Burundi

Actualité
Bulletin No 102
Semaine du 03 mars 2008

Hémicycle de Kigobe: Pleins feux sur les grands perdants d’un jeu politique

Bujumbura, le 07 mars 2008 (Samson Kwizera)

Le mercredi 5 mars, l’assemblée nationale a pu, difficilement certes, pourvoir au remplacement de madame Alice Nzomukunda qui avait été déchue du poste de premier vice-président de cette institution. Le résident du Parti CNDD-FDD dans sa communication aux cadres de son parti réunis à l’hôtel Source du Nil dans la soirée du jeudi 6 mars, a remercié les députés de son parti et ceux de l’opposition pour avoir positivement contribué à mettre un terme à la paralysie qui frappait cette institution. Sur les traces de Ndadaye et Rwagasore, il a déclaré que toute victoire qui permet au Burundi d’avancer est une victoire de toute la nation.

Après un mois de tractations politiques et d’élucubrations bien relayées par les médias avocats défenseurs de la femme remerciée en bonne et forme par le congrès du parti au pouvoir, l’heure de la vérité a sonné. Les grands perdants sont rentrés honteux et confus comme Maître Corbeau des Fables!

La veille, le puzzle avait commencé à laisser entrevoir l’issue du bras de fer. Quelques députés du parti FRODEBU avaient décidé de rompre le silence et de dénoncer le nombrilisme du député Léonce Ngendakumana. Mais comme celui-ci ne faisait pas bien comprendre car il demandait de s’asseoir et de discuter à n’en point finir tandis que ses interlocuteurs l’entendaient leur demander de se rendre dans la commune d’Isale (Mwisale hama tuyage!), la désobéissance a été l’unique option offerte aux rares démocrates que le parti compte. Mais le président Léonce Ngendakumana n’a pas compris que son fauteuil devenait plus que jamais éjectable. Il a persévéré dans sa folie de vouloir remplacer à tout prix le député Didace Kiganahe par son lieutenant Pierre Claver Nahimana. Faisant fi du camouflet que les militants de son parti à Gitega lui ont infligé lorsqu’il a tenté d’expulser l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya, l’honorable Léonce Ngendakumana a brandi la menace de chasser de son parti tout député qui oserait le défier et prendre part aux travaux de l’assemblée nationale. L’effet contraire aura été que les députés épris de démocratie et de la défense de l’intérêt général ont compris que le moment était venu de provoquer soit le départ du despote sinon la scission du parti.

De sources bien informées, on raconte que le député Léonce Ngendakumana a tenté de s’allier les voix du Parti CNDD-FDD dans son entreprise de chasser le député Didace Kiganahe du bureau de l’assemblée nationale mais en vain. Devant le refus catégorique du député Jérémie Ngendakumana (aucun lien de parenté s’il vous plaît), Léonce Ngendakumana s’est enfermé dans sa bulle en se disant que le parti CNDD-FDD allait finir par céder et troquer l’élection d’un militant ou d’une militante contre la disgrâce du député Didace Kiganahe.

Pendant que Léonce criait victoire, le coup de massue est encore une fois venu de son propre camp. Il s’est réveillé de ses illusions et a joué son va-tout en demandant à quatre députés de faire semblant de démissionner du parti pour faire disparaître le groupe parlementaire et par conséquent, la raison d’être du deuxième vice-président Didace Kiganahe au sein du bureau. Or, Léonce a oublié que les textes juridiques de l’assemblée nationale ne présentaient que les conditions de formation des groupes parlementaires tout en étant muets sur celles de leur disparition. En toute légalité, le député Didace Kiganahe a siégé et permis à l’assemblée nationale d’élire un nouveau membre du bureau. Le grand perdant fut Léonce Ngendakumana. En guise de consolation, celui-ci demanderait à l’ancien président Ndayizeye de sortir de l’ombre et de briguer la présidence du parti. L’imbroglio ne va que durer.

Précisons que tous les députés qui avaient répondu présents à la convocation du président de l’assemblée nationale n’étaient pas animés de la même volonté de mettre un terme au blocage scandaleux que connaissait cette institution. Il faut tout de même les remercier car, par leur fait d’inscrire leurs noms sur la liste des présences, ils ont malgré eux, permis à leurs camarades d’atteindre le quorum et d’élire la nouvelle vice-présidente de l’assemblée nationale. Alors qu’il fallait 78 députés (puisqu’un député est empêché et ne peut ni se présenter ni se faire représenter), les députés qui ont personnellement ou par procuration pris part au vote étaient au nombre de 81! Précisons que ceux qui ont claqué la porte après s’être fait enregistrer comme présents à la séance plénière ne pouvaient jamais dire qu’ils n’étaient plus là alors qu’il avait été constaté que le quorum était atteint!

