Burundi

Actualité
Bulletin No 106
Semaine du 04 avril 2008

A Bubanza, le Deuxième Vice-Président de la République s’entretient avec les responsables des régions sanitaires et les directeurs des programmes de la santé (Première Partie)

Le vendredi 4 avril 2008 au Centre Pastoral de Bubanza a eu lieu la rencontre d’échanges entre Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président, le Ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, les directeurs généraux du Ministère de la Santé, les directeurs des 17 provinces sanitaires, les directeurs des programmes de santé sous tutelle du Ministère de la Santé Publique et certains responsables des centres de santé de la province de Bubanza. Après le mot de bienvenue du Gouverneur de la province de Bubanza, le Ministre de la Santé, Dr. Emmanuel GIKORO, a remercié Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président de la République pour cette politique de dialogue, d’évaluation et de suivi des mesures prises par le Président de la République. Il a salué les descentes qu’effectue Son Excellence Monsieur Gabriel NTISEZERANA sur terrain pour voir et discuter des réalités du pays avec les gestionnaires au quotidien des situations parfois très difficiles et pénibles. Il a alors présenté les directeurs généraux de son ministère, le directeur de l’Institut de Santé Publique, les directeurs des provinces sanitaires et les directeurs des programmes présents à la réunion.

Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président a précisé le cadre de la réunion. Il a placé la rencontre dans le cadre des échanges avec les hauts cadres des ministères placés sous la tutelle de la Deuxième Vice-Présidence pour parler des difficultés, des obstacles et des solutions possibles. Pour le cas du Ministère de la Santé Publique et de la Lutte Contre le Sida, il a déclaré être venu échanger plus particulièrement sur la mise en application de la mesure de la gratuité des soins de santé accordés aux enfants âgés de moins de cinq ans et aux femmes enceintes. Il a encouragé les hauts cadres du ministère de la santé à parler en toute franchise et liberté des difficultés et réalisations, à faire des propositions visant à améliorer l’administration des soins de santé aux populations. Il a rappelé la position du gouvernement qui place la santé, l’éducation, l’agriculture au rang des priorités nationales.

Premier round d’interventions

Le directeur général de la santé qui a pris la parole le premier a parlé des réformes en cours pour augmenter le rendement du personnel soignant et la qualité des soins. Il a parlé de la contractualisation du personnel des centres de santé (déjà réalisés pour certains centres) et qu’il faut généraliser dans tout le pays. L’approche contractuelle permet en effet d’accorder des primes au personnel soignant selon le nombre de malades effectivement traités. Il a parlé des efforts conjugués au niveau de la direction générale pour que dans les provinces de Cibitoke, Bubanza, Bujumbura mairie, Bujumbura rural et une partie de Makamba bénéficient des fonds PPTE afin de se préparer à l’approche contractuelle. Il a parlé de la mise en place des districts sanitaires dans les provinces: chaque district devant compter au moins un hôpital. Le Directeur Général a fait remarquer que la gratuité des soins de santé est à l’origine de sérieux problèmes de recouvrement ou de paiement des factures du côté des centres de santé et des hôpitaux car le travail de vérification au ministère de la santé et au ministère des finances prend du temps. Le Directeur Général des Ressources a quant à lui, fait remarquer que le domaine de la santé publique exige beaucoup de moyens humains et financiers surtout avec la mesure de la gratuité des soins qui a fait que tous les records de fréquentation des centres de santé et des hôpitaux ont été battus. Il a rappelé que la mesure avait été mise en application sans préparation adéquate au niveau des structures. Il a évoqué les problèmes liés à la disponibilité des médicaments, au matériel médical, aux bâtiments (maternités) à agrandir pour mieux accueillir les enfants et les mères.

Il a cependant précisé que des équipements médicaux venaient d’être accordés par le PNUD et que l’ONG DFID fournissait une partie des médicaments, l’autre partie étant en route pour le compte de la CAMEBU. Revenant sur l’approche contractuelle qui permet au personnel soignant de gagner plus, il a fait remarquer si les primes améliorent les revenus du personnel soignant dans les provinces sanitaires où elle est appliquée, les salaires des infirmiers et des médecins restent bas. Il a déclaré que si les médecins touchaient assez, il n’y aurait plus de départ vers les offres des ONG et ceux qui partent se former à l’étranger rentreraient servir au pays. Il a dénoncé le problème de concentration du personnel soignant dans les villes alors que les campagnes manquent de médecins. Le Directeur Administratif et Financier de la CAMEBU a pris la parole pour parler de l’urgence de revoir l’organisation et le fonctionnement de cette institution. En tant qu’administration personnalisée, la CAMEBU n’a pas le droit d’engager des dépenses au-delà de cinq millions de fbu sans passer par la procédure des marchés publics. Or, en tant qu’organe central d’achat et de distribution des médicaments (au ministère de la santé, aux hôpitaux publics, aux centres de santé, aux ONG et aux hôpitaux sans but lucratif), la CAMEBU est appelée à engager des sommes colossales et mérite une grande marge de manoeuvre comme ne cessent de le réclamer ses partenaires étrangers. Avec la mesure de la gratuité, la CAMEBU doit faire des commandes et éviter la rupture des stocks. Le Directeur Administratif et Financier a demandé à l’Etat de l’aider à exiger le remboursement rapide des sommes que les hôpitaux et les centres de santé lui doivent et éviter que ces dettes n’arrivent à deux milliards de fbu.

