Burundi

Actualité
Bulletin No 103
Semaine du 10 mars 2008

Chronique d’un simulacre d’attaque annoncée

Bujumbura, le 09 mars 2008 (Samson Kwizera)

Note de la rédaction :

Nous présentons nos excuses à nos fidéles lecteurs pour une erreur technique qui s’est glissée lorsque nous placions l’article nous envoyé par monsieur Samson Kwizera en date du 7 mars. Des individus mal intentionnés, tout en voyant bien que la machine avait retenu la date du 25 février, ont interprété et fait croire que cet article venait de la Cellule Presse et Communication de la Deuxième Vice-Présidence de la République. Nous allons corriger cette erreur manifeste. Bonne compréhension.

Janvier Mbarushimana

Le samedi 8 mars était la journée internationale de la femme. La cérémonie officielle de la fête de la femme était organisée au chef-lieu de la province de Bubanza a connu un grand succès sans parler des personnalités qui ont fait le déplacement: Denise Bucumi-Nkurunziza, la première Dame du Burundi, l’épouse du Deuxième Vice-Président de la République, la Ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement, la Ministre de la solidarité nationale et du Genre et fin de citations. Journée de fête pour la femme, les travaux communautaires ont été suspendus et dans la capitale, les hommes souhaitaient bonne fête et partageaient cela va de soi.

Hélas du côté de Mpanda, un véhicule en provenance de Bujumbura qui se rendait à Bubanza et roulait à tombeau ouvert a eu un accident qui a ôté la vie à deux femmes! Nos condoléances aux familles éprouvées et paix aux âmes des disparues.

Dans la soirée, alors que dans les bars et restaurants de la capitale, la fête de la femme s’arrosait comme il le fallait, le bruit des fusils et des grenades a contraint les fêtards à se terrer dans les maisons. C’était vers vingt heures quand les individus armés et se déplaçant à bord de taxi motos se sont mis a tirer en l’air et à lancer des grenades près des domiciles des députés Alice Nzomukunda, Mathias Basabose, Pasteur Mpawenayo et Zaïtuni Radjabu. Des attaques bien préparées pour ne faire aucun dégât humain ni matériel!

Alors que dans des quartiers et les communes du pays, lorsque des malfaiteurs attaquent, il est toujours question de blessés et souvent de morts, il devient presque une habitude que les députés et les sénateurs du Burundi subissent miraculeusement des attaques plus spectaculaires que dangereuses. Une fois la comédie jouée, les victimes apparentes des attaques sautent sur les radios pour accuser le coupable tout trouvé: le gouvernement! Dans la foulée, le parti de Léonard Nyangoma a déjà sorti quelque déclaration pour accuser et prendre la communauté internationale à témoin. L’occasion est ainsi trouvée pour les détracteurs du régime CNDD-FDD de proférer des menaces et de s’ériger en oiseaux de mauvais augures: les institutions du pays vont être paralysées, les aides vont tarir car le pays va passer à la phase IV et la population va trop souffrir. Comme si les députés se souvenaient enfin des pauvres hères de nos mille collines nationales!

Fort heureusement, la majorité des diplomates accrédités à Bujumbura fait montre de prudence et lit entre les lignes des accusations hâtives des bénéficiaires visibles desdites attaques. Le stratagème des larmes de crocodiles est vite déjoué. Cette fois-ci la police nationale a été rapide et capable de mettre la main sur l’une des personnes qui participaient à l’opération « Chantage Sur un Régime »!

