le régime de Habyarimana parce qu’il déniait certains droits
fondamentaux à la plupart de ses concitoyens comprenant principalement les
Tutsi. Je crois pourtant que d’autres voies qui ne sont pas le recours à la
guerre auraient dû être essayées avant de prendre les armes. Cependant, aucun
autre pays n’était disposé à nous fournir des armes, car la NRA était la seule
armée nationale d’un pays capable de nous aider. Les relations personnelles
entre Rwandais et les nationaux au sein de l’armée ougandaise, émaillées
souvent de mépris à l’égard des Rwandais dans un pays pour lequel ils s’étaient
battus, sont l’une des causes principales qui ont poussé les Rwandais à vouloir
quitter le territoire ougandais, sans compter sur la patience que pouvaient
exiger de longues négociations qui pouvaient aller jusqu’à cinq ans. 2. Je suis convaincu qu’il y a eu préméditation du
génocide des Tutsi, planifié par les hauts dirigeants du Pays et les échelons
chargés de la sécurité. Il a été exécuté par la population hutu, à l’exception
de quelques Tutsi qui s’étant transformés en Hutu y ont participé. Je suis
convaincu que ce génocide n’aurait jamais été possible sans les éléments qui
l’ont déclenché, parce que même si les Hutu avaient été pris de folie, il
n’était pas possible qu’ils se réveillent le matin et aiguisent leurs machettes
pour découper les Tutsi jusqu’à un million de personnes. Je suis également
convaincu que le FPR par sa branche armée l’APR a tué avec préméditation, sur
ordre et le regard attentif de son Chef Paul Kagame. En plus, je suis convaincu
que le génocide a été le résultat des problèmes soulevés par la guerre
déclenchée en 1990, surtout par le comportement de l’APR dans les régions
qu’elle avait conquises. Je vais expliquer ceci plus tard. 3. Je suis convaincu et j’affirme que l’APR a
massacré les gens de toutes les ethnies confondues, avec l’objectif de semer
l’anarchie pour faciliter sa prise de pouvoir, au prix même de l’extermination
de tout un peuple. 4. Je ne crois pas du tout que le FPR et son armée,
moi-même y compris, aient jamais arrêté le génocide. Plutôt, je suis convaincu
que nous avons chassé l’armée des FAR, les Interahamwe, les Impuzamugambi de la
CDR et la jeunesse affiliée, ainsi après avoir brisé les forces qui appuyaient
le Gouvernement, nous nous sommes emparés du pouvoir. Je vais expliquer ça
aussi. 5. Je suis convaincu et j’affirme que les corps
exhumés des fosses communes ne sont pas seulement ceux de Tutsi, parce que je
connais des fosses communes où les Inkotanyi ont jeté pêle-mêle les corps des
personnes qu’ils tuaient, ils ont été inhumés ensemble en les qualifiant tous
des Tutsi. 6. Je suis convaincu que si le FPR l’avait voulu, le
génocide n’aurait pas dû avoir lieu. Je suis convaincu que si même le
Gouvernement et les Interahamwe avaient envisagé d’exterminer les Tutsi dans le
cadre du génocide, l’APR venait d’acquérir la puissance qui lui permettait de
réduire les dégâts d’un million de morts à moins de cent mille. Ceci veut dire
que le FPR n’a pas apporté son assistance aux personnes menacées alors qu’il en
avait les moyens. Je vais en fournir des explications. 7. Je suis convaincu qu’après notre prise de pouvoir
qui s’est accompagnée de massacres de population, d’actes d’arrestations
arbitraires et de la guerre d’agression du Zaïre, il est impossible pour le
régime actuel de procéder à la mise en place d’une justice impartiale, parce
que les magistrats seraient directement ou indirectement impliqués dans ces
horreurs sous la menace et la pression du Sieur Kagame qui dicte sa volonté à
tous, dans sa position actuelle à la tête du Pays. 8. Je crois du fond de mon cœur que les allégations
sur la responsabilité du Président Paul Kagame qui a donné l’ordre d’abattre
l’avion de Habyarimana, sont véridiques. Les témoignages qui en ont été donnés
n’émanent pas tous de moi, je n’en suis pas capable, je ne pouvais pas être
partout pour assister personnellement à tout ce qu’on raconte. Les témoignages
émanent de plusieurs sources, des exilés et même de ceux qui n’ont pas fui le
pays. Moi j’ai décidé de parler aux radios et aux télévisions internationales,
parce que les moyens à ma disposition le permettent. Personne n’ignore que tout
individu qui non seulement tenterait de parler de l’inculpation de Kagame, mais
qui tout simplement se permettrait de manifester sa seule intention de le mettre
en accusation, s’exposerait à être tué avant qu’il n’ait eu le temps de dire
quoi que ce soit. Les tribunaux internationaux ou d’autres instances qui en
recevront les compétences d’agir légalement pourront décider si le fait
d’abattre l’avion a eu lieu, en disposant des preuves et des motifs qui
permettent de désigner Kagame comme auteur de ce crime ou de déterminer que
c’est lui qui a donné l’ordre de le commettre. Contentons nous de leur laisser
le temps, ceux qui nient ces faits et ceux qui les affirment auront l’occasion
de s’affronter devant les tribunaux. Moi je peux parler jusqu’à la limite de
mes connaissances, les autres se relayeront au fur et à mesure. 9. Je suis convaincu que les Rwandais viennent de
passer 10 ans sous la férule de soldats maquisards, les Rwandais ont perdu
confiance les uns dans les autres, personne ne peut s’exprimer librement ou
pointer du doigt la responsabilité du FPR dans les atrocités de la guerre
baptisée guerre de libération. Si des informations sur le déroulement de cette
guerre étaient rendues accessibles à un plus grand nombre de gens, beaucoup
d’explications sur l’origine de la tragédie seraient trouvées, et ainsi la
réconciliation pourrait se fonder sur des bases de la vérité qui s’en
dégageraient. 10. Je crois du fond de mon cœur que tous ceux des
dirigeants du pays qui passent leur temps avec les radios et les télévisions
pour démentir les résultats de l’enquête en les qualifiant de manipulation de
l’État français veulent détourner l’attention de la population de la vérité sur
les crimes qu’ils ont eux-mêmes commis. Quant au Président Kagame, il a dit que
ces rumeurs qui sont assemblées de gauche à droite ne veulent rien dire à ses
yeux. Je vois les choses autrement et il ne tardera pas à se rendre compte
qu’il s’est trompé, à part que ses erreurs ont provoqué la perte d’innombrables
vies humaines De la création du FPR et de sa
branche armée l’APR
Je n’ai pas le temps de revenir sur l’histoire, mais le FPR est un
collectif de petites associations d’anciens réfugiés rwandais dans les
différents pays. Je vais insister sur les jeunes âgés de 15 ans et plus qui
poursuivaient leurs études au Burundi, en Tanzanie, au Zaïre et en Ouganda. Ce
furent des pépinières de recrutement de l’armée. Les premiers s’étaient fait
recruter par la NRA, les autres ont rejoint au début ou au cours de la guerre.
L’important c’est que les plus jeunes avaient grandi en nourrissant la
conviction que les aînés qu’on appelait Inyenzi, s’étaient très mal comportés
pour ne pas remporter la victoire pour laquelle ils s’étaient battus. Le FPR
s’est d’abord installé dans les têtes des jeunes dans l’espoir que tout le
problème sera résolu par eux, c’est à dire par l’armée, puisqu’ils
envisageaient pas une autre stratégie que celle de se battre pour leur pays.
Bref, les gens s’étaient préparés à résoudre le problème par la voie militaire
et pensaient que tout allait dépendre des rapports de force. C’est pourquoi, le
Chef d’Etat Major de l’Armée Paul Kagame, était beaucoup plus puissant que le
Président du FPR. Depuis le commencement, j’ai
personnellement constaté cette erreur parce que les conséquences continuent
d’envenimer la situation et qu’actuellement cet état de fait n’a pas changé. Ce
sont les militaires, leur hiérarchie, et leurs services de renseignements, qui
dirigent le Pays. Sur la question relative aux motifs qui ont poussé le FPR à attaquer
immédiatement après sa fondation, sans attendre les résultats des négociations
que le Rwanda menait avec l’Uganda sur le problème des réfugiés rwandais, le
FPR tenait à les faire échouer tout en ayant trouvé le prétexte d’attaquer. Le Président Museveni était accusé d’avoir recruté trop de Rwandais dans
l’armée ougandaise parce que les Rwandais étaient nombreux à y occuper des
postes d’officiers supérieurs. Les exemples de ceux qui étaient désignés comme
Rwandais qu’ils le veuillent ou non étaient nombreux : Major Général Fred
Gisa Rwigyema, Major Général Mugisha Muntu, Colonel Mateeka, Lt Colonel Adam
Wasswa, Major Cris Bayingana, Major Peter Bayingana, Major Samuel Kanyemera
Alias Kaka, Major Paul Kagame, Major Ndungutse, Major Kale Kayihura du
Bufumbira, et d’autres officiers subalternes dont des capitaines et des
lieutenants, comme Twahirwa Louis, Musitu, Karangwa Bombi, Gashumba, Cyiza,
Bagire, Ngoga, Muhire, Kaddafi, Nyamurangwa, Musana, Bigabiro… ; On ne
peut pas tous les énumérer, et la plupart d’entre eux étaient des commandants
de compagnies ou plus. Ce qui irritait le plus les Ougandais, c’était que les
Rwandais s’étaient emparés des places importantes au sein des postes les plus
stratégiques : les services de renseignements et des finances militaires,
les gardes présidentielles et celle de Rwigyema ; les autres dirigeaient
les opérations militaires. Cela irritait les nationaux et provoquait des tensions
entre les Ougandais et les Rwandais. Ceux qui ont choisi la date du 1er
octobre 1990 pour déclencher la guerre ne trouvaient d’autres solutions que
d’agir comme ils ont fait. Octobre 1990 Beaucoup n’ont pas cru que les Rwandais s’étaient évadés des camps
militaires ougandais, mais réellement ils ont déserté de l’armée ougandaise.
Mais ceci ne veut pas dire que le Président n’était pas informé par ses
services de renseignements. Cependant en suivant la procédure militaire, le
dernier qui traitait les renseignements à faire parvenir au Président Museveni
était un Rwandais, comme celui à qui il confiait ses secrets. Ceux qui ont
franchi la frontière les premier et deuxième jours de l’offensive formaient un
effectif un peu supérieur à 3 000. Personne n’avait envie de s’opposer au
départ de gens pareils, surtout que l’on se disait : « Partez vite
pour que nous puissions récupérer nos postes ». Les erreurs commises:
Rwigyema a été vite tué par certains
de ses soldats ; ceux qui ont planifié son assassinat se sont abstenus de
reprendre la direction de l’armée pour ne pas être découverts ; on pouvait
immédiatement les soupçonner d’avoir agi ainsi pour s’emparer du commandement
de cette armée. Il a été tué alors qu’il était le seul à savoir comment il
avait planifié la guerre. Quand Kagame fut sollicité par le Président Museveni pour diriger l’APR,
les militaires l’ont vite accusé de « Pilato » et ont déclaré qu’ils
ne voulaient pas de lui à leur tête. Major Peter Bayingana lui dit : « Vous êtes physiquement et mentalement
inapte, comment pouvez vous prétendre diriger des hommes ? » et
qu’il devait retourner dire à celui qui l’avait envoyé qu’il était inapte et
incapable de diriger les gens. Que si celui qui l’avait envoyé voulait
manifester du mépris envers les autres dirigeants des opérations militaires, il
n’avait qu’à désigner un militaire ougandais à la tête de l’APR. Pour s’emparer
du trône du commandement de l’armée, Paul Kagame revint escorté de plus de 10
jeeps, accompagné du Général Major Salim Saleh et des militaires de PPU de la
garde personnelle de Museveni, et ce fut le même jour que Bayingana et
Bunyenyezi furent assassinés… Depuis ce jour, Afande Kagame
commença le long voyage qui continue jusqu’à ce jour ; il dirigea
d’une main de fer les gens dont il savait qu’ils ne l’aimaient pas du tout. Ceci eut des conséquences néfastes, parce que la direction de l’armée a été
confiée à quelqu’un qui n’avait confiance en personne, à tel point qu’il
s’occupait personnellement de tous les détails ; il divisa l’armée en
factions, la transforma en agents de délation ; fit régner la terreur et
la moindre réplique fut sanctionnée par la peine de mort à la vieille houe
comme s’il s’agissait de tuer des cochons. Dans le cadre de la division de cette armée en vue d’assurer sa domination,
il introduisit le système de désignation des gens en les cataloguant en
« positif 1 », « positif 2 » jusqu’au « positif
5 ». Les positifs 1 étaient ceux en provenance d’Ouganda, ceux-ci revêtaient
la confiance partout où ils étaient, 2 s’appliquait à ceux en provenance de la
Tanzanie, 3 à ceux en provenance du Burundi, 4 à ceux en provenance du Zaïre, 5
à ceux en provenance du Rwanda. Ces derniers, même s’ils étaient tutsi,
devaient attendre au moins deux ans pour mériter la moindre confiance. C’était
la même chose pour accéder aux postes de commandement de l’armée, parce que le
commandement était monopolisé par ceux en provenance d’Ouganda dans la
proportion de 95 %. Les justifications données à cette discrimination étaient
qu’ils étaient rompus à l’art martial et qu’ils étaient les seuls capables de
diriger les combats. Il n’y a rien de vrai dans tout cela, il s’agissait tout
simplement de prétextes pour imposer la domination des « positifs
1 ». Le plus fâcheux était que la moindre faute commise par une recrue
francophone était rigoureusement sanctionnée. La peine capitale à la vieille
houe était infligée ou l’on vous enfonçait des coups de baïonnette dans le
corps jusqu’à ce que mort s’en suive. Le soupçon d’avoir commis une faute, la
fatigue quand on ne pouvait plus avancer, l’atteinte de la dysenterie suite aux
mauvaises conditions hygiéniques : voilà des défauts pour lesquels on
disait : « Voilà quelqu’un qui a pris goût à la vie facile,
c’est un chien à abattre qui ne peut être d’aucune utilité ». Quand vous
n’étiez plus en mesure de marcher à cause des blessures, on donnait l’ordre de
vous achever immédiatement. Ces actes cruels de torture ont diminué suite à la
tournée que Paul Kagame effectua au Burundi chez les membres de la Famille où
ces derniers lui interdirent de continuer à tuer leurs enfants à la vieille
houe comme on tue les cochons. Que s’il n’en voulait plus pour combattre, il
n’avait qu’à les laisser repartir et reprendre leurs études. Après cette mise
en garde, les gens ont commencé à respirer. Par contre, ceux qui savaient se
battre et qui provenaient de l’Ouganda pouvaient commettre les crimes les plus
odieux, ils ne subissaient alors qu’une peine d’emprisonnement de courte durée
et reprenaient leurs fonctions peu après. En revenant un peu sur le début de la guerre en octobre 1990, le Général Rwigyema dans sa tactique, avait
planifié d’attaquer par le Mutara et par le parc de l’Akagera, localités qui
étaient très peu peuplées. C’était avantageux malgré les difficultés
rencontrées pour trouver de l’eau et de la nourriture. C’était d’autant plus
avantageux, que cela lui permettait de gagner un temps suffisant pour pouvoir
expliquer à la population les motivations de la guerre déclenchée par le FPR.
