Burundi

Actualité
Bulletin No 106
Semaine du 04 avril 2008

A Bubanza, le Deuxième Vice-Président de la République s’entretient avec les responsables des régions sanitaires et les directeurs des programmes de la santé (Deuxième Partie)

Deuxième round d’interventions

Prenant la parole, le médecin provincial de Bubanza a présenté une série de requêtes: que la construction d’un hôpital à Mpanda (par les Chinois) s’accompagne de la construction d’autres centres de santé, des logements pour le personnel soignant ; que le site des déplacés de guerre ne soit plus au sein du centre de santé de Ruyange ; que la province obtienne 4 médecins et plusieurs infirmiers diplômés de l’INSP ; que l’Etat subventionne le carburant utilisé par les ambulances au service des malades indigents ; que les salaires des médecins soient revus à la hausse pour stabiliser le personnel. Le médecin provincial a tout de même promis de rembourser les 35 millions dus à la CAMEBU.

Le médecin provincial de Bujumbura rural a présenté les trois districts de sa province à savoir Kabezi, Isale et Rwibaga. Sur les 33 centres de santé de la province, 12 sont à reconstruire ou à réhabiliter, une commune est sans centre de santé. Kabezi qui est trop habité n’a pas d’hôpital et celui de Rushubi est à réhabiliter. Il a précisé que MSF Belgique compte ouvrir un hôpital dans la province. Parlant de la gratuité des soins de santé, Dr. Jean Claude NKURUNZIZA a déclaré avoir encouragé plutôt le prix forfaitaire de 300 fbu pour tout le monde et 1000 fbu pour toute la durée de l’hospitalisation. Il a reconnu avoir déjà reçu un remboursement de 48 millions de fbu pour les factures liées aux soins accordés aux enfants et aux femmes enceintes. Parlant d’autres problèmes, il a cité le manque de personnel suffisant (au moins 2 médecins, 20 à 30 infirmiers) et la politique de district sanitaire qu’il faut démarrer. Pour le médecin provincial de Bururi, il a parlé du manque de personnel suffisant par rapport à l’affluence des malades avec la mesure de la gratuité des soins. Il a parlé de 21 centres de santé à réhabiliter et à équiper, des hôpitaux de Matana et Rumonge qu’il faut étendre, du bureau provincial de la santé qu’il faut construire, des factures non encore réglées du côté du ministère des finances sur les fonds PPTE.

Dans la province de Cankuzo, il existe deux hôpitaux: Cankuzo et Murore (ce dernier est vieux et doit être réhabilité). Il existe 19 centres de santé en bon état et avec de bons équipements. Avec l’entrée en vigueur de l’approche contractuelle, les médecins et les infirmiers travaillent davantage. Il y a toutefois un manque de personnel suffisant, un bureau provincial de santé qui est en bon état mais trop étroit, une radiographie qu’il faut fournir à l’hôpital de Murore, le budget de maintenance des ambulances qu’il faut trouver, des arriérés de l’ordre de 100 millions dont on doit exiger le paiement au ministère des finances. Le médecin provincial a posé la question de savoir comment il allait rembourser la CAMEBU alors que l’Union Européenne leur a fourni des médicaments inutiles mais qui encombrent plutôt leur magasin!

Pour une politique de contractualisation généralisée

Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président a réitéré la volonté du gouvernement de voir le système de la contractualisation généralisée dans tout le pays. Parlant du fonctionnement des ambulances, il a fait remarquer que sur 39 véhicules achetés en 2007, 12 ont déjà étaient déclassés. Il a insisté sur la bonne gestion des véhicules de l’Etat. Pour les centres de santé et les hôpitaux à réhabiliter, il a expliqué que le gouvernement allait s’en occuper dans les limites de ses moyens. Il a recommandé aux médecins provinciaux de privilégier la CAMEBU lors de l’achat des médicaments. Il a posé la question au Ministre de la Santé pour comprendre ce qu’il en était des arriérés de la province de Cankuzo. Dr. Emmanuel GIKORO a répondu que le bureau provincial de Cankuzo n’avait déposé les factures qu’au mois de mai 2007 et que certaines factures traînent dans son ministère car les agents du ministère des finances refusent de les prendre avec eux si la tranche budgétaire concernée est épuisée. Il faut alors attendre la nouvelle tranche. Il a ajouté qu’il venait d’augmenter le nombre d’agents de vérification des factures au ministère de la santé pour accélérer le traitement des factures. Le Gouverneur de la province de Bubanza, monsieur Léopold NYABENDA a voulu dire un mot sur le problème des déplacés installés au sein du centre de santé de Ruyange. Il a expliqué qu’une partie de ces déplacés voulait rentrer chez eux tandis que l’autre partie sollicitait de l’Etat une autre habitation. Il a demandé à Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président d’appuyer la requête des déplacés au Ministère de la Solidarité Nationale pour qu’ils reçoivent des tôles.

