Burundi

Actualité
Bulletin No 96
Semaine du 14 janvier 2008

Le non-dit de l’assassinat d’un agent de l’ONG ACF au Burundi

Bujumbura le 14.01.2008 (Samson Kwizera).

Le lundi 31 décembre 2007, tout le monde était dans l’effervescence la préparation du réveillon de la saint Sylvestre. A Bujumbura, d’aucuns appelaient l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya pour lui souhaiter la bonne fête de son saint patron et bien entendu présenter leurs meilleurs voeux. Dans les familles, on organisait soit pour passer la soirée à rendre grâce à Dieu pour l’année qui touche à sa fin, soit pour se retrouver entre membres de famille, avec des amis ou des voisins pour des réjouissances partagées avec la bière Amstel qui rend le plaisir partagé un plaisir raffiné selon son slogan publicitaire!

Pendant ce temps à Ruyigi, les volontaires françaises de l’ONG Action Contre la Faim se préparaient à passer le réveillon à leur domicile. Selon un employé de l’ACF, Vanessa et Agnès avaient décidé d’attendre leur entrée dans l’an 2008 pour appeler leurs familles respectives en France et partager cette allégresse malgré la distance. Après le travail, elles étaient donc rentrées à leur home.

Vers 17 heures, une dame prénommée Flora se présente devant le domicile de nos Françaises et les invite à venir partager quelques bières dans un bistrot situé non loin de leur domicile. Ladite Flora est connue comme travaillant au Bureau de liaison de la Maison Shalom à Bujumbura. Nos deux Françaises reconnaissent là une femme qui se plaignait souvent de voir l’ONG ACF recruter des Hutus alors que ce genre de travail lui semblait être fait pour les Tutsis! Elle aurait d’ailleurs déclaré être prête à rendre la vie dure aux Françaises d’ACF qui, à son avis, ne faisaient pas comme l’ONG Maison Shalom, PADCO, Concern ou CNR qui ne recrutaient qu’un nombre insignifiant de Hutus et jamais comme parmi les cadres. Des menaces qui avaient été prises à la légère comme du chantage. Notons que les ONG Concern, Padco et CNR venaient de fermer les portes et de quitter la province de Ruyigi.

A cette soirée du 31 décembre donc, Flora, plus que jamais généreuse et conviviale, se pointe au domicile des Françaises. Elle voit par contre son offre refusée poliment. Au contraire, elle est invitée à partager quelques boissons au domicile de ses « amies » comme elle les appelle. L’alcool coule à flots, les rires emplissent le salon. C’est euphorique. Le temps passe mais le réveillon est encore loin d’être arrosé au champagne. Vers dix-neuf heures, Flora décide de prendre congé des Françaises. C’est plutôt le moment qu’elle choisit pour entraîner ses proies dans le guet apens.

Soudain, elle se plaint des maux de tête de ventre et réclame à être ramenée chez elle. Les Françaises proposent d’appeler un médecin ou de lui donner un véhicule avec un chauffeur pour qu’elle aille se faire examiner à l’hôpital. Des propositions que Flora rejette catégoriquement mais souhaite uniquement être ramenée chez elle sans autre forme de procès. Nos Françaises lui demander de patienter un peu, le temps d’appeler le chauffeur. Flora se met alors à verser des larmes de crocodile sans doute et presse les Françaises de la conduire elles-mêmes à son domicile. Prises au pièges des larmes, elle s’exécutent. Le véhicule quitte la résidence direction le domicile de la Burundaise.


Une fois sur place, la prétendue malade sort rapidement du véhicule et déclare vouloir regagner vite son lit. Elle ne prend même pas la peine de regarder les regards apitoyés de ses « amies » mais leur claque la porte au nez. Médusées, nos Françaises montent dans leur véhicule et lancent le moteur. La voiture n’a pas encore fait dix mètres en quittant le domicile de Flora que les coups de feu s’abattent sur les Françaises. Un tueur à gages sans doute recruté par Flora est décidé à priver nos pauvres philanthropes d’un nouveau réveillon. Vanessa est atteinte à l’épaule tandis qu’Agnès voit du sang couler de son ventre. Comme dans le scénario du meurtre du conservateur du musée du Louvre décrit dans le Da Vinci Code, l’agonie d’Agnès sera atroce. Dans la matinée du 01 janvier 2008, Agnès rend l’âme tandis que Vanessa attend encore de voir un bras amputé.

A Ruyigi, c’est la consternation. ACF est en deuil et suspend ses opérations. Une victoire pour Flora et ses complices qui ne voulaient pas qu’ACF où bien des Hutus et des Tutsis travaillaient garde la cote à Ruyigi. L’année 2008 démarre mal et pour les bénéficiaires des aides dudit ONG et pour le personnel, Hutus et Tutsis compris. Mais Flora est aux anges et fait la grasse matinée après une nuit bien arrosée.

Elle ne sera tirée de son sommeil de plomb que par les appels pressants de ses amis ou complices déterminés à lui éviter la prison. C’est que le gouverneur de Ruyigi venait de charger le commissaire proncial d’arrêter Flora. Devant l’agitation à caractère ethniste réclamant la libération immédiate de Flora, la décision sera prise de transférer Flora et d’autres suspects vers la prison de Gitega. Ceux qui se réjouissent de l’exploit de Flora ne désarment pas. Ils alertent les radios et l’association pour la protection des détenus (APRODH) et accusent le parquet de garder Flora sous les verrous alors qu’elle serait malade. Le stratagème de la maladie réelle ou imaginaire va-t-il encore réussir ? D’aucuns y voient la réédition du même scénario qui a toujours permis d’évacuer du pays les assassins des personnalités utiles à la nation: l’assassin de Pierre Ngendandumwe, les assassins de Melchior Ndadaye, arrêtés et par après exilés à l’étranger!

Derrière l’assassinat d’Agnès, se cacherait tout en volcan prêt à entrer en ébullion chaque fois que les quotas ethniques sont avancés dans le recrutement du personnel des ONG. Alors que des ONG comme CARE Burundi, CRS respectent les quotas ethniques lors du recrutement de leur personnel, les ONG comme FHI (Familily Health International), CNLS (Conseil National de Lutte contre le Sida, fonctionne comme un ONG) restent allergiques aux Hutus. Que dire de la présence des cadres hutus au sein du personnel des organisations et institutions internationales comme BINUB, PNUD, CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs), Banque Mondiale, Banque de la ZEP, Union Européenne et bientôt le Fonds Monétaire International ? L’argent étant le nerf de la guerre et vu que les ONG et les institutions internationales payent des salaires qui font rêver, le changement pourrait faire d’autres victimes burundaises ou étrangères. Mais depuis que le peuple des déshérités a pris les armes pour que les choses changent, rien ne peut plus être comme avant. A lutta continua.

La barre est bien entendu dans les camps des ministères en charge de la coopération internationale, du plan, du développement communal, de la justice et de la sécurité publique. On nous excusera au demeurant d’avoir traité un dossier pendant devant la justice. Mais le peuple a le droit de savoir et de connaître la vérité qui est loin d’être révelée par les journaux et les radios dites indépendantes mais sans conteste favorables aux fossoyeurs de la justice sociale.

14 janvier 2008
Samson Kwizera

mise en ligne par Janvier Mbarushimana

Document source:
Abarundi.org
Document authors:
Samson Kwizera


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