Par humanité, Rwigyema se gardait d’être à l’origine des causes qui pouvaient
entraîner les populations innocentes dans des tueries et dans des combats qu’on
pouvait éviter. Ce n’est pas ainsi que Kagame le concevait, parce que le Mutara ne
regorgeait pas de nourriture, parce qu’il n’y avait pas de hauteurs pour se
protéger contre les armes lourdes, que dans les bas reliefs on était exposé à
tous les tirs ; qu’il était enfin avantageux de passer sur des hauteurs
pour réduire le nombre de morts et de blessés. Il faut noter qu’à l’exception
des volcans, toutes ces collines étaient densément peuplées par des Hutu,
bakiga, dont on disait qu’ils étaient hostiles aux Inkotanyi qui luttaient pour
le rétablissement de la monarchie féodale. Dans la région des Volcans, les militaires ont péri massivement. À cause de
la faim, du froid, de la dysenterie, chaque unité perdait entre 5 et 10
personnes pendant les 5 premiers mois. Pour
Kagame, cela était sans importance, il faisait comprendre à tous que si on
refusait d’obéir à ses ordres, il allait faire usage de son pistolet pour se
faire obéir par la force. C’était le discours qu’il ne cessait de répéter aux
militaires lors de ses visites aux unités. Laissez-moi subdiviser la
guerre en différentes étapes La première étape : le mois
de novembre 1990 jusqu’en juillet 1991. Cette étape correspond à la tactique de dissémination des guérilleros dans
toutes les directions pour provoquer la dispersion des troupes gouvernementales
sur toutes les frontières du pays pour diriger les attaques sur des fronts
moins fortifiés. Cet avantage stratégique a été obtenu en ayant recours à une
cruauté féroce comme je vais le décrire en me référant à la configuration
géographique du Nord. Les attaques dans les localités de Muvumba, Kiyombe, Nkana, Rushaki,
Kaniga-Gatuna et dans les environs ont été lancées avec une violence
exceptionnelle : condenser les populations dans une même place et les
mitrailler indistinctement, violer collectivement les femmes et les filles et
les tuer après sous prétexte d’éviter qu’elles ne leur jettent un mauvais sort,
chasser les populations et spolier leurs biens, les poursuivre dans leurs
déplacements pour les faire mourir de faim, détruire leurs maisons et en vendre
les tôles en Ouganda, raser les habitations pour que les propriétaires n’aient
plus à songer à y retourner. Du côté de Cyumba, Butaro, Nkumba, Kinigi, Mukingo et dans les régions
environnantes, les opérations militaires étaient semblables à celles menées au
Mutara. L’important dans tout cela est que les gens comprennent que Kagame
était le seul homme à planifier le déroulement des opérations de combat, à
désigner les cibles à atteindre, d’en assurer le suivi dans toute son exécution
pour qu’aucune autre initiative ne puisse s’effectuer en dehors du plan. Les
forces armées de Habyarimana avaient consolidé leur positions de défense de
façon qu’il était très difficile de les franchir pour entrer au pays profond.
Je peux citer quelques exemples. Au Mutara, dans les localités de Nyagatare, Rwempasha,
Kangoma, Mabare, Mutojo, Bushara, Kabuga, Nyabihara, Gikagati, Karama,… chaque
militaire Inkotanyi était conscient de l’imminence du danger. Dans les localités du Centre, Gatonde, Kaniga I, Kaniga 2, Mukono, Kivuye,
tout le monde savait qu’on ne pouvait pas s’y aventurer. À Ruhengeri, les positions les mieux renforcées se
trouvaient à Nyamicucu, Butaro-Runaba, Rwabutama, Kinyababa, Muremure, Kagano,
Bisate, et partout ailleurs comme à Ruhengeri, Kinigi,… Ce que je veux
démontrer c’est que chaque tentative d’attaquer ces localités était violemment
repoussée, nous étions mis en déroute. Nous avions à laver la honte de nos
échecs en procédant à des représailles sur les populations locales. Voilà
comment on s’y prenait : les faire transporter nos blessés et les
cadavres, les faire garder et transporter le bétail et les biens leur pillés,
leur faire creuser les tombes dans lesquelles elles allaient être enterrées,
des fois, on leur ordonnait de s’entre-tuer jusqu’au dernier, qui était à son
tour tué par un militaire. Quand les choses se passaient autrement, les
populations étaient enchaînées bras liés aux jambes, on leur brisait le crâne
avec la vieille houe, on leur enfonçait des coups de couteaux dans les côtes
jusqu’à ce que mort s’en suive. Les prétextes pour les tuer aussi atrocement ne
manquaient pas, comme demander aux gens de révéler les secrets du MRND,
« comment se préparent les militaires à nous attaquer ? », les
justifications étaient de ce genre. Quand tous ces actes macabres étaient terminés, nous nous repliions sur notre
base arrière en Ouganda. Le mensonge du
FPR a commencé depuis lors, le FPR n’avoue jamais ses crimes. Nous avons
souvent juré sur notre honneur que nous ne nous trouvions pas sur le territoire
ougandais. Cela a continué ainsi jusqu’au déclenchement de la guerre
d’agression contre le Zaïre, personne n’a avoué que l’APR avait franchi la
frontière zaïroise. Deuxième étape : depuis juillet
1991 jusqu’en juin 1992 : C’est à ce moment que l’APR a tenté d’occuper des portions de territoire le
long de la frontière du Mutara aux Volcans. Ceci fut possible dans certaines
régions, et impossible dans d’autres. Et pourtant, là où l’occupation fut
possible, on y parvenait seulement quand toute la population était exterminée,
les rescapés devaient s’enfuir, les autorités du régime Habyarimana ne
pouvaient que les regrouper dans des espaces réduits, où ils recevaient des
quantités insuffisantes de nourriture, des sheetings pour construire leurs
petits abris. Si les chercheurs voulaient connaître les raisons qui ont rendu ce
génocide possible, ils devraient commencer par étudier cette situation (1). Le FPR a entrepris la tactique d’attaquer l’ennemi en le contournant, nous
lui coupions toutes les voies d’approvisionnement derrière lui. Cette tactique
était avantageuse pour les Inkotanyi qui disposaient d’un équipement
insuffisant, elle poussait l’ennemi à sortir de ses positions défensives et à
s’en éloigner. C’était une tactique attaque défensive parce qu’il n’était
pas possible de recourir aux tactiques classiques. Nous étions moins nombreux,
et bien moins équipés que les forces gouvernementales. Voici les conséquences
néfastes résultant de cette situation : 1. Contourner l’ennemi signifie qu’on évitait la
ligne de front entre les armées pour pénétrer dans les zones habitées par la
population civile derrière les positions de l’armée gouvernementale. Cette
population n’ayant pas confiance en nous, elle dénonçait notre présence auprès
de l’armée gouvernementale, qui pouvait nous attaquer après nous avoir
localisés et dénombrés. Parmi cette population, celui qui était soupçonné de
nous avoir aperçu devait être tué, parce que nous n’avions pas les moyens de le
maintenir au secret et ne savions pas combien de temps il fallait rester sur
place. Cela veut dire que chaque fois que nous avions à contourner l’ennemi,
nous avions reçu l’ordre de tuer toute
la population sans pitié. 2.
S’aventurer loin
de la ligne de front et de nos positions signifiait que nous avions à survivre
grâce aux vivres que nous trouvions sur place. Il fallait tuer la population,
piller ses biens et détruire les maisons pour nous emparer du bétail :
chèvres, poules, vaches, dont nous nous nourrissions. Il arrivait qu’on ait
tout ça en abondance pour ensuite le gaspiller ; chacun abattait son
animal, en prenait les parties qu’il voulait pour jeter le reste ; pour 20
personnes on abattait 2 vaches, 10 poules, 3 chèvres. Toute personne qui est en
contact avec la pauvreté des Rwandais, des Hutu qui n’ont jamais été informés
de l’idéologie du FPR, qu’il a seulement vu venir pour tuer ses enfants, violer
sa femme, spolier son bétail et piller les biens pour lesquels il avait dépensé
toutes ses forces, chasser de sa maison qu’on détruisait ; celui qui veut comprendre comment le
génocide a été possible pourrait également commencer par là.(2). 3.
Signe de
l’épuisement, il est arrivé que les Conseillers de Secteur, les Bourgmestres,
les Forces armées demandent à leurs administrés d’élever des chiens au niveau
de chaque foyer ou de chaque établissement, pour que par leur flair ils aboient
avant l’arrivée des Inkotanyi, et que la population ait le temps de se sauver. Ces pratiques ont fait périr un nombre
considérable de citoyens ; la tactique de contournement des positions
gouvernementales permettait d’éviter les zones d’habitation de la population,
et celle-ci croyant fuir tombait dans les griffes des Inkotanyi qui tuaient
tout le monde grâce à l’obscurité de la nuit, sans en laisser un seul
s’échapper, sous prétexte qu’il s’agissait d’IBIPINGA (opposants) qui
préféraient mourir pour le MRND. Même si j’ai inséré ce paragraphe dans
cette étape, chaque fois que les Inkotanyi avaient procédé au contournement des
positions de l’armée, ils commençaient par exterminer la population locale. Piéger avec des mines, tirer sur des bus qui transportaient
des voyageurs dans les régions frontalières sont des actes qui ont été
effectués de manière quotidienne, à tel point que des mines ont été piégées
dans des champs de patates, pour couper les jambes aux paysans et les empêcher
définitivement de revenir dans leurs champs. Ceci est triste. Les paysans,
obligés de quitter leurs terres, n’avaient rien à manger, ou vivaient
simplement du maïs et des haricots ayant abandonné leur bananeraie, sans
pouvoir revenir récolter leur manioc, leurs patates, ou leurs légumes. Il
fallait plutôt faire en sorte que les populations déplacées aient des occasions
de revenir chez elles. La plupart revenaient pour récupérer des vêtements. Et
pourtant, les forces armées du FPR avaient reçu l’ordre de les tuer sans autre
forme de procès. Que pouvait engendrer le fait de faire mourir les gens de
faim, en les empêchant de récolter les fruits de leurs travaux, si ce n’est le
génocide? Celui qui veut savoir pourquoi le génocide a été possible devrait
commencer par étudier ce cas (3). 4. Les camps de déplacés de guerre avaient été
implantés dans des localités bien connues comme celles que je vais citer: Rukomo-Rwebare (Muvumba), ce camps je l’ai vu plusieurs fois de mes yeux, a
été détruit par des armes lourdes comme les mortiers de 120 mm, celui de
Rukara, et celui de Mutagomwa ont été détruits à la Lance Roquettes Multiple
(LRM) 107 mm, à la Katiusha. À Murangira, de temps à autre le Commandant
Kyakabale de l’armée ougandaise prêtait aux Inkotanyi les mortiers 23 mm, 33
mm, 14.5 mm pour détruire les camps pleins de déplacés. Il est arrivé que nous
ne soyons plus en mesure de nous expliquer la pensée de nos chefs. Nous étions
nombreux à constater que les souffrances causées à la population étaient
suffisamment atroces pour ne pas devoir en rajouter d’autres par l’usage des
armes lourdes. Ce camp comme bien d’autres, à l’instar de celui de Runaba,
Nkumba, Muhambo ont servi à titre d’essai comme champs d’entraînement pour les
tirs de missiles antiaériens. On tirait des missiles incendiaires par dessus
les camps, et ceux qui s’entraînaient à tirer les missiles transportables à la
main, y trouvaient un terrain d’application. Souvent les missiles explosaient
au centre du camp pour en tuer les occupants. Ces menaces contraignaient les déplacés
à se déplacer à nouveau, pour aller chercher refuge le plus loin possible.
