Burundi

Actualité
Bulletin No 104
Semaine du 17 mars 2008

A Gitega: Le Deuxième Vice-Président de la République rencontre les cadres du ministère de l’agriculture et de l’élevage

Bujumbura, le 16 mars 2008

Cellule Presse et Communication
Deuxième Vice-Présidence de la République

Officiellement, le ministère de l’agriculture et de l’élevage a déménagé à Gitega. Dans la pratique, le ministre et son cabinet gardent encore leurs bureaux à Bujumbura. La descente du Deuxième Vice-Président de la République au ministère de l’agriculture et de l’élevage visait donc à rappeler que ce ministère doit déménager sans délais dans la future capitale politique du Burundi.

Le vendredi 14 mars à partir de 13 heures et trente minutes, c’est dans la salle des spectacles du Grand Séminaire Jean Paul II qu’a eu lieu la rencontre du Deuxième Vice-Président de la République avec les hauts cadres dudit ministère en présence bien entendu du ministre concerné et du gouverneur de la province de Gitega.

Pour commencer, le Deuxième Vice-Président de la République a déclaré à son auditoire qu’il était venu discuter avec les hauts cadres du ministère de l’agriculture et de l’élevage des stratégies devant permettre à l’agriculture et l’élevage de décoller. Il a placé cette rencontre dans le cadre de la politique gouvernementale d’échanger avec les responsables des grands services de l’Etat en vue d’augmenter la production et d’améliorer les conditions de vie de la population.

Son Excellence Monsieur Gabriel Ntisezerana a souhaité que la rencontre débouche sur des orientations claires, sur des suggestions et des réponses aux préoccupations qu’ont les premiers responsables du domaine de l’agriculture et de l’élevage. La parole a été alors accordée au directeur général de l’agriculture (qui répond en quelque sorte de quatre divisions : la direction de la fertilisation et de la protection des sols, la direction de la promotion des semences et des plants, la direction de la protection des végétaux, la direction du projet d’appui au secteur semencier Kajondi et du projet maraîcher et fruitier de Ngagara).

Agriculture: l’urgence d’une politique de fertilisation intégrée

Prenant la parole, le directeur général de l’agriculture a demandé au gouvernement de disponibiliser les intrants agricoles et de faire en sorte que la chaîne de la filière semencière soit respectée. Il a expliqué que les engrais arrivaient souvent tard et que les semences n’étaient guère disponibles au moment des semailles. Parlant des réalisations, le directeur général s’est félicité de la bonne collaboration avec l’ISABU qui a permis de trouver six variétés de moutures de manioc permettant de lutter contre la mosaïque du manioc. Il a expliqué qu’ils avaient déjà réalisé plus de deux mille hectares avec ces nouvelles variétés et que l’objectif était d’atteindre 84 mille hectares en 2009. Il a cependant regretté que le comité de contrôle de la maladie de la mosaïque et d’autres maladies des végétaux n’ait pas assez de moyens de fonctionnement. Il a reconnu que le fonds PPTE leur avait accordé 100 millions de fbu pour constituer le stock stratégique afin de lutter contre les maladies des plantes mais qu’avec un tel fonds, les moutures produites s’avéraient plus ou moins chères pour la population. Il a demandé que des lois soient adoptées pour réguler le commerce des semences sélectionnées et des engrais. Il a exposé le problème du charroi assez vétuste. Il a confié qu’une nouvelle maladie des végétaux était signalée dans les pays limitrophes et que le Burundi se préparait à la prévenir et à la combattre.

Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président a demandé au directeur général d’expliquer les stratégies qu’ils avaient adoptées pour faire en sorte que les moutures parviennent à temps à la population et que cet objectif de 84 mille hectares puisse réellement être atteint.

Le directeur général de l’agriculture a répondu qu’ils avaient mis en place des points focaux dans toutes les provinces et qu’ils travaillaient avec les agronomes communaux. Il a expliqué qu’il y avait des contrats avec ISABU et FAO qui paie les associations des paysans qui préparent les moutures. La direction générale de l’agriculture fait alors en sorte que les populations vulnérables puissent recevoir des moutures gratuitement pour une étendue de cinq ares. Il a expliqué qu’en 2007, ils avaient reçu un montant de 693 millions de fbu mais qu’ils n’avaient pu utiliser que 200 millions à cause des lenteurs au niveau du ministère des finances quant au déblocage des sous. Il a souligné qu’ils avaient des difficultés à récupérer la somme restante de même que le financement de l’année 2008.

Le Deuxième Vice-Président de la République a dit prendre note de ce problème. Il a par contre demandé au directeur général d’expliquer comment ils s’organisaient pour faire face à la pression démographique qui fait que les terres cultivables diminuent progressivement. Quel rôle jouent les engrais dans l’augmentation de la production agricole ?

Le directeur général a expliqué qu’il était urgent d’ouvrir le marché des engrais chimiques pour qu’il y ait plus de concurrence. Il a précisé qu’ils essayaient d’encourager l’usage des engrais chimiques en même temps que les engrais organiques venant des trous à compost. Une personne dans la salle a levé le doigt et obtenu la parole de la part du Deuxième Vice-Président.

L’intervenant a souligné qu’il y avait urgence d’instaurer ce qu’il a qualifié de fertilisation intégrée: engrais chimiques (selon les cultures), engrais organiques, lutte contre l’acidité des sols, usage de la chaux et promotion de l’agroforesterie. Il a fait remarquer que le Burundi n’avait importé que six mille tonnes d’engrais chimiques alors que le Rwanda en avait importé plus de vingt mille avec une ambition d’atteindre cinquante mille tonnes dans les prochaines années! Il a dénoncé les spéculations au niveau des marchés d’engrais et plaidé en faveur d’une meilleure utilisation des ressources (fumier organique, mise en place des chaudières et baisse du prix des plants et des engrais chimiques).

