Actualité régionale

Le Rwanda confirme sa présence militaire en Rdc en marge de la reddition de Rwarakabije

La confirmation est de Sezibera, émissaire du régime rwandais. Il s’exprimait à l’occasion de la reddition du commandant des Fdlr. Il a annoncé de nouvelles pressions militaires sur les Interahamwe afin de les pousser à rentrer au Rwanda
Kinshasa , 20.11.2003 | Politics

La reddition de Paul Rwarakabije, on continue d’en parler. A Kigali, elle a donné l’occasion aux dirigeants de ce pays de délier leur langue. Kigali qui a très bien accueilli le retour au bercail du commandant des Fdlr, mouvement armé rwandais composé des ex-Far et des Interahamwe, a saisi l’occasion pour dévoiler sa stratégie. Pour Kigali, les Interahamwe et autres ex-Far vont bientôt rentrer massivement au Rwanda après la reddition de leur chef.
Le régime rwandais qui semble être dans le secret de Dieu, donne sa recette à ce sujet. Pour lui, si Paul Rwarakabije s’est rendu à l’armée rwandaise avec une centaine de ses combattants c’est parce que le Rwanda lui a fait des pressions militaires.

Parlant de cette reddition à l’Afp, l’émissaire du président rwandais, M. Sezibera, a dédaré : « Sa reddition est le résultat d'une double stratégie : nous n’avons jamais cessé d’inciter ces groupes à rentrer, tout en faisant pression militairement sur eux, pour leur faire comprendre que la voie militaire n’était pas une solution. »

Comment comprendre cette déclaration sinon que Kigali continue à faire pression militairement sur sa rébellion basée en Rdc au moment où l’heure est à des pressions diplomatiques. Et pourtant, officiellement, le Rwanda dit avoir retiré ses troupes envoyées jadis en République Démocratique du Congo.

Toute la communauté internationale est convaincue que Kigali n’a plus de troupes en Rdc. Le président sud-africain, reçu par les confrères de Rfi, a estimé que la présence des troupes rwandaises au Congo n’est pas évidente parce que la Rdc n’a jamais fait telle déclaration.

Le confrère a été pourtant clair dans sa question. Il a dit que les soldats sud-africains de la Monuc disent à qui veut les entendre que les soldats rwandais sont sur le sol congolais.

On ne le leur dit pas ; ils les rencontrent eux-mêmes. Bien entendu que les soldats sud-africains sous le mandat de l’Onu ne font pas rapport à leur pays. La Monuc, on le sait, informée, a tenté de vérifier les faits.

Mais, l’accès des camps militaires lui a été interdit. C’est un aveu. Si la Monuc avait le pouvoir de dire quelque chose sur cette présence militaire rwandaise au Congo, elle ne devrait pas attendre. On pense que la Monuc, connaissant le rôle que la Rsa joue dans le processus de paix en Rdc, devrait tenir les dirigeants de ce pays informés de cette situation.

Ne l’ayant pas fait, la Monuc a contribué au flou artistique actuel qui profite au Rwanda et nuit à la paix dans la sous-région.

D’aucuns, interprétant les dires de l’émissaire du président rwandais, pourront faire croire qu’il s’agirait des pressions avant le retrait des troupes rwandaises du territoire Congolais.

On veut bien le croire. Mais, on commettrait l’erreur de ne pas prendre en compte les déclarations des officiels rwandais eux-mêmes. Dans sa dernière déclaration, l’émissaire du président rwandais n’est pas allé par quatre chemins, en déclarant : « Nous allons poursuivre cette stratégie avec ceux qui sont restés au Congo. »

C’est clair. Quelle est cette stratégie ? L’émissaire de Kagame la définie : inciter les groupes armés rwandais à rentrer au bercail et, en même temps, continuer à faire sur eux des pressions militaires.

Comment Kigali peut-il faire des pressions militaires sur ses opposants restés au Congo sans être au Congo ? Hier, on dirait qu’il peut faire pression par ses alliés du Rcd/Goma interposés. Tout le monde sait qu’aujourd’hui, cela n’est pas théoriquement possible.

Le Rcd/Goma qui s’est mué (en principe) en parti politique doit avoir déversé ses combattants dans l’armée Congolaise. A moins que le Rwanda dise avoir signé un quelconque accord avec la Rdc pour le laisser poursuivre des pressions militaires sur les Fdlr.

Il est temps que l’on cesse de se nourrir d’illusions. De croire à la paix alors que l’agresseur est encore sur le territoire Congolais et n’a pas encore abandonné ses visées sur le Congo. Les soldats rwandais doivent partir du Congo.

Cela permettra à ce pays de réunifier son territoire en réunifiant son armée. Tant que les soldats rwandais occuperont la partie Est du Congo, la réunification de l’armée sera un écueil. Soit les Rwandais vont s’y opposer, soit ils vont, sous l’étiquette de Tutsi Congolais, s’y intégrer avec tout ce que cela comporte comme danger.

Car, ce qui est important et qu’il faut chercher à savoir, c’est ce qui oblige Kigali à infiltrer l’armée Congolaise. Il faut être naïf pour croire qu’il s’agirait d’un geste gratuit. Il semble que Kagame ne fait rien au hasard. Celui qui a instauré un département de la question Congolaise dans son gouvernement, n’est pas homme à traiter le dossier aussi important que celui de l’armée avec légèreté.

Si jusque là, aucune déclaration officielle du Rwanda n’atteste la présence de ses troupes au Congo, en violation des accords signés à Pretoria —ce qui nous étonnerait — Kigali s’est toujours trahi. Hier c’était la déclaration de Murigande, ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui c’est la révélation de Sezibera.

Il faut être naïf pour croire que les officiels rwandais auraient la langue fourchue au point de se tromper régulièrement. La vérité, nous l’avons toujours dit, c’est que personne n’est assez intelligent pour mentir à la perfection. Car, on finit toujours par se trahir quelque part.

C’est à ce point que se trouve Kigali.

| L’Avenir


Document source: AFP


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