Certains déplacés sont arrivés à Nyacyonga, près de Kigali, après avoir été
délogés plus de 20 fois en moins de deux ans. Il était impossible que des
familles arrivent en entier à Nyacyonga, les déplacés qui fuyaient les camps
détruits à l’arme lourde y enterraient d’abord les membres de leurs familles
tués : un enfant, une femme, un mari ou un frère, avant de partir. Voici
une autre explication de la participation massive au génocide (4). Troisième étape :
depuis l’attaque de Byumba au début du
mois de juin 1992 au 6 avril 1994 L’attaque de Byumba a été lancée à titre d’essai. Le FPR voulait savoir
s’il était capable d’occuper à la fois une plus grande étendue du territoire,
parce qu’avec l’évolution des négociations, il voulait faire une démonstration
de force pour que ses revendications lui soient accordées par la pression de sa
puissance militaire grandissante. Je rappelle que toutes les fois qu’il y a eu
négociations, Kagame n’a jamais dit à son armée qu’elles pouvaient déboucher
sur quelque chose de bon. Il répétait sans cesse que l’arrivée à Kigali n’était
possible qu’à l’aide du feu du canon. Ces attaques de grande envergure nous
conduisirent jusqu’à Rukomo, au delà de Byumba en direction de Kigali. C’était
la même chose à gauche et à droite : Mukarange, une partie de Kinyami,
Buyoga, Rushashi, une parte de Ngarama, Cyumba, Kivuye, ; dans toutes ces
localités, les gens qui n’avaient pas eu la possibilité de fuir ces attaques
furent massacrés. Ce point constitue une
énigme aussi, parce que le FPR y a commis une grave erreur. Il est retourné en
Ouganda pour inciter les populations à venir au Rwanda récolter la moisson
abondante laissée par les déplacés, et à les aider à occuper ce vaste
territoire qu’on venait de conquérir pour eux. Les gens ont répondu
massivement à l’appel pour rentrer au Rwanda. La nouvelle se répandit
rapidement chez les déplacés, ce qui corrobora la propagande du pouvoir qui
enseignait que les Inkotanyi étaient venus pour tuer, spolier les propriétés de
leurs anciens occupants, restaurer la monarchie féodale, soumettre les Hutu à
la domination tutsi et aux corvées connues de l’ancien régime. Voilà
une autre voie par laquelle la haine des Hutu s’est attisée jusqu’à atteindre
le génocide(5). Au cours de cette étape, le FPR réalisa qu’il était en mesure de conquérir
de plus grandes étendues du territoire et de les occuper. Pour que ce soit
possible, il fallait procéder à un second essai d’agrandir leur territoire,
mais il fallait en trouver des motifs convaincants. Premièrement, les négociations et les mécanismes de mise en application du
cessez le feu venaient d’être signés. Pour le moment, le FPR ou plutôt Kagame
et son armée planifiaient qu’en dépit de l’aboutissement des négociations sur
des accords de paix, il fallait rechercher des occasions de réouvrir des
hostilités. C’est ici qu’il fut conçu de créer un escadron spécial qui était
sous les seuls ordres de Kagame aidé de ses plus proches collaborateurs :
Kayumba Nyamwasa, James Kabarebe, Charles Kayonga. Cet escadron changeait de
nom au gré des circonstances, mais voici la liste non exhaustive des noms qu’il
eut à porter : NETWORK COMMANDO, ou TECHNICIENS, ou CDR COMMANDO. Ces noms s’adaptaient aux petits groupes, au lieu de l’exécution de la
mission, ou aux différents objectifs. Ceux qui étaient affectés à la
supervision des activités du parti CDR étaient baptisés CDR Commando. Ceux qui
supervisaient les activités des hommes qui fendaient le bois de chauffage dans
l’armée de Habyarimana, les garçons de ville dans Kigali, les domestiques des
hauts responsables du pays, étaient baptisés techniciens, etc. Ce qui est important à savoir c’est
que cet escadron a été conçu de manière sophistiquée, au point que même ceux
qui en faisaient partie ne se connaissaient pas, à l’exception de ceux qui ont
été formés ensemble ou de ceux qui provenaient de la même unité. La
création de cet escadron spécial avait pour objet de : a) Semer le désordre et l’anarchie à l’intérieur du pays pour provoquer des occasions d’accuser le gouvernement d’être responsable des crimes d’assassinats devant servir à la reprise des hostilités ; b) Planter les mines à travers le pays de manière plus organisée ; c) Implanter des cellules du FPR à l’intérieur du pays, diffuser son idéologie, recruter les complices, empoisonner l’eau potable consommée par les déplacés de guerre, espionner l’ennemi à l’intérieur de sa ligne de front ; d) Organiser des assassinats des personnalités politiques ciblées par le FPR. Entre temps, il y a eu l’attaque du 8
février 1993 qui avait pour objectif de tester la capacité de marcher sur Kigali, d’évaluer le travail accompli par
le Network dans la recherche des
motifs de rouvrir les hostilités, même si les négociations étaient en cours.
Des atrocités ont été commises à ce moment, parce que là où je me trouvais dans
certaines communes de Ruhengeri, je me souviens qu’à « Base » au mois
de février, les militaires qui étaient là ont tué des gens dont ils ont brûlé
les cadavres. N’ayant pas pu être enterrés, ces corps se sont décomposés le
long de la route et de la rivière « Base », jusqu’au moment où des
militaires du GOMN vinrent à passer. Ils s’indignèrent de cet état de
décomposition des corps et de permirent d’aller demander si nous n’avions pas
honte de vivre avec des cadavres en décomposition. Nous avons appelé la
population pour aider à enterrer ces cadavres, mais lorsque le GOMN se retira,
ces gens furent également tués. C’est au même moment que débutèrent des actes cruels de destruction
d’infrastructures comme les pylônes électriques de Ntaruka, des attaques des
maisons d’habitations des autorités à la grenade ; je me rappelle que les
maisons de Rucagu et du Colonel Gasake ont été ainsi détruites, c’était à Nyarutovu
et à Cyeru… Personne ne peut oublier les atrocités commises à Ruhengeri quand
les Inkotanyi se sont retrouvés dans l’impossibilité d’occuper la ville. Les
gens savent ce qui s’est passé à Musanze, à l’ITIRU et à Karwasa, Kigombe et
Kinigi, ce qui s’est passé dans cette localité ne sera jamais oublié par les
habitants de cette région. Et personne n’ignore les atrocités commises par les
Inkotanyi à Ngarama, Buyoga et ailleurs. Naissance
des Interahamwe,
des
Impuzamugambi-RTLM
Kagame avait planifié de mettre les négociations en échec et d’envahir Kigali, tandis que Habyarimana planifiait comment affronter ce qu’il appelait ses ennemis, à part que nous étions réellement ses ennemis. Il créa des milices armées, qui recevaient un entraînement militaire des forces armées, de la police communale, de la gendarmerie, et des services mêmes de la Présidence. Cette jeunesse qui commettra la tragédie était omniprésente dans tout le pays. Et pourtant tous n’était pas de virulence égale dans leur acharnement à tuer les Tutsi. Ce point doit être porté à la connaissance du public, car c’est un fait authentique. Tout individu qui a vécu au Rwanda au cours de cette période peut l’attester. Au début des attaques des Interahamwe au Bugesera, Kibirira, chez les
Bagogwe, les assaillants arrivaient chaque fois dans les bus de l’ONATRACOM en
provenance des camps de déplacés de guerre de Ruhengeri ou de Byumba. Ceux-là
mêmes qui ont connu les persécutions de l’APR. Les autres jeunesses hutu ne
comprenaient pas le comportement inhumain de leurs camarades qui tuaient
sauvagement les gens comme on tue des mouches avec une grande fureur. La
plupart des attaques identifiées avant le génocide ont été lancées par ces
jeunes dont la cruauté est à rechercher dans deux origines : le Gouvernement
et le FPR. Celui qui veut savoir comment le génocide a été possible peut aussi
penser à ces faits (6) Pour le FPR, le MRND agissait sans le savoir conformément au souhait du
FPR, parce que quand le MRND entraînait les Interahamwe, le FPR trouvait l’occasion
de planter des mines et d’en rejeter la responsabilité sur le Gouvernement, et
trouvait là la justification de reprendre les hostilités, pendant que la
Communauté Internationale blâmait le régime Habyarimana. Je ne nie pas que les
Interahamwe comme les autres extrémistes aient semé des mines. Pour le FPR,
c’était aussi l’occasion d’entraîner les commandos du Network, car, lorsque les
négociations étaient en cours, il profitait de l’occasion pour suivre des
séances de formation. Au cours de la seule année 1993, le FPR a pu entraîner
ses forces dans les domaines ci-après: -
il a entraîné deux
bataillons de commandos et d’autres petites unités de moindre importance ; -
il a formé plus de
400 militaires destinés à faire partie de la gendarmerie ; -
il a formé plus de
quatre groupes d’instructeurs. Il planifiait qu’en cas de guerre, chaque unité
dispose de ses propres instructeurs pour former rapidement les nouvelles
recrues ; -
il a formé tous les
officiers en matière de commandement et de leadership ; -
il a suffisamment
entraîné ses militaires à la guérilla urbaine, au sein de chaque unité ; -
il a formé et
entraîné les militaires à faire des longues marches, transportant tout
l’équipement individuel, chaque homme avec ses cartouches et des bombes lui
permettant de résister pendant plusieurs jours en attendant que les nouveaux
approvisionnements arrivent ; -
il a formé les
militaires en ce qu’il appelait la vraie histoire du Rwanda, qui n’était pas
nécessairement différente, mais qui était dispensée avec l’objectif d’insister
sur le fait que le meilleur remède au problème posé résidait dans le
renversement de Habyarimana et son régime et dans la nécessité de la prise du
pouvoir par le FPR. Le poids de ceci était très
important parce que les militaires ne se sont jamais imaginés que la paix
pouvait provenir des accords d’Arusha. Sur ce point, le FPR adoptait la même
attitude que celle des extrémistes de la CDR et du MRND et autres Power, la
différence étant que le FPR l’apprenait à ses militaires sans en faire la publicité
tandis que, de son côté, le MRND s’en vantait à la radio et dans les journaux,
le refrain étant que les accords d’Arusha étaient des chiffons de papiers, ou
qu’ils étaient comme un chien en décomposition. Au cours de cette étape de la guerre, le FPR/APR est parvenu à maîtriser
les méthodes d’intoxication de l’opinion publique lui permettant de piéger
Habyarimana : toutes les erreurs qu’il commettait étaient facilement
rejetées sur Habyarimana et son gouvernement. Nous
étions dans l’étape où les accords de paix venaient d’être signés, mais où les
deux hommes, Habyarimana et Kagame, deux généraux ennemis qui se font la
guerre, qui, s’ils se rencontraient quelque part dans le pays n’hésiteraient
pas à se tirer mortellement l’un sur l’autre. Nous
étions dans l’étape où le FPR a obtenu la certitude que, s’il le voulait, il
sèmerait le trouble pour s’emparer du pouvoir, mais aussi, où il était prêt à
céder à la pression internationale pour entrer au gouvernement. Lui comme les
extrémistes de Habyarimana ne voulaient pas entendre parler de cette voie de
partage du pouvoir comme une solution durable aux problèmes posés. C’est
pourquoi chacun planifiait une alternative au cas où ils auraient été
contraints de cohabiter en vue de provoquer la rupture des accords conclu entre
les deux protagonistes du conflit. Voici ce qui a été planifié des deux
côtés : -
Habyarimana a créé
ce qu’il a désigné la défense civile, qui ne dissimulait même pas son intention
de disséminer des armes au sein de la population, dans chaque cellule et dans