Le succès de la gratuité des soins gagne des éloges au personnel soignant

Le Directeur de l’Institut de Santé Publique et en même temps président du Comité de Pilotage des Réformes des Systèmes de Santé a expliqué que l’approche contractuelle remonte aux états généraux de la santé tenus en 2004. Il a parlé d’achat des performances en avant d’expliquer qu’il faut que le personnel de l’hôpital ou du centre de santé concerné s’entende sur les primes à partager par rapport aux soins administrés aux patients. Chaque mois, le personnel évalue et divise le gâteau en trois parties: une partie est réservée aux primes pour le personnel ayant effectivement contribué à le constituer, une deuxième partie est réservée au fonctionnement de l’établissement (achat de plaques solaires, achat de stérilisateurs etc.) et la troisième partie aux soins accordés aux indigents. Parlant de l’Institut de Santé Publique, monsieur Olivier BASENYA a expliqué que son école joue deux rôles primordiaux à savoir la formation et le laboratoire de référence en matière de santé publique. Il a exposé le problème des enseignants qui viennent souvent de l’étranger et les problèmes liés aux lieux de stages pour les étudiants et pour les formateurs. Il a parlé des problèmes liés au manque de matériel didactique, d’outils informatiques, des équipements de laboratoire et du besoin criant de bibliothèque (celle existante n’étant faite que pour 50 étudiants alors que l’institut en compte 550).

Réagissant à ce premier round d’interventions, Son Excellence Monsieur le Deuxième Vice-Président a encouragé le système de contractualisation car, a-t-il précisé, les médecins et les infirmiers se donnent plus, ils traitent le malade comme un client et non plus comme un bénéficiaire de quelques faveurs étatiques : tout patient rapporte une prime! Il a demandé au Ministre de la Santé Publique d’accélérer la généralisation dans tout le pays de l’approche contractuelle. Il a toutefois dénoncé le protectionnisme de certains personnels soignants qui refusent que d’autres gens viennent travailler avec eux en se disant que s’ils sont moins nombreux, plus importante sera la prime à gagner. Répondant aux préoccupations du Directeur Général des Ressource, Son Excellence Monsieur Gabriel NTISEZERANA a tenu à clarifier le contenu des termes « gratuité des soins »: il ne s’agit pas des soins gratuits car tout est payé par l’Etat et tout est fait pour trouver les financements de cette politique. Parlant des inquiétudes de la CAMEBU, le Deuxième Vice-Président a déclaré que l’argent dépensé pour l’achat des médicaments allait être remboursé. Il a toutefois insisté pour que les médicaments ne soient plus détournés vers des pharmacies privées ou appartenant à certains infirmiers des centres de santé situés à proximité desdites pharmacies. Son Excellence Monsieur Gabriel NTISEZERANA a tenu à remercier du fond du coeur et à rendre hommage à tout le personnel soignant pour l’exploit qu’il a réalisé depuis la mise en route de la mesure de la gratuité des soins de santé. « Avant cette mesure, beaucoup de malades mouraient faute de soins, beaucoup de femmes enceintes trépassaient faute d’argent. Depuis que cette mesure est appliquée, c’est le soulagement au sein de la population. C’est également l’augmentation du volume de travail pour le personnel soignant qui doit fournir des efforts exceptionnels » a déclaré le Deuxième Vice-Président. Il a reconnu que l’approche contractuelle n’augmente pas le salaire mais accorde des primes, ce qui a tout de même amélioré les revenus du personnel soignant. Il a demandé à recevoir les statistiques (par centre de santé, hôpital, par province et par mois et année) pour que les exploits réalisés par les médecins et les infirmiers burundais soient expliqués au monde entier. Le Ministre de la Santé Publique qui est intervenu pour présenter les courbes très éloquentes des progrès extraordinaires réalisés dans la distribution des soins de santé et dans la réduction du taux de mortalité infantile en a profité pour demander à la CAMEBU de s’adresser aux directeurs provinciaux pour leur demander de régler leurs factures auprès de cet organe. Il a fait remarquer que l’Etat avait remboursé les factures de la majorité des centres de santé et des hôpitaux jusqu’aux sommes dues pour le mois de décembre 2007. Il a déclaré que l’autre bonne nouvelle était que 140 médecins allaient, dans deux ans, sortir des facultés de médecine du pays.

« La seule méthode efficace de réforme est la méthode latérale, celle qui organise l’émulation, l’exemple, la pression des faits. Elle tourne les obstacles ; elle crée une atmosphère ; elle prouve le mouvement en marchant. Le changement, quand on ne cherche pas à nous l’imposer, nous ne savons pas nous y opposer : il s’impose à nous. Il cesse de nous apparaître comme une volonté hostile. Il devient un phénomène élémentaire. Il nous environne comme le climat. Tant que les réformistes n’utiliseront pas cette méthode-là, on peut craindre qu’ils ne soient voués, telle Pénélope, à retisser le jour ta toile qu’a défaite la nuit.» Alain Peyrefitte, Le mal français, Plon, Paris, 1976, p. 742

Bujumbura, 08 avril 2008
Deuxième Vice-présidence de la République
Cellule Presse et Communication

Mise en ligne: Janvier Mbarushimana

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