Dr. Martin BAYISINGIZE, le médecin provincial de Cibitoke a parlé de 62% de recouvrement des sommes dues pour les soins gratuits. Il a expliqué qu’en 2007, la photocopieuse du bureau provincial de santé est tombée en panne pendant deux mois (alors que c’est le BPS qui fournit les formulaires que doivent remplir les centres de santé pour tout enfant traité), ce qui a causé un retard de 4 mois dans l’acheminement des factures. La province Cibitoke a deux hôpitaux (celui de Cibitoke qui date de 1967 et qui mérite d’être agrandi pour mieux accueillir l’essaim de malades, et celui de Mabayi qui n’est fonctionnel que depuis 2007). Dans la province, il y a un manque criant de médecins, d’équipements et d’ambulances. Pour le cas de l’hôpital de Mabayi, le départ de l’ONG Italienne risque de compliquer les choses car le médecin gynécologue va alors s’en aller. Le médecin provincial a demandé à l’Etat d’encourager les ONG à s’intéresser également à province de Cibitoke. A Gitega, la politique de gratuité des soins est appliquée. Toutefois, les centres de santé tenus par l’Eglise Catholique rejettent cette mesure. Elle n’est alors appliquée que dans 23 centres de santé sur 48 que compte la province. Le district sanitaire de Ryansoro n’a pas d’hôpital. Celui de Gitega est vieux, mal entretenu, sans logements pour le personnel soignant et réclame une réhabilitation.

A Karusi, l’ONG MSF Belgique qui aidait en équipements et en primes aux médecins a mis la clé sous le paillasson. Le personnel d’appui recruté par ladite ONG (soit 300 personnes) est dans une situation difficile car les centres de santé ne peuvent pas payer un tel personnel. Le médecin provincial a plaidé en faveur de la construction d’un hôpital dans la province. A Kayanza, pas de problèmes de médicaments. Les femmes qui accouchent dans les centres de santé sont passées du simple au double. UNICEF, PAM aident dans la lutte contre la malnutrition. Les ambulances de la province sont signalées dans des transports sans aucun rapport avec le travail d’un tel véhicule. Le médecin provincial a demandé le concours de la police pour mettre un terme à ce genre d’abus. Dans la province de Makamba, il y a beaucoup d’affluence dans les centres de santé. On dénombre en moyenne huit consultations par habitant et par an. 68% des accouchements sont assistés. Il se pose par ailleurs le problème des actes de naissance ; l’ambulance qui est tombée en panne, l’hôpital qui n’a pas de locaux mais des hangars faits de shittings. Le centre de santé de santé de Nyanza Lac a été érigé au rang d’hôpital de district mais ne compte que 30 lits. Il y a un manque criant d’infrastructures. A Kirundo, il y a assez de médicaments. Le stock avait toutefois tendance à diminuer mais le médecin provincial s’est dit rassuré par la nouvelle des commandes faites par la CAMEBU. Avant la mise en application de la mesure de la gratuité des soins, 13% des femmes accouchaient dans les centres de santé, de nos jours le taux est de 43%. Les accouchements avec opération césarienne ont été multipliés par trois. Il y a un manque de médecins anesthésistes. Dans la commune de Bwambarangwe, il y a un centre de santé avec des équipements modernes et deux médecins. Mais il n’y a pas d’eau ni d’électricité. Il se pose également le problème du prix des actes de naissance car les parents refusent de payer mille francs et veulent les obtenir gratuitement. La province n’a pas de problèmes avec la CAMEBU.

Dans la province de Mwaro, il y a deux districts sanitaires: Fota et Kibumbu. Fota est un ancien centre de santé qui est trop étroit. Il se pose le problème des infrastructures. L’hôpital a reçu une ambulance récemment. Mais pour les accouchements difficiles, il faut transporter les femmes vers les hôpitaux de Kibumbu ou Kiganda. Les familles sont alors obligées de faire beaucoup de kilomètres pour ravitailler les malades hospitalisés. Les factures impayées des soins gratuits s’élèvent à 80 millions pour l’hôpital de Kibumbu et 3 millions pour l’hôpital de Fota. Dans la province, le taux de consultations médicales est passé de 2% à 51%.

Dans la province sanitaire de Muramvya, les personnes qui fréquentent les centres de santé ont passés du simple au double. Il y a un personnel insuffisant. L’hôpital de Kiganda n’a qu’un médecin et pas assez d’infirmiers. Le taux de recouvrement des factures des soins gratuits est de 45%. La mission chinoise (8 médecins) qui travaillait à Muramvya compte déménager vers l’hôpital de Mpanda. Le médecin provincial a demandé à l’Etat de lui trouver d’autres partenaires.