chaque secteur du Pays qui seront utilisées ultérieurement pour semer des
troubles. -
Il a créé des
milices armées pour refuser les accords signés, même ceux qu’il signait
lui-même. Ils étaient prêts à commettre n’importe quoi au simple signal. -
Il a imposé à Radio
Rwanda, à la RTLM et à d’autres petits journaux affiliés, la même ligne
éditoriale pour dire que les accords d’Arusha n’étaient d’aucune utilité pour
les Rwandais. -
Il a acheté de
nouveaux équipements militaires qui s’ajoutaient aux anciens pour qu’on les
dissémine dans tout le pays. -
Il a fait dresser
des listes de toutes les personnes qui avaient des enfants ou des frères au
sein du FPR Inkotanyi, de ceux qui étaient soupçonnés de propager l’idéologie
du FPR, de ceux qui lui recherchaient des financements, des Hutu qui se
comportaient comme des Tutsi, je veux dire ceux qui soutenaient la lutte du
FPR, pour que dès que possible, tous soient massacrés. Personne ne connaissait
le jour où ces massacres devaient être exécutés. -
Ceci est différent
de ce que propage le FPR qui soutient qu’il a été établi la liste de tous les
Tutsi pour qu’ils soient tous tués. C’est un mensonge parce que si les Tutsi
devaient être tués simultanément, cela suppose que chacun d’entre eux devait
être exécuté par ses voisins, et ces voisins se connaissaient très bien de
façon à ne pas devoir se donner la peine de dresser la liste des Tutsi, parce
que même les petits enfants grandissaient en en entendant parler d’eux au
village. Ici, je voudrais souligner que même à la mort de Habyarimana, et même s’il n’avait pas été tué, l’objectif était de massacrer toutes les personnes inventoriées sur des listes bien établies, et c’est comme cela que ça s’est passé à l’exception de quelques chanceux, tous les autres dont on avait planifié la mort ont été massacrés dans les trois jours qui ont suivi la mort de Habyarimana. Du côté du Gouvernement, moi j’affirme que Habyarimana en personne ou sur
pression de son entourage, a voulu que ces listes soient élaborées et il savait
que le moment opportun venu, les personnes y figurant seraient exécutées. Un autre point que je ne veux pas oublier, et qui me paraît grave, c’est
que la vie de l’homme qui est sacrée, était devenue comme l’eau qui coule,
surtout pour les Tutsi ; je veux dire que finalement Habyarimana et ses
extrémistes avaient sensibilisé les Hutu de la CDR et les Interahamwe que
verser le sang d’un Tutsi était un acte banal. Ils s’y étaient exercés à
Kibirira, au Bugesera, et chez les Bagogwe, pour tester que verser le sang était
possible et que ceux qui le faisaient n’avaient pas à trembler. Ceci était
grave à tel point que, comme je l’ai signalé, les autres Hutu des villages et
des secteurs, et même ceux du MRND, n’étaient pas des tueurs, ils s’étonnaient
du comportement et des actions des Interahamwe et des Impuzamugambi ;
d’autres les ont combattus jusqu’à engendré des troubles au sein des partis
politiques. Personne n’ignore comment la jeunesse du MDR (Inkuba), du PSD
(Abakombozi) et du PL (les libéraux) ont affronté les Interahamwe. Tout ça
s’est passé jusqu’à ce que Habyarimana parviennent à les diviser en Power et en
Amajyogi. Bref, les extrémistes ont sensibilisé leurs jeunesses à donner la
mort sans être inquiété. Voici un autre signe que le génocide était
devenu possible (8). Du côté du FPR/APR, beaucoup de choses ont été
faites qui préparaient le dernier jour pour les Tutsi. - Pour des raisons de contrôle de la frontière ougandaise, le FPR a fait entrer le plus possible de munitions au Rwanda, pour une utilisation de longue durée. Ceci s’est déroulé à la fin du mois de septembre 1993, sur trois localités différentes, et pour deux raisons : reprendre les hostilités de manière décisive pour nous emparer du pouvoir, dans le cas contraire, les dissimuler pour les utiliser à semer le trouble après notre entrée au Gouvernement en vue de nous emparer du pouvoir par la force… Pour celui qui veut comprendre le Network, ici il y a un signal. Ceux qui ont été sélectionnés, moi-même y compris, ont du creuser de très grosses fosses, comme là où je me trouvais, la cavité mesurait 50 m x 30 m x 7 m. Nous y avons déposé des munitions et des bombes de différents calibres de 7,62 mm, 11.5 mm, 12.7 mm, 14.5 mm, 23 mm, 37 mm, 75 mm, 76 mm, 81 mm, 82 mm, 107 mm, 120 mm, 122 mm. Tout cet armement a été transporté par des citoyens ougandais. Ils étaient plus de 1.000 et l’ont transporté toute une journée. Nous qui avions la charge d’en assurer la garde, nous étions convenus que l’un d’entre nous pouvait entraîner la mort de tous à la vieille houe si ce secret s’échappait. En cet endroit, trois d’entre nous ont été fusillés parce qu’ils avaient été acheter des cigarettes sans l’autorisation du commandant. Ce qui nous a été affirmé par Kabarebe et Kayumba Nyamwasa était que même s’il était que nous entrions au Gouvernement, qu’il n’était pas question pour nous d’y rester. Nous allions être installés tout près des cachettes de nos équipements sur la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda, qu’on allait nous approvisionner discrètement, jusqu’au moment où il sera possible de faire un coup d’Etat. L’autre cachette se trouvait à Kirama dans le Mutara, Bungwe dans Cyumba, et entre Kaniga et Gatonde. En réalité, rien d’autre n’était envisagé si ce n’est pouvoir semer les troubles pour nous emparer du pouvoir. Très peu de gens étaient impliqués dans cette affaire, on les comptait au bout des doigts, c’était Kagame lui-même, Kabarebe son second, Kayumba Nyamwasa, le Chef des Renseignements, Colonel Ngoga au Nord, Colonel Bagire au Mutara, Major Jacob surnommé Rubondo qui était responsable de la logistique militaire et d’autres qui arrivaient en visite organisée par les responsables des opérations militaires ou ceux qui nous étaient envoyés.. Les militaires du FPR qu’on sélectionnait pour ce genre de travail devaient mériter une très grande confiance, et c’est parmi eux qu’on a recruté ceux qui devaient espionner la ville de Kigali avant l’assassinat de Habyarimana. - Plusieurs militaires ont été disséminés partout dans le pays, avec mission de poser les mines, implanter les structures de base du FPR, entraîner au maniement d’armes ceux qui pouvaient nous épauler pendant la guerre, connaître le fonctionnement de chaque parti politique, se mêler aux jeunesses des partis politiques, et suivre de près ceux que le FPR décidait d ‘éliminer. - Le FPR et ses cadres ont pénétré dans la zone tampon, zone démilitarisée, où il a commencé à propager son idéologie. Pour moi c’était une bonne action, seulement l’erreur qui a été commise était que celui qui n’adhérait pas immédiatement à cette idéologie était tué à coups de la vieille houe. Généralement toute sa famille était exécutée peu de temps après. Le FPR a testé sa tactique d’intoxication de l’opinion publique en attribuant les crimes dont il était l’auteur au MRND. Pour le FPR, il assassinait des gens qu’il avait en aversion ou pas, pour provoquer des occasions d’accuser le régime. En utilisant les techniciens du Network ou sa branche élargie d’officiers de l’intelligence des unités ou des bandes de tueurs, ou de jeunes auxquels il avait appris à fabriquer des petites bombes, la sélection des cibles à abattre se faisait selon les critères ci-après : 1) Le Hutu qui s’acquittait convenablement de sa
fonction, qui aimait Habyarimana et son Gouvernement. 2) Tout Hutu qui faisait montre d’un certain niveau
intellectuel (Gapyisi). 3) Tout Hutu dont l’assassinat pouvait être
facilement attribué au gouvernement. 4) Tout Hutu que l’enquête avait des difficultés à
situer. 5) Tout officier supérieur si c’était possible. 6) Aucun Tutsi né au Rwanda ne pouvait susciter la
confiance du FPR, si sa mort pouvait facilement être attribuée à Habyarimana,
il n y avait rien à déplorer (il faut sacrifier le Tutsi de l’intérieur). 7) Le Tutsi intellectuel qui pouvait ne pas adhérer
spontanément à l’idéologie du FPR comme Landoald [Ndasingwa] que nous avons
raté plusieurs fois. 8) Les Tutsi qui en général résidaient dans des lieux
isolés étaient assassinés collectivement, et ce genre de crimes était
immédiatement imputé au MRND, par exemple les militaires du FPR ont fait ça à
Kabatwa à Gisenyi, sous le commandement de Gashayija Bagirigomwa, Moses
Rubimbura du service de renseignement. Ce ne sont pas des rumeurs, cela s’est
passé au début de l’année 1994. 9) Même après la guerre, le FPR n’a pas hésité à
sacrifier les Tutsi pour trouver le prétexte d’aller piller au Zaïre - il a
sacrifié les Bagogwe à Mudende, celui qui en doute peut en demander les
preuves, nous les lui fournirons - il a sacrifié les Banyamurenge à Biura et
ailleurs, et cela n’est un secret pour personne. -
Les techniciens
de la Ville de Kigali (Network) ont commis d’innombrables crimes. Comme je l’ai
dit au début, le Network est un large réseau composé d’éléments connus
seulement par ceux qui les sélectionnent. Pour le reste, chacun connaissait
celui avec qui il était affecté. S’il arrivait que vous vous rencontriez
quelque part avec un autre que vous soupçonniez être votre camarade Inkotanyi,
il n’était même pas question de lui faire un clin d’œil, parce qu’il était en
train d’accomplir une mission différente de la votre. Nous avons été entraînés
à ne nous occuper que de ce qui nous concernait, chacun exécutant
personnellement les consignes reçues. Les critères de sélection étaient les
suivants : 1. Etre tutsi de père et de mère : l’examen de
ce critère ne devait laisser aucun doute et n’était accepté qu’après un examen
approfondi, le candidat devait ensuite jouir de la plus grande confiance. 2. Avoir des traits physiques de Hutu était un atout,
car il n’était pas nécessaire pour eux de se camoufler, les autres qui
affichions le visage de Tutsi, il nous fallait circuler à motos. Chaque fois
que l’on craignait d’être observé, on mettait le casque sur sa tête, et on
endossait l’outillage des agronomes, ce camouflage vous permettait d’aller
exécuter la tâche pour laquelle vous étiez venu. 3. Connaître parfaitement le Rwanda, surtout la ville
de Kigali. C’était avantageux parce que là se trouvait le centre de la plupart
des activités. 4. Etre un Hutu, de notoriété publique, à condition
de n’avoir jamais résidé au Rwanda, et d’avoir fait preuve d’une grande
hostilité envers les Hutu, en reniant votre appartenance ethnique, et sans
crainte de verser votre sang. 5. Etre hutu, né au Rwanda pour des missions très
bien déterminées et isolées des autres, on se gardait de vous mettre en contact
avec d’autres missions dépêchées à Kigali. Ouvertement ou à votre insu, vous
étiez filé par plus de cinq agents des services de renseignements des
Inkotanyi. - Le travail personnel était différent de celui des
autres, il arrivait qu’on s’y croisait au cours de l ‘exécution d’une
mission sans se connaître, mais certaines consignes secrètes pouvaient vous
permettre de vous reconnaître mutuellement en cas de nécessité. Il y avait des
jeunes qui assuraient les services de taxi motos partout dans le pays, ils
sillonnaient tous les lieux de rassemblements des politiciens, des taximen, des
commandants des unités militaires ou des dignitaires hutu. Des garçons de rue
étaient envoyés dans les rues de Cyimihurura, parmi les dockers des marchés,
certains allaient se mêler aux Interahamwe et aux Impuzamugambi ou aux
Bakombozi. D’autres travaillaient dans la clandestinité, ils travaillaient la
nuit, d’autres encore étaient embauchés comme pompistes aux stations d’essence.