Les députés de l’Uprona qui ont quitté la salle lorsqu’ils ont compris que leur président Aloys Rubuka avait pesé moins lourd face au lobbying de Frédéric Ngenzebuhoro n’ont rien enlevé à la légalité du vote. Pour le cas du député Jean Marie Ngendahayo, l’histoire retiendra encore une fois que ce mégalomane aime se distinguer par sa lâcheté lorsque les hommes courageux affrontent les obstacles au lieu d’opter pour des fuites en avant. Reste à savoir si les députés du camp Radjabu comme Nadine Nzomukunda et la contre succès Pascaline Kampayano ne vont pas chercher à casser les équipements de l’assemblée nationale!

En effet, Jean Marie Ngendahayo savait pertinemment qu’aucune motion ne peut être soulevée lorsque l’assemblée nationale a déjà déclenché un scrutin. Alors qu’il était question de prendre part au vote, le député Jean Marie a réclamé la parole pour débiter des galimatias. Devant le refus poli du président de l’assemblée nationale, il a quitté l’hémicycle en accusant le CNDD-FDD d’imposer la dictature. Or, depuis un mois, seuls les députés du parti au pouvoir répondaient, comme des élèves studieux, aux convocations du président de l’assemblée nationale. Comme le quorum faisait défaut, la séance était reportée à la grande satisfaction des détracteurs du CNDD-FDD. Mais pour ce mercredi avec grand M, le député Jean Marie Ngendahayo sentant que le président de l’assemblée nationale pouvait saisir la cour constitutionnelle pour retirer le mandat aux députés qui se sont absentés sans motif valable, était venu pour protéger son gagne-pain. Il voulait donc faire d’une pierre deux coups: faire arrêter le compteur des jours d’absences et saboter la plénière. Il a été un grand perdant car sa présence a plutôt servi à débloquer la situation à l’assemblée nationale.

Est-ce à dire que quand les militants du CNDD-FDD invoquent le bon Dieu, celui-ci entend bien leurs prières? Sans aucun doute! Pour les détracteurs de ce parti, tout portait à croire que le déblocage de l’assemblée nationale devait lui coûter d’énormes concessions comme cela avait été le cas l’année dernière. Il s’est terminé plutôt sur un triomphe et sur les échecs cuisants des présidents Aloys Rubuka et Léonce Ngendakumana. Comme le malheur ne vient jamais seul, Léonce (alias Sungura ou Bakamé) doit ruminer une double rage ou honte car même l’administrateur communal de Rumonge qu’il avait ramené à la tête de la commune vient d’être chassé sans ménagement par un conseil communal majoritairement FRODEBU. Le tour est bien entendu celui de Léonce lui-même car son incapacité à rassembler ses troupes et à privilégier l’intérêt supérieur du parti n’est plus tolérable. A Bujumbura, on jase déjà sur la chute dramatique du tombeur de Jean Minani et sur sa joie d’enterrer d’abord le groupe parlementaire. Léonce va enfin comprendre que la défaite est solitaire! Que dire alors de Pierre Claver Nahimana ? Il était en fin de mandat à la tête du groupe parlementaire et sans aucune chance d’être reconduit. Il prend un malin plaisir à observer de loin le faux déluge qui emporte son groupe!

Léonard Nyangoma, l’autre renard machiavélique qui vient de regagner l’hémicycle la tête basse, compte se cacher derrière l’élection de son lièvre François Nsabimana à l’East African Legislative Assembly (EALA) pour dire qu’il a gagné beaucoup en accusant le CNDD-FDD de bloquer l’assemblée nationale pour entretenir l’insécurité afin d’éliminer ses opposants comme au Tchad. Disons que cette vérité qui éclate au jour conforte la position du parti au pouvoir bien que la vigilance et du côté de la population burundaise et du côté de la communauté internationale doive rester de mise. Alice Nzomukunda est K.O et pour Irène c’est O.K! Bonne fête mesdames!

07 mars 2008
Samson Kwizera

mis en ligne par Janvier Mbarushimana

Document source:
Abarundi.org
Document authors:
Samson Kwizera


www.abarundi.org