Vers la création d’une société de fabrication d’engrais ?

L’ambassadeur Liboire Ngendahayo et actuel conseiller au cabinet du ministre de l’agriculture et de l’élevage a parlé d’une société française qui avait proposé de venir au Burundi fabriquer des bio fertilisants grâce à une fermentation des déchets (ordures ménagères, déchets de l’abattoir, ordures du marché central de Bujumbura, ordures des communautés comme les camps militaires, les écoles, déchets provenant du traitement du café comme les pulpes et les déparches). Cette société, qui peut être créée avec un financement d’un million d’euros, avait proposé de fabriquer régulièrement au moins trente mille tonnes d’engrais au Burundi. L’ambassadeur Liboire a souligné que l’usage des engrais chimiques n’était pas suffisant mais qu’il fallait encourager les stratégies permettant de redonner de l’humus et de la saveur aux sols. Il a parlé également du projet abandonné qui avait pour but de fabriquer des engrais à base du phosphate exploité à Matongo (car on avait découvert que le gisement de phosphate n’était pas continu mais fait de petits îlots).

Son Excellence Monsieur Gabriel Ntisezerana a demandé à l’ambassadeur Liboire de relancer le dossier de la société française et de lui soumettre sans délais un projet avec les détails sur les activités et le coût. L’ambassadeur Liboire a alors précisé que les études de faisabilité avaient été faites et qu’on attendait l’avis du fonds STABEX dont les conclusions doivent être obligatoirement concluantes.

Le budget de l’agriculture et la question de la densité démographique

La parole est alors revenue à monsieur Gérard Rusuku, directeur général de l’IRAZ. Il s’est indigné de voir l’agriculture occuper plus de 90% de la population et contribuer à hauteur de 50% dans les recettes de l’Etat et 80% dans les recettes communales mais rester l’enfant trop pauvre du budget de l’Etat. Il a invité le gouvernement à lui accorder la place qu’elle mérite dans le budget.

Secundo, monsieur Rusuku a demandé d’ignorer les mauvais conseils des Occidentaux qui disent qu’il ne faut pas utiliser les pesticides mais qui, de leur côté, s’en servent et finissent alors par inonder les marchés africains de leur production. Il a rappelé qu’il fallait une politique claire pour éviter que les engrais chimiques mis à la disposition des paysans ne soient pas utilisés en désordre et pour n’importe quelle culture: choisir entre les engrais acidifiant et ceux qui ne le sont pas selon que le sol est acide ou basique. Il a dénoncé les spéculations de la population sur le sort des semences: les produits de consommation qui deviennent des semences selon les caprices de la pluie. Il a demandé que soit créée une structure chargée de s’occuper de la filière semencière.

Le Directeur de l’ISABU, monsieur Salvator Ntihabose a pris la parole pour parler des variétés de manioc résistant à la mosaïque. Il a expliqué qu’il n’y avait pas encore de distribution dans tout le pays mais que tout était en ordre pour que d’ici 2009, 84 mille hectares soient cultivés avec de telles variétés. Il a dit que 100 mille moutures en cours de multiplication allaient être distribuées. Il a expliqué qu’ISABU vend les moutures à 7 fbu aux associations chargées de les multiplier. Une fois multipliées, ces moutures sont ensuite vendues à 50 fbu aux agriculteurs.

Il a demandé au gouvernement de définir une politique permettant d’accorder aux paysans un prêt d’achat des semences et des moutures (ce qui permettrait aux associations qui vendent les semences et les moutures de tourner). A défaut, il a demandé au gouvernement de disponibiliser les semences sélectionnées et les races de bétail rentables, d’intensifier la lutte contre l’érosion (terrassements, l’agroforesterie et l’agriculture selon la spécificité des sols). Il a pointé du doigt le problème d’infrastructures et du manque d’outils de recherche, l’absence de l’irrigation, les étables qui ont été endommages et dont les réparations tardent, les équipements de laboratoire à réparer ou à remplacer par de nouvelles technologies. Il a parlé du personnel de l’ISABU qui ne reste pas longtemps dans la boîte mais part souvent travailler pour des institutions qui paient mieux (il a demandé de stabiliser ledit personnel). Il a plaidé en faveur de la programmation des travaux d’aménagement des marais (a demandé de ne pas chercher à tout faire en même temps mais d’aménager les marais par étape).

Réagissant à la critique du marché des engrais, Son Excellence Monsieur Gabriel Ntisezerana a rappelé que le gouvernement venait de prendre la décision de subventionner les engrais chimiques pour qu’ils puissent être vendus à la moitié de leur prix en attendant que les enquêtes clarifient les irrégularités qui ont caractérisé la passation des marchés. Il a rappelé que l’Etat ne consacrait pas que 2% du budget à l’agriculture mais qu’au contraire, ce domaine absorbait une enveloppe colossale de l’aide gérée par les ONG et les projets de développement. Il a indiqué qu’un cadre de coordination de l’aide venait d’être mis en place pour que tout soit clair sur l’argent consacré à l’agriculture. Il a demandé aux responsables des directions générales de tout faire pour utiliser tout l’argent qui leur est accordé et d’adapter les prix des plants aux bourses des paysans. Pour ce qui est de l’aménagement des marais, il a recommandé de préparer un itinéraire susceptible de déboucher sur l’augmentation de la production agricole. Il a confié que le gouvernement comptait, dans les prochains jours, donner sa position sur le problème de la démographie galopante. (À suivre)

Bujumbura, 16 mars 2008
Cellule Presse et Communication
Deuxième Vice-Présidence de la République

mis en ligne par Janvier Mbarushimana

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