Le travail était tellement diversifié que quand il y a eu reprise des
hostilités, Kagame possédait toutes les informations dont il avait besoin pour
entreprendre sa dernière bataille décisive. Chacun de ceux qui étaient jugés capables d’entraîner les autres, recevait
l’ordre de recruter le plus grand nombre de complices, et souvent ces derniers
ne savaient pas qu’ils avaient devant eux un militaire Inkotanyi, ils avaient
seulement l’impression d’avoir un interlocuteur en sympathie avec le FPR. Nous
recevions aussi des instructions de mener des enquêtes spéciales sur des
personnalités, d’en fournir les rapports en spécifiant si leur assassinat
pouvait nous être utile et s’il était possible. - Lorsque les négociations aboutirent à la
conclusion que le FPR Inkotanyi pouvait entrer à Kigali avec ses 600 militaires,
le piège du FPR se referma sur une nouvelle prise. La sélection de ces
militaires se fit par un calcul hautement intelligent, parce qu’il ne
s’agissait pas de militaires que nous avions l’habitude de voir. Voici comment
ça s’est passé: 1. Chaque unité a envoyé un homme de grande
confiance, un militaire qui avait mangé les dents du cœur (impitoyable),
excessivement dévoué, qui n’avait presque pas besoin d’un supérieur, capable de
se tirer de situations compliquées sans être assisté, tireur d’élite, un exemple
de courage et de gâchette facile. 2. La sélection s’est portée sur les meilleurs
commandants, les meilleurs dans les services de renseignements, et qui avaient
eu un entraînement suffisant pour la guérilla urbaine, de façon à ne voir aucun
obstacle à s’emparer de Kigali. Nous avions mémorisé qu’on meurt le jour venu,
que tous les risques méritaient d’être pris, que le courage était la mère de
toutes les autres valeurs, qu’en aucun cas, il ne fallait donner à l’ennemi
l’occasion de remporter la victoire. 3. Suivant les structures habituelles de commandement
de l’armée, les Sergents et Caporaux avaient des hommes de troupes sous leur
commandement au niveau de la Section. Ce n’était pas ainsi au troisième
bataillon des Inkotanyi, les sergents étaient mêlés aux caporaux sous le
commandement d’un sous-lieutenant ou d’un sergent estimé avoir les compétences
des officiers. Ce que je veux expliquer ici, c’est qu’il s’agissait d’une force
autonome, qui n’avait pas besoin de recevoir trop d’instructions, où chaque
militaire pouvait obéir à ses propres ordres et réussir. 4. En plus des enseignements dispensés sur la
situation de la ville de Kigali, nos militaires se relayaient dans les convois
d’escortes qui se rendaient à Kigali, pour que le plus grand nombre d’entre
nous aient la possibilité de regarder de leurs propres yeux tous les quartiers
de la Ville de Kigali et de ses banlieues. - Concernant le Network ordinaire qui se trouvait
sous le haut commandement de Mulindi, la structure s’est quelque peu modifiée,
après l’arrivée des 600 militaires à Kigali ; nous avons été tous placés
sous le commandement du Lt-Colonel Kayonga. Avant, les renseignements urgents
transitaient par Karake Karenzi qui représentait l’APR au GOMN et auprès de la
MINUAR. C’est à partir de ce moment que les choses ont réellement changé dans
nos têtes, nous avions tous réalisé que Kigali était tombée entre nos mains, et
que nous allions crever le ventre des Hutu de Habyarimana. C’est ici qu’allait s’accomplir l’Apocalypse prédit par le Colonel
Bagosora, sans savoir que le FPR en avait préparé un également. - Le désordre au sein de l’armée gouvernementale,
l’absence de protection de la ville malgré l’omniprésence des Interahamwe, des
militaires et des gendarmes nous donnait envie de nous en emparer. Tout le
monde s’accordait pour dire qu’il était facile de s’emparer de Kigali, mais que
les conséquences seraient difficiles à gérer. Tous ceux qui travaillaient sur
le terrain auprès de la population, auprès des partis politiques, auprès des
Interahamwe, auprès des politiciens s’accordaient pour dire que le plus grand
nombre des Rwandais privilégiaient la voie des accords d’Arusha, mais que pour
les extrémistes, Arusha restait une illusion. Pour les deux parties au conflit, il ne restait plus qu’à envisager le
plan A, qui consistait à rechercher comment reprendre les hostilités, parce que
le plan B qui devait intervenir après l’intégration des deux armées en une
armée nationale, demeurait un secret propre à chacune des parties. Toutes
les prédictions affirmaient que les hostilités devaient reprendre sans faute,
qu’elles seraient très violentes et qu’elles allaient emporter énormément de
vies humaines parmi la population civile. LE FPR INKOTANTI VENAIT DE POUSSER LE REGIME HABYARIMANA A LA DERIVE Pour reprendre les hostilités, il fallait en préciser les motifs ; l’espoir de remporter vite la victoire, c’est à dire rechercher la distance la plus courte pour aller à la victoire. Laissez moi m’expliquer sur ces points : - Après avoir attisé les tensions, et semé les
troubles au sein des partis politiques qui se sont divisés en factions, les
unes pour soutenir le FPR et les autres pour le combattre, le FPR venait
d’opérer une division entre les forces des Hutu et entre les forces armées.
Même si ces dernières n’étaient pas autorisées à faire de la politique,
certaines opinions politiques plaisaient beaucoup plus que d’autres. D’où ces
forces armées étaient aussi divisées par ces courants qui traversaient les
autres Rwandais. Certains pensent que ces divisions étaient l’œuvre de
Habyarimana tout seul, ce n’est pas vrai, car sa capacité de contrôle était
limitée, je parle de ceux qui le combattaient, même s’ils ne soutenaient pas le
FPR. Le FPR ne les aimait pas et il n’avait pas besoin d’être aimé d’eux, il
avait plutôt besoin qu’ils commettent des erreurs pouvant justifier la reprise
des hostilités. - Après avoir assassiné les différents politiciens
et après avoir tenté d’assassiner d’autres sans succès et rejeté la culpabilité
sur le MRND, bien que le MRND et la CDR en aient eux-mêmes assassinés quelques
uns, le Gouvernement était condamné par l’opinion du plus grand nombre du fait
qu’il semait le trouble pour empêcher la mise en place du Gouvernement d’Union
Nationale à base élargie conformément aux accords d’Arusha. Le Gouvernement
tombait ainsi dans le piège du FPR, ce dernier gardant la tête haute. Réellement, en revenant sur nos
activités, nous autres Inkotanyi dans les territoires sous notre contrôle, et
le traitement inhumain que nous infligions aux populations innocentes
originaires du Nord du Pays, il était difficile de distinguer notre
comportement de celui des Impuzamugambi. Ensuite les extrémistes de Habyarimana, ses plus proches collaborateurs
qui étaient souvent originaires du Nord du Pays ne trouvaient pas de raison
pour ne pas admettre la CDR au Gouvernement, alors que le MRND qui l’avait créé
et qui s’en servait, allait y participer. On ne peut pas comprendre pourquoi le
FPR et sa branche armée l’APR allaient entrer au Gouvernement étant eux aussi des
criminels de sang comme je l’ai expliqué plus haut. Pour le FPR comme pour
Habyarimana, les raisons invoquées pour refuser de former le gouvernement
n’étaient que des prétextes que les gens ordinaires ne peuvent pas comprendre.
Ce qui est regrettable, c’est qu’en général, il est difficile de faire
comprendre aux gens comment le FPR assassinait discrètement les gens, pour en
imputer ensuite la responsabilité au MRND et au Gouvernement qui ne trouvaient
pas d’arguments pour démentir ces fausses accusations. La différence entre le FPR et le Gouvernement résidait dans le fait que les
assassinats perpétrés par le FPR était le
fait de professionnels suffisamment entraînés, il les faisait sans tapage
médiatique, évitait que les observateurs indépendants viennent vérifier au
moment où le Gouvernement assassinait avec ses Interahamwe après leur avoir
donné de la drogue et en faisait la
publicité par la radio RTLM, par tous les journaux contrôlés par Habyarimana. POURQUOI
LES CRIMES COMMIS PAR LE FPR SONT-ILS
RESTES MECONNUS ? La première ruse
du FPR est de nier en bloc tous les crimes qu’il a commis jusqu’au moment où il
constate que ses aveux ne peuvent plus lui porter aucun préjudice. Pendant
toute la durée de la guerre, le FPR n’a accepté la présence des journalistes
sur son territoire que quand il était sûr que ces derniers n’étaient pas
hostiles à sa politique. Les autres étaient parmi ceux qu’il avait corrompus
comme le nommé Hussein Abdou Hassan de BBC. Tout le monde se demandait s’il
était un Inkotanyi ou s’il s’agissait d’un journaliste d’une radio digne de
respect comme la BBC. Lorsqu’il laissait circuler les journalistes sur son
territoire, le FPR les faisait venir selon sa convenance, les conduisait là où
il voulait et leur disait selon les circonstances que la zone à visiter était
piégée de mines, ou que des combats violents s’y déroulaient. Finalement, on
les promenait seulement dans des localités prévues longtemps à l’avance.
Souvent, on les conduisait le long de la frontière au lieu de leur montrer
l’intérieur du Pays. Ils parcouraient ainsi de longues distances et dormaient
après s’être fatigués sans avoir eu à entrer au Rwanda même sur 1 km de
profondeur. Cette ruse a profité aux Inkotanyi, aucun journaliste n’ayant
jamais pu arriver là où ils commettaient des crimes abominables. Un autre point où les Inkotanyi étaient plus rusés que les forces
gouvernementales, consistait à tuer puis à brûler les cadavres, pour en
éparpiller les cendres loin du lieu du crime. Ce n’était pas facile de repérer
les restes des corps. Cependant, nous nous connaissons ces endroits. Il était
pratiquement impossible de surprendre les Inkotanyi, parce que l’entrée dans
leur zone était subordonnée à une autorisation, et que celui qui vous recevait
vous emmenait là où il voulait. LA
CRUAUTE AVEC LAQUELLE LES INTERAHAMWE TUAIENT A ETE EMPRUNTEE AUX INKONTANYI Mourir de quelque manière que ce soit fait peur, mais je vais parler du
genre de mort telle qu’infligée des deux côtés par les protagonistes. C’est ce
que j’ai vu de mes propres yeux, que ce soit chez les Inkotanyi, chez les
extrémistes du Gouvernement ou chez leurs services de sécurité. Chez les Inkotanyi, eux qui ont ouvert les atrocités le 4-10-1990 après la mort de Rwigyema
survenue le 02/10/1990. Je le cite parce que lui n’aurait jamais accepté que
l’armée qu’il dirigeait tue la population civile: 1.
Attacher les jambes,
les bras sur le dos, tirer jusqu’à l’éclatement de la poitrine, mettre la
victime à genoux, la frapper d’une vieille houe sur la tête ; elle tombe directement
dans le coma ; vous fracassez les deux tempes, et la tête se brise comme
un morceau de terre. 2.
Attacher comme je
l’ai décrit plus haut, enfoncer des coups de poignards dans les côtes, donner
des coups de pieds et de baïonnette dans le ventre. 3.
Attacher quelqu’un,
lui mettre une branche dans la tête jusqu’à ce que mort s’en suive faute d’air. 4.
Attacher quelqu’un,
lui verser du pétrole dans les deux oreilles, lui donner simultanément des
gifles sur les tempes, la victime est prise de vertige qui la fait écrouler. 5.
Attacher quelqu’un
avec des chaînes au cou et le coucher à même le sol, le tirer jusqu’à
l’étranglement total. 6.
Attacher quelqu’un
fortement les bras et les jambes, le suspendre renversé sur une poutre dressée
horizontalement jusqu’à ce que son sang gicle des oreilles, de la bouche et du
nez, jusqu’à ce que mort s’en suive. 7.
Quand il fallait
soutirer des renseignements à quelqu’un avant de le tuer, on le torturait pour
le faire mourir à petit feu : coups de couteaux sur tout le corps, brûler
le corps avec le jus des bidons en plastic chauffés, percer le sexe avec des
épingles. Obliger l’enfant à avoir des relations sexuelles avec son père ou
avec sa mère, obliger les frères et sœurs à avoir des relations sexuels avant
de les tuer, etc. 8.
À plusieurs
reprises, les victimes demandaient de pouvoir être tuées à la grenade ou à la
cartouche, mais elles n’obtenaient pas satisfaction. Car les bourreaux
prenaient plaisir à contempler patiemment leur longue agonie. Les seules qui de
temps en temps pouvaient être tuées à la cartouche étaient des filles qui
avaient été violées par les Inkotanyi, pour éviter qu’elles ne leur jettent un
mauvais sort qui les ferait périr sur le champ de bataille. Cependant, même si
ce crime a été commis à plusieurs reprises, la loi le réprimait sévèrement.
Celui qui était attrapé, était puni de manière exemplaire. Pourtant, les filles
violées qui n’avaient pas été tuées n’étaient pas informées des sanctions
infligées à leurs violeurs. Un autre point que je ne peux pas ne pas mentionner
est celui du viol des femmes, même si ce crime était sévèrement réprimé. Après
les avoir violées, on leur enfonçait des morceaux de fer ou de bois dans le
sexe et les victimes mouraient d’hémorragie vaginale. 9.
Tuer les enfants
pour ne pas faire perdre le temps aux soldats, ; on les prenaient par les
jambes pour les fracasser sur le mur, l’enfant mourait la tête brisée. 10.
