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Au Rwanda, une minorité musulmane au-delà du clivage ethnique

KIGALI, 6 nov (AFP) - Isaac était rebelle dans le Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion tutsie, au pouvoir depuis 1994) qui a mis un terme au génocide. Il s'est converti à l'islam après avoir été impressionné par l'attitude des musulmans lors des massacres.

Au Rwanda, petit pays d'Afrique centrale de quelque 8 millions d'habitants, environ 10% de la population est de confession musulmane, selon les chiffres officiels. Et leur nombre est de plus en important.

"Je me suis converti après l'entrée de mon unité dans Kigali. J'ai vu que beaucoup de Tutsis avaient été cachés, et donc sauvés, par des musulmans", raconte ce jeune homme à l'allure décontractée, en buvant un soda dans le quartier populaire de Nyamirambo à Kigali.

D'avril à juillet 1994, un million de Tutsis (ethnie minoritaire) et Hutus modérés, selon une estimation des autorités de Kigali, ont été massacrés par des extrémistes hutus lors d'un génocide planifié par le pouvoir hutu de l'époque.

Jean-Pierre Sagahutu, chauffeur de taxi, fait partie de ces Tutsis sauvés par des musulmans.

"J'était caché dans la fosse septique derrière la maison d'un musulman appelé Idrissa. Seul lui savait où j'étais. S'il m'avait trahi, j'aurais été tué. Mais il n'a pas trahi", se souvient-il. Catholique, il s'est converti à l'islam, une fois le génocide terminé.

Plusieurs autres facteurs expliquent cet engouement pour l'islam dans un pays très marqué par les clivages ethniques.

Le rôle de la toute puissante Eglise catholique pendant les massacres a en effet été très critiqué.

De nombreux Tutsis qui avaient trouvé refuge dans des églises, espérant ainsi échapper à la folie meurtrière des extrémistes hutus, ont été massacrés, contrairement à ceux qui étaient allés dans des mosqués.

Si des prêtres ont risqué leur vie pour sauver leurs fidèles, d'autres ont du sang sur leur main.

Autre motif de fierté, l'islam est arrivé au pays des Mille collines avant le christianisme.

Lorsque les permiers soldats allemands sont arrivés au Rwanda, en provenance de leur colonie du Tanganika (actuellement Tanzanie) ainsi que de l'Ouganda et du Soudan, il ont emmenés des musulmans parlant swahili comme interprètes. Ce sont donc eux qui ont introduit l'islam.

Mais cet engouement pour l'islam, juste après le génocide, avait quelque fois d'autres raisons, plus ou moins honorables.

Saleh Habimana, le porte-parole de la communauté musulmane du Rwanda, cite ainsi des cas de Hutus qui pensaient qu'en se convertissant à la religion musulmane, ils seraient ainsi "blanchis" de tous soupçons de participation au génocide.

Des Tutsis pensaient également que s'ils étaient musulmans, ils seraient épargnés en cas de nouveaux massacres, explique-t-il.

Selon lui, la communauté musulmane du Rwanda maintient son indépendance car elle est largement auto-financée. Les petites mosqués aux minarets verts et blancs qui fleurissent sur les collines sont construites et financées par les fidèles du quartier.

Seule exception, l'école coranique Zaidi bin Sabiti près de Kigali, où 40 garçons et filles agés entre 5 et 17 ans, sélectionnés pour leur connaissance du Coran, étudient sans payer de frais. L'établissement est financé par un ressortissant saoudien.

Marginalisés jusqu'au génocide de 1994, les musulmans du Rwanda sont bien perçus par le reste de la population et bien représentés dans l'administration.

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, perpétrés par le réseau d'Oussama ben Laden, ils se sont rapidement alignés sur la position du gouvernement de Kigali, condamnant en des termes les plus forts ces attentats.


Document source: AFP


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