Dans la province de Muyinga, l’ambulance a été déclassée et une autre est réclamée. Le système de référence et contre référence ne fonctionne pas. Il y a deux districts sanitaires sans hôpital (la réforme traîne pour Giteranyi et Gashoho). La province réclame 141 millions de factures impayées. Il se pose également le problème des soins accordés aux rapatriés qui brandissent des attestations délivrées par le HCR avec garantie de soins gratuits pour trois mois. Le médecin provincial a demandé au Deuxième Vice-Président de faire en sorte que le ministère de la solidarité nationale s’occupe de ce problème. Il y a un manque criant de médecins qui fait que même pour des interventions de chirurgies mineures en faveur des femmes enceintes on doive transporter vers l’hôpital de Ngozi. Pour ce qui est de l’approche contractuelle, les partenaires des centres de santé rejettent cette politique. Dans la province de Ngozi, tous les hôpitaux et centres de santé (publics et religieux) appliquent la mesure de la gratuité. Il se pose toute fois le problème des arriérés mais avec un taux de recouvrement de 80%. La décentralisation des districts mais le cadre légal fait défaut. L’extension des maternités est très recommandée car la fréquentation a passé de 8 à 45%. Dans la province de Ruyigi, la mesure de la gratuité est appliquée aussi bien par les centres de santé publics ou religieux. Après le départ de MSF Hollande, les difficultés se sont multipliées. Il n’y a donc plus de partenaires mais l’Union Européenne à travers le Projet Santé Plus compte épauler la province à partir de mai prochain. Un projet de construction de logements pour le personnel soignant avait été lancé mais abandonné. Le médecin provincial a expliqué que ce manque de logements y est pour beaucoup dans les difficultés à pouvoir recruter du personnel soignant. Le cas de l’hôpital de Kinyinya mérite une attention particulière: cet hôpital soigne presque la moitié de la population de la région du Moso. Après le départ de MSF Hollande, seul 15% du personnel soignant est resté. Il n’y a ni eau ni électricité car MSF finançait des pompes à eau. La carte d’assurance maladie n’est pas encore remise en place. La province doit 23 millions de fbu à la CAMEBU mais un lot de médicaments payés à 80 millions n’a pas été livré. Il se pose également le problème du paiement des soins accordés aux rapatriés. Dr. Alexis Ndereyimana est médecin provincial de Rutana. Dans sa province, il existe l’hôpital de Rutana qui est sans locaux et l’hôpital de Gihofi. Il n’y a pas de bloc opératoire alors que 30 à 50 femmes y accouchent par césarienne chaque mois. Le médecin provincial a demandé à l’Etat de construire un véritable hôpital à Rutana et de trouver une solution au problème de carburant qu’utilisent les ambulances.

Des situations qui interpellent aussi bien le gouvernement que les partenaires

Pour Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président de la République, il faut généraliser l’approche contractuelle, accélérer le règlement des factures comme cela est prévu dans le plan d’emploi des fonds PPTE, activer le volet de la coopération internationale pour que le pays puisse recevoir plus de médecins spécialistes et surtout définir de nouvelles stratégies permettant aux populations de ne plus se retrouver démunies chaque fois qu’une ONG cesse ses opérations. Concernant les centres de santé et les hôpitaux à construire ou à réhabiliter, Son Excellence Monsieur Gabriel NTISEZERANA a promis d’inscrire ces dossiers dans le Programme d’Investissements Publics (P.I.P). Il a demandé au ministre de la santé de rencontrer sans délais les autorités de l’Eglise Catholique et de CED- Caritas à Gitega et d’étudier les modalités permettant aux centres de santé dudit diocèse d’appliquer la mesure de la gratuité des soins. Il a fait remarquer que les ONG étrangères sont inégalement réparties dans les provinces du pays et qu’il est grand temps que le gouvernement décourage les concentrations dans certaines régions. Il a demandé au ministre de la santé publique de bien définir le cadre légal des districts de santé. Il a insisté pour que la contractualisation soit accélérée surtout pour les 5 provinces sans partenaires.

Prenant la parole, le ministre de la santé a pris le médecin provincial à témoin quant aux problèmes interpersonnels qui affectent sérieusement le travail à l’hôpital de Gitega. Il a dit qu’il y avait beaucoup de choses à corriger. Il s’est indigné contre la gestion des aides accordées au Burundi par les ONG qui préfèrent habituer leur personnel à des salaires trop élevés et la population, à tout recevoir gratuitement: ce qui par après complique la tâche des responsables des hôpitaux après le départ des ONG. Le ministre a promis d’approcher les partenaires de la province sanitaire de Muyinga pour leur expliquer le bien fondé de la contractualisation. Il a invité les médias et les partenaires du Burundi à s’intéresser aux choses qui marchent dans le pays pour mieux appuyer les efforts de ceux qui sauvent des vies. (À suivre)

Bujumbura, 08 avril 2008
Deuxième Vice-présidence de la République
Cellule Presse et Communication

Mise en ligne: Janvier Mbarushimana

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