Je ne connais pas
autrement que par Radio Rwanda et RTLM qui diffusaient que les Inkotanyi
avaient dépecé les femmes enceintes pour provoquer l’avortement des enfants
qu’elles portaient. Si ces faits ont eu lieu, je n’en sais rien du tout. Plutôt
pour tuer les femmes enceintes, les militaires leurs donnaient des coups de
genoux au ventre et dans les côtes, les étouffaient en recouvrant leur tête de
feuilles plastiques, parce que d’après les techniques de torture dont j’ignore
comment les Inkotanyi les ont apprises, ces derniers affirmaient que la femme
enceinte résistaient aux coups des vieilles houes ou qu’elles mettaient trop de
temps à mourir. Concernant les INTERAHAMWE, les méthodes ne sont pas différentes, à part que les armes utilisées
n’étaient pas les mêmes. 1. Ils procédaient à la mutilation des corps de la
tête aux pieds. 2. Ils utilisaient des massues renforcées de clous
qui brisaient le crâne plus directement. 3. Ils lançaient des grenades là où s’étaient
entassées des masses de foules de gens. 4. Ils tuaient les enfants comme les Inkotanyi. 5. Ils tuaient les filles qu’ils venaient de violer. 6. Ils dépeçaient les femmes enceintes, et je les ai
vus personnellement. 7. Ils obligeaient les personnes incompatibles pour
des raisons familiales à commettre l’inceste. 8. etc... et d’autres traitements cruels qu’ils
avaient appris des Inkotanyi. De l’engagement des deux
ethnies dans des massacres Pour les hutu
Il est inquiétant et triste de voir comment les Hutu ont répondu massivement à l’appel de tuer. Ceux qui ont assisté réellement au génocide sont ceux-là qui le perpétraient et nous les Inkotanyi qui parcourions le pays en combattant. Qu’on me comprenne bien, même si les
témoins capables d’en fournir des preuves irréfutables ont péri, parce que même
les rescapés du génocide restaient cachés, sans pouvoir observer ce qui se
passait, mais ceci ne peut pas m’empêcher d’affirmer que les Hutu, du Président
de la République jusqu’au plus petit de leurs enfants, se sont engagés dans des
actions d’extermination des Tutsi, dans l’objectif d’en finir une fois pour
toutes. Nier cette évidence
relèverait de la mauvaise foi, même pour ceux qui pensent qu’ils n’ont rien à
se reprocher. Ces rares cas sont à féliciter s’ils ne se sont pas engagés dans
le génocide, mais ils ne peuvent pas démentir que les Hutu ne se sont pas
acharnés à commettre le génocide. Exterminer les Tutsi fut l’œuvre des
autorités du sommet à la base, elles étaient représentées par les organes de
sécurité, qui se sont eux-mêmes impliqués. Ce fut aussi l’œuvre de toutes les
milices, à tel point qu’elle s’assimile à un plan d’extermination de l’ethnie,
comme c’est déclaré et affirmé aujourd’hui. Pour les Tutsi
Jamais les Tutsi ne se sont concertés dans l’intention d’exterminer les
Hutu, ils n’en étaient d’ailleurs pas capables si on considère leur force et
leur nombre. Le problème se pose autrement quand il s’agit des Inkotanyi,
ceux-ci prenaient plaisir à massacrer la population comme l’avait ordonné leur
Chef Kagame. Je me rappelle que ce qui l’a poussé à donner de tels ordres, sont
des rapports sur les opérations militaires, qui disaient qu’il était impossible
pour les Inkotanyi d’entrer dans des zones habitées, parce que ces habitants
nous chassaient par la clameur publique, et parce qu’il leur avait été
recommandé d’élever des chiens pour que ceux-ci aboient avant notre arrivée en
alertant l’armée gouvernementale et en permettant à la population d’évacuer
leurs maisons à temps. Et lui de dire : « les Hutu qui sont avec nous
au FPR, affirment que le seul usage des tracts ne peut pas faire sortir des
têtes des Bakiga (gens du nord) l’idéologie du MRND, comme nos séances de
propagande auxquelles ils ne viennent même pas assister ». Et
d’ajouter : « Rasez tous ces idiots. ». Il a tenu ce discours
pour la première fois, lors de sa visite à l’Unité « Yankee combined
mobile force » qui était basée à GIKOBA, en commune Shonga, à Muvumba au
mois de décembre 1991. Les unités basées dans cette localité
s’appelaient :Zulu, Nkrumah, Bravo, Mike, Sierra ….toutes, avec
combined mobile forces se trouvaient en amont et en aval de l’emplacement
occupé par Yankee. Ainsi les crimes commis par les Inkotanyi ne devraient pas être payés par
des gens innocents, qui ne connaissaient rien de la création du FPR ;
c’est pourquoi, j’éprouve de la peine à constater que les Hutu de tout le pays
se sont appuyés sur ce prétexte pour exterminer toute une ethnie. En bref, les Hutu, sous la direction du pouvoir en place et de tous ses
organes, ont exterminé les Tutsi, même le survivant qui leur a échappé devait
mourir ; ceux qui se sont distancés du génocide sont à féliciter. Les
Tutsi qui formaient la branche armée des Inkotanyi, ont tué le plus grand
nombre de Hutu possible, je veux parler de tous ceux qui ont été repérés ou de
ceux dont on pouvait trouver les moyens d’éliminer. Ce crime est imputé à près
de 23 000 militaires., la plupart l’ont commis sur ordre, d’autres l’ont commis
pour leur propre plaisir, sur autorisation expresse de Sieur Kagame. Des motifs qui pouvaient
provoquer la reprise des hostilités conformément
aux vœux du FPR Comprendre ce point permettrait de connaître pourquoi le génocide a été
possible, et ce qui a été fait pour l’activer pour que le FPR dispose du
prétexte de relancer la guerre, pour emporter la victoire finale. Ceci demeurait l’intention invariable de Kagame, c’était le plan qu’il
avait conçu en 1992, 1993, et en 1994 : montrer à l’opinion internationale
que le Gouvernement massacrait des populations innocentes, qu’il était
incapable de respecter les droits de l’homme. Il y parvenait après s’être livré
à l’assassinat des politiciens ou des Tutsi, pour imputer ces crimes au
Gouvernement. La victoire rapide était uniquement possible s’il y avait des
motifs de réduire le nombre de combattants sur le champ de bataille, ce qui
impliquait de diviser les Hutu au préalable, et de chercher les motifs de
détournement de l’attention du plus grand nombre des militaires en faveur
d’autres objectifs, au moment où lui envisageait de manière prioritaire de
s’emparer du pouvoir. Ceci demandait de passer par la voie la plus rapide, qui
consistait à semer les troubles en tuant
Habyarimana, mais en sacrifiant en échange, les Tutsi qui vivaient à
l’intérieur du pays. Ensuite, pour que cette victoire soit possible, l’APR devait appliquer le
plan de Kagame : « Faisons en sorte
que la plupart des militaires s’engagent dans des tueries, dans des viols des
filles, mais gardons nous de tout ce qui peut nous détourner de notre seul
objectif de prendre le pouvoir, secourir les personnes en danger seulement là
où cela correspond au tracé de notre parcours. ». Nous, les enfants
qui avions quitté le Rwanda sachant que nous y laissions nos parents, avons été
choqués par le comportement de Kagame, dans ce qu’il appelait arrêter le
génocide. Nous sommes arrivés à nous demander si la rumeur qu’on répandait
n’était pas vraie, « qu’il n’y avait plus de Tutsi au Rwanda, ou que s’il
y’avait des Rwandais qui avaient la physionomie des Tutsi, que leur manière de
penser et d’agir correspondait à celle des Hutu ». La dernière étape : le
6-4-1994, l’assassinat du Président
Habyarimana Le vrai FPR de Kagame n’était pas celui qu’on a décrit au travers des Radios. Comme je l’ai dit, ce FPR qui tenait ses réunions dans des salons était différent de celui de Kanyarengwe. Ce mouvement parallèle du FPR avait les intérêts ci-après à assassiner Habyarimana: 1. À sa mort, il était difficile de trouver la
personne capable de rassembler et d’organiser les gens pouvant résister avec la
dernière énergie, aux avancées du FPR. La raison c’était qu’il était très
difficile de trouver quelqu’un qui bénéficie d’une telle autorité politique,
mais surtout d’une réelle autorité sur les forces armées, à laquelle elles
obéissaient. Il était aussi impossible de trouver quelqu’un qui soit aussi
compétent que Habyarimana. dans le domaine des négociations en matière d’aide
extérieure, parce qu’il comptait des amis parmi les différents Chefs d’Etats.
En plus, je ne crois pas aux propos de ceux qui soutiennent que Habyarimana
n’était plus aimé de la population, parce qu’après sa mort nous avons assisté à
des démonstrations de sympathie de toute la population. Bref, le remplacer
s’avérait compliqué surtout que le Pays devait se trouver plongé dans le feu
des combats, un peu partout, y compris la ville de Kigali. 2. La mort de Habyarimana allait provoquer des
troubles qui devaient entraîner des pertes innombrables en vies humaines.
Hormis Habyarimana, tous les rapports des agents du Network en provenance de
Kigali stipulaient que l’assassinat d’une haute personnalité devait entraîner
l’extermination immédiate des Tutsi. Ceci doit être considéré par tous comme
une pure vérité. Quand nous avons assassiné Katumba, qui n’était qu’un
Interahamwe connu seulement à Gakinjiro, ne l’a-t-on pas vengé en tuant des
milliers de Tutsi ? Pensez vous que Kagame ne se posait pas la
question : « que peut provoquer l’assassinat d’une personnalité comme
Habyarimana-Kinani ? » Quand nous reprenions les combats à Muvumba,
des milliers de Tutsi étaient massacrés au Bugesera, comment s’imaginait-il les
conséquences de l’assassinat de Kinani ? Qui ignorait les tensions
provoquées par l’assassinat de Gatabazi, et il a été tué par les Inkotanyi, qui
le lendemain, ont assassiné Bucyana, d’où le sang a été répandu sur tout le
pays ? Kagame s’attendait réellement aux conséquences qui allaient
découler de l’assassinat de Habyarimana. Ces conséquences correspondaient aux
intérêts de Kagame, qui savait que la première réaction des FAR, GP,
Interahamwe, CDR et leurs acolytes était de pourchasser les Tutsi et de les
massacrer, sans que ces derniers aient à connaître ce qui s’était passé.
Pendant qu’ils consacraient toute leur énergie à tuer, à violer les Tutsi, et à
piller leurs biens, nous étions prêts à marcher discrètement sur Kigali et à
nous emparer du pouvoir. 3. Assassiner Habyarimana était la voie la plus
directe pour rendre les accords d’Arusha inopérants, parce que personne n’était
plus compétent pour continuer les négociations dans l’immédiat, en remplacement
du président décédé. 4. La manière dont Habyarimana a été assassiné et les
témoignages fournis par ceux qui en savent quelque chose, moi y compris, ont
été largement commentés, même si les médias dont j’ignore par ailleurs les
sources, les ont diffusés comme il leur plaisait. Ca ce n’est pas mon travail,
ceux qui ont mené les enquêtes, ceux qui seront accusés et ceux qui se
défendront savent comment ils vont procéder pour accuser ou se défendre.