Les signes précurseurs

Au commencement était l’exclusion de madame Alice Nzomukunda du parti CNDD-FDD. Le président du FRODEBU qui voulait à tout pris tirer profit de la disgrâce de son alliée s’est mis à peaufiner les stratégies. Il lui fallait une nouvelle personne lige au niveau du bureau de l’assemblée nationale. Ce qui devait pousser le CNDD-FDD à proposer la députée Denise Sindokotse pour que Didace Kiganahe s’efface au profit de Pierre Claver Nahimana. Le CNDD-FDD a opposé un refus catégorique et a maintenu le nom d’Irène Inankuyo. Devant ce blocage, les députés qui ne siégeaient pas (pour faire entendre leur voix comme cela se fait dans toute démocratie respectable), ont profité de leur oisiveté pour écrire une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies lui demandant de voler à leur secours car leur sécurité serait menacée par le régime CNDD-FDD qu’ils bloquent scandaleusement. Ils ont même eu le culot de rappeler les attaques spectaculaires de l’année passée!

La députée Alice Nzomukunda qui venait de perdre son poste de première Vice-présidente de l’Assemblée Nationale a fait un tapage médiatique pour dire qu’elle pouvait être victime d’une attaque armée étant donné qu’on venait de lui retirer sa garde rapprochée. Plutôt que de demander personnellement qu’une garde lui soit accordée, elle s’est contentée de dénoncer quelque plan macabre visant à l’éliminer physiquement. Son amant, le député Mathias Basabose a abondé dans le même sens pour alerter l’opinion internationale sur les menaces graves qui pèseraient sur la vie des députés déterminés à rendre la vie dure au régime CNDD-FDD.

Sur les ondes de la RPA, le député Basabose a dit connaître dans les détails le plan qu’allaient suivre les tueurs à gages recrutés par les hommes influents du parti au pouvoir. Des déclarations maladroites qui, si elles portaient sur un plan bien réel, auraient obligé les planificateurs à revoir la copie ou à rechercher d’abord l’origine des fuites. La suite allait révéler que le député Mathias Basabose connaissait bien tout le plan dans les détails car il faisait partie des concepteurs. Encore une fois, la maladresse des victimes apparentes des récentes attaques aura été cette précipitation étant donné que tout le monde voyait le scénario de l’année passé sur le point de se reproduire. Il est vrai que les bouleversements survenus au sein des partis FRODEBU et UPRONA au lendemain de l’élection du successeur de madame Nzomukunda et des députés de l’East African Legislative Assembly condamnaient les conjurés à agir vite. Ils ont ainsi été pris à leur propre piège et tout porte à croire que les immunités vont bientôt être levées et les arrestations être effectuées au sein de nos honorables députés et sénateurs. Une fois passe, deux fois lasse et trois fois casse! L’impunité ne fait-elle pas partie des maux du Burundi ?

L’arrestation par la police d’un des malfaiteurs qui, comme dans un film hollywoodien, lançait des grenades tandis que des tireurs inoffensifs semaient la confusion pour dérouter les forces de l’ordre sur cette comédie de mauvais goût, a fait paniquer madame Alice Nzomukunda, le parti CNDD de Léonard Nyangoma et l’aile de Rubuka au sein de l’UPRONA. Toujours est-il qu’il convient de saluer quelque sens d’humanité des députés complices des attaques perpétrées le samedi passé car ils auraient pu sacrifier quelque domestique ou chauffeur pour mieux accréditer l’idée des menaces graves contre leur propre vie.

Mais pour bannir ce genre de manipulations cyniques, il est grand temps que la justice sévisse contre les commanditaires de tels actes. Le Burundi a besoin des députés fauteurs de troubles. Il en va de la crédibilité du régime en place. Le gouvernement doit également organiser une conférence de presse avec les diplomates accrédités à Bujumbura pour expliquer la portée des mesures qui s’imposent, dénoncer certaines chancelleries qui seraient derrière les provocations des députés Nzomukunda et Nyangoma, solliciter la compréhension de la communauté internationale face aux piètres prestations du parlement. Quant aux députés qui choisiraient déjà le chemin de l’exil dans des valises diplomatiques, nous leur disons que l’exil doré dans le pseudo eldorado européen n’existe pas.

10 mars 2008
Samson Kwizera

mis en ligne par Janvier Mbarushimana

Document source:
Abarundi.org
Document authors:
Samson Kwizera


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