Concernant d’autres massacres commis par le FPR, je vais en faire la
dénonciation par écrit de manière détaillée, en précisant, d’après mes
souvenirs, la responsabilité de chacun de ceux qui y ont pris part, parce que
j’ai participé au lancement de cette guerre et à son issue, j’ignore seulement
ce qui s’est passé là où j’étais absent au moment des faits. Sans écarter les
informations fournies par les autres. L’essentiel des témoignages sur
l’assassinat de Habyarimana que je n’aimais pas du tout parce que je le
combattais, ont été fournis par des gens que Kagame et ses proches ne
soupçonnaient pas. Il sera étonné de se voir accusé par ses complices qu’il
prenait pour des fidèles, ou qu’il continue à considérer comme tels par erreur. 5. S’agissant des gens qui ont exécuté les ordres de
Kagame d’abattre l’avion, ou de transporter des missiles à Kigali et à Masaka,
et pour lesquels je sollicite la protection de la communauté internationale
pour qu’ils ne soient pas éliminés du jour au lendemain dans l’intention de
faire disparaître les preuves, je vais en citer quelques uns pour qu’on reste
vigilant à leur égard. - Le Major RUZAHAZA, qui a assuré la direction des
militaires qui ont convoyé les missiles, lors de leur transport de Mulindi. Il
avait le grade de capitaine à ce moment et dirigeait une équipe de 6
militaires ; ils étaient accompagnés par la MINUAR qui était composée de
militaires originaires du Ghana. Ces derniers ne savaient pas que ces missiles
avaient été chargés dans le camion. - L’adjudant 2 démobilisé Eugène SAFARI qu’on
surnommait KARAKONJE pour sa consommation exagérée de bière fraîche, il
conduisait le camion de transport du bois de chauffage, sur lequel on avait
chargé 2 missiles emballés dans deux grosses caisses glissées sous le bois. - Sgt
Moses NSENGA : il avait le grade de caporal à ce moment, il est
actuellement réfugié en Ouganda, il est le frère de Kayonga et parmi ceux qui
étaient avec lui lors du chargement des missiles sur le camion, il ne reste que
le sgt TUMUSHUKURU, les autres comme l’adjudant Stanley Rwamapasi, qui était caporal, est décédé en 1998, l’autre
était l’adjudant Seromba, il
avait le grade de caporal en ce moment. Etait présent aussi lors du chargement,
le soldat Joseph NZABAMWITA, il est actuellement Lt Colonel peut-être. Il y
avait aussi le Major Birasa qui
avait le grade de capitaine, ce dernier a été assassiné par Kagame. - Sgt MAZIMPAKA Didier : il peut aujourd’hui
avoir le grade de sous-lieutenant. Il conduisait la camionnette Toyota Stout
2002 qui a transporté les deux missiles utilisés pour abattre l’avion de
Habyarimana. Il a transporté les tireurs des missiles, les a laissés à
l’endroit d’où ils pouvaient tirer, il est retourné les prendre pour le CND
après avoir exécuté la mission. Il a été souvent piégé pour être éliminé, et il
a échappé par hasard, en le sachant ou en ne le sachant pas. - Le capitaine Frank NZIZA : il avait le
grade de sous-lieutenant dans le temps, il était tireur d’élite de missiles de
la catégorie SA16, que nous, nous appelions SAM 16. C’est lui qui abattu
l’avion et l’a réduit en miettes. Avant d’envoyer trois autres militaires en
Ouganda, pour un entraînement, il était le seul parmi les Inkotanyi à savoir
tirer les missiles. Les trois autres qui suivirent l’entraînement sont :
le Sgt NYAMVUMBA Andrew, le Sgt TWAHIRWA Steven, le Cpl HAKIZIMANA Eric, tous
appartenaient aux contingents du Haut Commandement qui assurait la garde
personnelle de Kagame. - Le Cpl Eric Hakizimana
a obtenu aujourd’hui le grade de lieutenant : c’est lui qui a effectué le
premier tir sur l’avion, il le toucha à son aile droite sans le descendre, il
pouvait encore atterrir correctement sur l’aéroport, ce fut le deuxième tir qui
l’abattit définitivement. - Le Sgt NTAMBARA Potiano, il a actuellement le
grade de lieutenant : il était aussi installé à bord de la Toyota qui
avait transporté les deux missiles, comme quelqu’un qui devait en assurer la
sécurité, et était retourné avec. - Le Sgt Aloys RUYENZI : il est actuellement
réfugié en Ouganda avec le grade de sous-lieutenant. À ce moment là, il avait
remplacé provisoirement le lieutenant Silas UDAHEMUKA, le chef des services de
renseignements de Kagame. Ce Ruyenzi a suivi de très près la réunion qui décida
d’abattre l’avion. Parmi les participants à la réunion que dirigeait le Général
Major Paul Kagame et qui donnait des ordres, figuraient le Colonel Kayumba
Nyamwasa, le Lt-Colonel James Kabarebe, le Colonel Charles Lizinde, le Major
Jacob Tumwine, le Capitaine Charles Karamba. Cette réunion s’est tenue le
31-03-1994, tous sont encore en vie à l’exception de Lizinde qui a été
assassiné dans son exil aux motifs en rapport avec cette affaire. À ce moment,
le Sgt KARABAYINGA, qui a actuellement le grade de lieutenant, montait la garde
de la salle de réunion en compagnie du Sergent Peter SEMPA, ce dernier décéda à
Bukavu en 1996, dans des circonstances non explicitées. On pourrait établir une longue liste de témoins, parce qu’ils sont nombreux
à avoir été informés sur la manière dont cet avion a été abattu, surtout parmi
ceux qui travaillaient pour le Network, les militaires qui constituaient le 3ème
Bataillon de Kigali. Ce qui est inquiétant est que toute personne qui sera
soupçonnée d’avoir contribué à la fuite de ces informations sera éliminé par
Kagame si aucune garantie de protection ne lui est apportée, comme ce fut le
cas du Capitaine Hubert KAMUGISHA qui assurait le commandement dans des
missions de détectives que nous effectuions à Kigali, notamment auprès des
Interahamwe, tout le monde sait qu’après avoir décidé de le tuer, Kagame
organisa son assassinat au Bugesera et contraignit l’escorte qui l’accompagnait
d’affirmer qu’elle l’a entendu se tuer en se tirant dessus. Celui qui n’est
plus dans les bonnes grâces de Kagame, ou qui peut être soupçonné de ne plus
être en mesure de garder ce secret a été liquidé ou est maintenu sous haute
surveillance. Pour que les Rwandais comprennent d’avantage comment ces choses
se sont passées, je vais, conformément à mes souvenirs, publier prochainement
la liste de tous les noms de ceux qui ont fait partie des équipes de travail de
techniciens d’après leur affectation à Kigali et dans le reste du pays. LE FPR S’ETAIT- IL PREPARE A ASSUMER LES CONSEQUENCES DE
L’ASSASSINAT DE HABYARIMANA, SAVAIT – IL COMMENT IL ALLAIT SE COMPORTER POUR
VENIR AU SECOURS DES TUTSI? Ce point est très grave, et le jour où les Rwandais le comprendront
suffisamment, ils iront manifester dans les rues pour exiger la démission de
Kagame, pour qu’il soit transféré devant les tribunaux à l’instar d’autres
criminels. Laissez moi vous démontrer que l’APR disposait de tous les moyens de
venir au secours des personnes en danger, mais que pour Kagame cet objectif ne
constituait pas du tout une priorité : 1. Les militaires des Inkotanyi avaient l’habitude
d’effectuer une marche d’au moins 30 km à 80 km par jour, et de se mettre
immédiatement au combat. Cela n’est pas une exagération parce que le 59ème
Bataillon, parti de Butaro, est arrivé à Miyove avant la tombée de la nuit,
alors que sa progression avait été longuement freinée par Kagame sous prétexte
qu’il voulait d’abord donner de soit-disantes instructions, alors qu’il
connaissait parfaitement les ordres qu’il avait donnés à ses commandants de
compagnies. Le lendemain ce 59ème Bataillon a continué sa marche
vers le CND pour arriver le 10/04 au cours de la journée. Les autres bataillons
comme Bravo et Alpha, n’ont mis que deux jours, une partie du bataillon 101 est
arrivée, avec les bataillons de tête, une partie de la Police Militaire est
arrivée le 3ème jour c’est à dire le 09/04. En ces moments, les
simples soldats et les caporaux transportaient un chargement de 30 kg chacun en
plus de leur équipement individuel, en marchant la nuit et le jour parce qu’on
avait besoin de suffisamment de cartouches pour briser le verrou qui fermait la
route de Byumba. Ces exemples sont suffisants pour comprendre la force que nous
avions pour effectuer une marche de plus de 100 km pour ceux qui avaient quitté
Butaro et qui étaient arrivés à Kigali en trois jours, et en combattant pendant
tout le parcours. 2. Au fur et à mesure que les jours passaient,
beaucoup d’enfants d’Inkotanyi rejoignaient le FPR en provenance du Rwanda, à
tel point qu’à part les Ougandais qui disaient qu’il n’y avait plus de Tutsi
vivants au Rwanda, que les Tutsi qui s’y trouvaient encore étaient des
gourmands qui avaient refusé de s’exiler, ou qui avaient adopté la manière de
penser des Hutu, nous, nous nourrissions la ferme volonté de venir au secours
de nos parents qui périssaient. Ce qui fut le plus douloureux et qui a poussé
certains de nos camarades à se suicider est qu’ils éprouvaient trop de peine à
se voir interdire d’apporter secours aux personnes qui étaient tuées sous leurs
yeux : des camarades prenaient leur fusil et se donnaient la mort en
disant qu’ils s’étaient trompés en décidant de rejoindre les Inkontanyi.
Seulement moi je ne me suis pas trompé, mais j’ai trop souffert d’être empêché
de venir au secours de nos parents alors que nous en avions les moyens. 3. Nous connaissions la ville de Kigali plus que ses
habitants, parce qu’il nous fallait connaître les passages qu’empruntaient même
les rats. Nous connaissions Kigali de jour comme de nuit, avec la capacité de
localiser sans erreur tous les coins et les recoins où pouvaient résider tous
ceux qui avaient besoin de notre aide. Kigali mise à part, il était facile
d’aller partout dans le pays, à cause des multiples provenance des enfants
(Inkotanyi), et du grand nombre de ceux qui pouvaient nous en indiquer les
emplacements. 4. Au Rwanda, les localités où il y avait une forte
densité de Tutsi à secourir pour éviter qu’ils ne périssent étaient très bien
connues, et elles n’étaient pas très nombreuses : il s’agissait du
Bugesera, de Kibuye, de Butare, de Rwamagana…, et ceux qui pouvaient intervenir
dans une localité pouvaient continuer dans d’autres à proximité. 5.
Et maintenant voyons
comment Kagame n’a pas eu du tout la moindre volonté de secourir les Tutsi
qu’ils venaient de jeter consciemment dans les griffes d’une mort certaine. Commençons par la seule ville de Kigali. - Comment peut-on comprendre, à l’examen de nos
forces, de l’étendue des grandes distances que nous pouvions parcourir, que
l’APR n’ait pas pu secourir les gens qui ont péri à l’ETO de Kicukiro, si
réellement il avait voulu secourir ces gens ? Est-ce parce qu’il n’a pas
su qu’ils s’y trouvaient ? Serait-ce parce que ce lieu qu’on peut
atteindre en traversant la route qui mène au CND à moins d’une heure de marche,
s’était éloigné d’avantage ? - Quelle est la distance à parcourir entre Rebero
et Rwampara qui nous a empêchés de venir au secours des gens qui y
périssaient ? - Comment expliquer que sur le petit pont près de
la gare de Nyabugogo, en direction de Gatsyata, les Interahamwe aient installé
une barrière qui a permis de décimer les gens en dépit de l’installation du
Bataillon Bravo par Kagame sur le mont Jari ? Comment comprendre que les
gens aient été tués à Gisozi, Kagugu, et Kinyinya qui se trouvaient à moins de
deux kilomètres des Inkotanyi ? - Quelle distance y-a-t-il entre le CND et
Kacyiru, Cyimicanga, et même entre le CND et l’église de la Sainte Famille pour
que les gens périssent sans que rien ne soit fait pour les secourir ? - Comment expliquer qu’au Bugesera, à Nyamata qui
n’est qu’à 35 km de Kigali et qui regorge des Inkotanyi, les gens aient été
décimés sans la moindre réaction ? Y a-t-il des camps militaires de plus
grande envergure que les positions militaires de Ruhengeri et Byumba où les
militaires pleins de rage de Habyarimana n’ont pas pu nous empêcher
d’avancer ? Voyons maintenant en dehors de
Kigali. -
Hormis le Bugesera dont j’ai parlé, quel obstacle nous
a empêchés d’intervenir à Kabuga, à Rwamagana ? Est ce tellement loin
qu’il nous était impossible d’y arriver ? Si après nous avons montré aux
Rwandais et au monde entier que nous étions capables de marcher jusqu’à
Kinshassa à 4000 km, car ce parcours n’a pas été effectué en avion alors que
nous nous étions obligés de faire des zigzags pour allonger la distance à
parcourir, ce qui ne nous empêcha pas d’arriver à Kinshasa dans 150 jours, cela
veut dire que nous faisions 26 km par jour. C’était le plus petit trajet
puisque nous pouvions parcourir 80 km. -
Concernant les régions éloignées comme Butare, pourquoi
les Tutsi ont-ils été massacrés, alors que le génocide n’a commencé qu’un mois
plus tard... À Kibuye, qui a secouru ces gens, qui ont seuls organisé leur
résistance jusqu’à la fin du mois de juin, pour finalement se laisser abattre
comme des animaux sans berger ? -
Sans aller trop loin, revenons près de l’entrée du CND
à 20 mètres des Inkotanyi qui aimaient les gens : pourquoi Kayonga qui
savait que l’avion du président allait être abattu, a-t-il ordonné de chasser
les civils et de fermer les portes du CND pour que personne n’ait à nous reprocher
d’avoir caché les Tutsi au CND ? Combien de cadavres de Tutsi sur lesquels
les véhicules roulaient n’a-t-on pas vu au rond-point de Kimihurura après leur
avoir fermé l’entrée au CND où ces gens pouvaient sauver leur vie ?
Comment sacrifier les Tutsi plus que cela ? Je l’ai dit plus haut, laissez moi le répéter : Kagame nous a empêché de venir en aide à nos parents alors que
nous en avions la capacité et la volonté. Ce que je peux ajouter c’est que chaque fois qu’il s’agissait de secourir
les gens, on y procédait de trois manières différentes : 1. Quelqu’un dont le FPR avait besoin pour l’employer
après la prise de pouvoir. 2. Des gens qui pouvaient se trouver par hasard sur
le parcours tracé par le FPR, il les libérait et les mettait en lieu sûr. 3. Les commandants saisis de pitié prenaient le
risque de l’initiative à l’insu de Kagame. Jamais secourir la population tutsi
ne fut envisagé par le plan d’attaque de Kagame. Ensuite voyons quelle ambiance régnait chez les Inkotanyi installés à
Kigali au cours du Génocide. Moi en ma qualité de militaire rompu à l’art de la guerre, j’ai la
conviction que le repos des guerriers est nécessaire pour disposer des troupes
fraîches capables de se relayer et d’intervenir chaque fois que de besoin. Mais
voyons pourquoi il n’existait pas de plan de secours. Dans Kigali, il y avait
des bataillons suivants, certains y sont arrivés avant, d’autres ont été
constitués sur place parce qu’ils n’existaient pas. Il y avait Alpha, Bravo, le
59ème,le 7ème ; le 3èm, la Police Militaire, le bataillon
d’Artillerie et de Défense aérienne, le 5ème, le 21ème. A
l’exception du 3ème bataillon et de la Police Militaire, les autres
bataillons comprenaient plusieurs compagnies de A-B-C-D-E-F-G-K-HQ compagnies,
le plus petit bataillon était formé de 10 compagnies et chacune comptait au
moins 170 personnes. Il y’avait de gros bataillons qui comptaient jusqu’à 2 000
personnes. Ajouter à tout cela, des milliers de techniciens qui s’étaient
infiltrés dans Kigali. En réalité, et ce n’est pas un mensonge, la seule Ville
de Kigali comptait plus de 12 000 hommes de troupes Inkotanyi, et les Tutsi
continuaient à être massacrés partout. Après la capture totale de Gikondo
Magerwa, il est triste de constater que pendant que le sang de nos parents
continuait à être versé, les Afande affectaient le plus gros de leurs troupes
aux sales boulots de piller les grands magasins, comme Magerwa précisément. Il n’était pas question pour ces militaires
d’aller au secours des gens, parce que Kagame ne l’avait pas spécifié dans les
ordres qu’il avait donnés, et celui qui s’avisait à en prendre l’initiative,
pour intervenir là où on ne l’avait pas envoyé, courait le risque d’une peine
d’emprisonnement s’il avait perdu un homme. Les Messieurs Kaka, Dodo, Ngoga, Bagire, Kayonga étaient tous en
compétition pour le pillage du plus grand nombre de Land Cruisers, et de les
transformer en jeeps pour leurs escortes, ils agissaient comme des militaires
très semblables aux Interahamwe. En vérité, tout ce qui va pourrir commence par
le sommet. Il y a jamais eu de meilleurs combattants que les gens que je viens
de nommer plus haut, ajoutons y les Kaddafi, Nyamurangwa, Kwikiriza, Kalisa,
Rwigamba, Nkubito… et plusieurs autres pour lesquels on admettait qu’ils
étaient compétents. Mais comme ils n’avaient jamais reçu l’ordre d’aller au
secours de ceux qui avaient besoin d’eux, leurs militaires se sont livrés à la
débauche avec des femmes, au pillage des Nido, à l’ivresse par les Carlsberg,
le whisky, la Mutzig et la Primus. C’est ainsi que le pillage devint une maladie endémique ; les
Interahamwe tuaient et pillaient, tandis que l’APR continuait à se délecter
dans Magerwa, la Sucrerie de Kabuye. Après avoir exterminé des personnes
innocentes à Byumba, ils procédaient à la chasse aux rescapés des banlieues, et
après ils se mettaient à piller et à convoyer le butin en Ouganda. C’est
triste. Je vais écrire tout ces faits de manière plus détaillée. POURQUOI ALORS KAGAME
S’AUTOPROCLAME-T-IL LE SAUVEUR DES TUTSI ? Il s’agit ici d’un important piège qu’il s’est tendu, et il sera le premier
à tomber dedans. J’ai montré comment les choses ont évolué dans les deux
camps ; comment les Interahamwe ont accru leur cruauté, et que les
premiers qui se sont distingués par leur cruauté dans les massacres sont ceux-là
même qui avaient fui les combats du FPR qui décimait les membres de leurs
familles à Byumba et à Ruhengeri : ils étaient devenus comme de vrais
animaux quand ils ont débouché à l’entrée de Kigali, ils n’étaient plus
capables de distinguer les Inkotanyi des Tutsi. La situation s’aggrava par la
propagande divisionniste, l’assassinat du Président et ses hauts dignitaires,
alors que c’était eux qui étaient les maîtres des Interahamwe et de l’armée qui
ne voyaient plus la personne susceptible de contenir l’avancée du FPR. Rien ne
pouvait résulter de ce chaos, si ce n’est le génocide des Tutsi. Quelles que puissent être les erreurs qu’il put commettre, en comparaison des massacres, de la torture et des traitements cruels que les Interahamwe hutu ont infligé aux Tutsi, Kagame fut de prime abord considéré comme l’homme providentiel qui a arrêté le génocide. Et pour lui, qui aime trop les honneurs, il était facile d’instruire les gens de ce haut fait dans sa quête de légitimité du pouvoir en vue de réduire au silence les autres prétendants et de leur imposer sa volonté. Désormais toute voix discordante fut réprimée comme celle du criminel du génocide. Quand la communauté internationale lui conseillait d’aller lentement, il leur rétorquait qu’ils devaient se taire, parce que les gens ont été décimés à cause de leur indifférence, alors que lui réglait le sort du régime des tueurs en arrêtant le génocide, « qu’avez vous à dire au sujet de nos problèmes ? ». Et maintenant, il continue à s’autoproclamer le sage comme celui qui est venu secourir les trépassés. Un proverbe rwandais dit que « le petit taureau qui décime le troupeau de vaches naît dans ce troupeau ». Un Tutsi a fourni aux tombeurs des Tutsi le prétexte de les exterminer et les a délaissés après. LA RESPONSABILITE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE DANS NOTRE GUERRE À part que toutes les guerres dites de libération nationale entre les
rebelles et les armées nationales se déroulent de la même façon, j’ai constaté
beaucoup de différences dans la guerre des Inkotanyi et ceux qui veulent
perpétuer le mensonge y recherchent leurs arguments. Premièrement, la guerre a été lancée à partir de l’Ouganda et menée par des
jeunes appartenant majoritairement à l’ethnie tutsi. Ces jeunes venaient de
tous les pays : Ouganda, Tanzanie, Zaïre, Burundi, Rwanda, Kenya et
d’ailleurs mais en petit nombre. Cette donnée est suffisante pour comprendre
l’implication de chacun de ces pays dans ce conflit. Partant de là, il est
clair que tous ces pays, à l’exception du Rwanda, ont su ou toléré que les
jeunes Tutsi traversent leurs frontières pour aller participer à cette guerre.
Certains pays mettaient à leur disposition leurs services de renseignements
pour leur faciliter le passage à la frontière. Plus de 300 000 ont transité par
le territoire burundais. Tous passaient par le Burundi avant de gagner
l’Ouganda. Un plus grand nombre a transité par l’Ouganda, parce que c’était un
passage obligé. Deuxièmement, le Rwanda, comme les Inkotanyi n’ont pas d’usine d’armements,
ils devaient toutes les acheter. Acheter signifie avoir des pays clients et des
deux côtés. Le Rwanda achetait avec son argent des armes et des munitions, et
en recevait d’autres de ses pays amis par voie de coopération ou de crédit.
Parmi ces pays, il y a la Belgique, la France, la Chine, la République
Sud-africaine, l’Egypte, la Russie et bien d’autres. La guerre demande toujours
un armement moderne capable de faire face à celui de l’ennemi ; cela
signifie qu’on doit acheter de nouvelles armes qui nécessitent des instructeurs
militaires généralement fournis par d’autres pays. Personne ne peut nier qu’il
y a eu des instructeurs français ou belges qui ont entraîné les forces armées
rwandaises. Et pour les Inkotanyi, personne ne peut nier qu’ils ont bénéficié
d’instructeurs ougandais, et certains sont même allés suivre des formations
dans des pays amis. Rien ne peut occulter cette logique. Parmi les questions actuelles, le Rwanda reproche aux Français d’avoir entraîné les Interahamwe, et d’avoir ainsi une grande part de responsabilité dans le génocide. Moi je pose la question suivante : quel genre de besoin en haute technologie des Interahamwe nécessitait l’instruction appropriée de militaires français ? Les Interahamwe ont tué à la machette et à la grenade, ils disposaient
aussi de petits fusils qui circulaient largement dans le pays et dont
l’entraînement au maniement pouvait être dispensé par la police communale. Cela
serait compréhensible si on avait reproché aux Français d’être venus semer la
haine des Tutsi chez les Interahamwe, de leur avoir appris à surmonter la
crainte humaine de verser inutilement le sang, ou s’ils s’étaient placés à la
tête de leur commandement, sauf qu’il n’y a même pas d’intérêt ; tuer un
simple Tutsi des collines ne nécessite aucun concours de la part d’un expert
français. Les Français ne sont pas des saints, car comme nous maudissions
Habyarimana, eux l’encensaient comme l’un de leurs amis les plus chers. Ceci
signifie que pour moi et pour tous les Inkotanyi l’ami de notre ennemi était
notre ennemi. Pourquoi ce mensonge se perpétue-t-il en se répandant
infiniment ? J’ai signalé tous les endroits où nous, les Inkotanyi, avons
massacré des populations, est ce pour autant que les Barundi qui nous ont aidés
ou les Ougandais qui nous ont entraînés et fourni des armes doivent comparaître
devant les tribunaux pour crime de génocide ? Après notre victoire, nous
avons déclenché une guerre d’agression contre le Congo-Zaïre, n’est ce pas vrai
que les militaires rwandais ont bénéficié des entraînements des Américains, des
Israéliens, des Nord-Coréens, des Sud-Africains, des Éthiopiens, des
Érythréens, des Russes, des Kenyans, et d’autres que je ne puis nommer ;
est-ce dire que ces pays qui ont entraîné notre armée sont responsables des
massacres que nous avons perpétrés sur des Congolais et sur des réfugiés hutu
au Zaïre ? Notre armée comprenait des éléments de nationalité ougandaise
et personne ne conteste ce fait puisque Kagame lui même l’a confirmé, il a même
organisé des cérémonies officielles d’adieu, et ce sont ces éléments ougandais
qui tiraient aux armes lourdes, 122 mm, 107 mm, 120 mm. Est-ce que pour autant
l’Ouganda doit être appréhendé pour répondre des accusations de génocide ?
LES RWANDAIS DEVRAIENT SE LIBERER ET SAVOIR QUE HABYARIMANA A PLANIFIE LE GENOCIDE
ET QUE C’EST KAGAME QUI EN A PERMIS LA REALISATION, KINANI EST DECEDE, ET
L’AUTRE DEVRAIT SE HATER DE SE PRESENTER DEVANT LE TRIBU NAL POUR ETRE
CONDAMNE A LA PEINE CAPITALE, POUR LE SUIVRE, ET LAISSER LES SURVIVANTS VIVRE
ENSEMPBLE EN PAIX. Finalement les gens comprendront que les amis de Habyarimana venaient au Rwanda pour défendre leurs intérêts communs, car il savait intoxiquer la communauté internationale qui accourait à son secours. Et pourtant ceci s’est terminé en 1990. Alertés par Habyarimana que l’Ouganda avait agressé le Rwanda, la Belgique et le Zaïre se sont empressés d’envoyer leurs troupes au Rwanda, quand ils se sont rendus compte qu’il s’agissait de Tutsi qui regagnaient leur pays, ils se sont retirés immédiatement, les Français à leur tour se sont dits qu’il ne fallait pas abandonner leur ami Kinani, ils sont arrivés au Rwanda pour se livrer aussi au commerce de la drogue produite par l’entreprise des familles Habyarimana-Mitterand dans la forêt de Nyungwe. Les marchés des armements et des munitions enrichissent les commerçants de ces marchandises, et cet enrichissement est une explication des relations entre Mitterand et Habyarimana, et le FPR en a fait le refrain de sa chanson, pour pouvoir couvrir les crimes graves qu’il a commis, à part qu’il ne peut en être acquitté. QU’EST CE QU’IL FAUT FAIRE
MAINTENANT ? L’ONU devrait sortir de sa réserve et rejeter l’opprobre dont on la couvre
sans justifications qu’elle n’a pas apporter son assistance aux Rwandais.
Y-a-t-il des ordres donnés par l’ONU aux Hutu et aux Tutsi de se battre ?
A-t-on oublié le discours de Kagame qui intimait à l’ONU l’ordre de venir à
l’instant ou d’abandonner cette démarche dans le cas contraire, en lançant le
défi qu’il allait lui-même arrêter le génocide ? Si l’ONU était intervenue
avec ses contingents de militaires naïfs sur lesquels on aurait pas hésité à
tirer, à qui devrait-on en imputer la responsabilité ? Qui compose
l’ONU ? Pourquoi, parmi les Grands qui sont les membres permanents de son
Conseil de sécurité, l’un d’entre eux serait-il seul à être pointé du
doigt ? Etait-il le seul à pouvoir arrêter ce génocide ? ON DEVRAIT ENTREPRENDRE DES INVESTIGATIONS SUR LES CAUSES QUI ONT RENDU POSSIBLE CE GENOCIDE QUI S’EST EFFECTUE EN SI PEU DE TEMPS, ET SUR LA RESPONSABILITE DE CHACUN DES BELLIGERANTS, JE VEUX DIRE LE GOUVERNEMENT ET LES REBELLES. |
| Document source: Abdul J. Ruzibiza |
Author: Abdul J. Ruzibiza |
Our URL: http://www.abarundi.org |