Burundi

Actualité
Bulletin No 108
Semaine du 28 avril 2008

Mémorandum du gouvernement sur les problèmes de la mise en application de l'accord global de cessez-le –feu signe entre le gouvernement et le PALIPEHUTU-FNL

Bujumbura le 27.04.2008 (abarundi.org).

Note de la rédaction :

L’obus que le mouvement Palipehutu a lancé sur la résidence du nonce apostolique a démontré que ce mouvement aime la terreur. Nous savons que le Mouvement FNL Palipehutu lance également des communiqués pour justifier les attaques qu’il vient de lancer sur la ville et les populations de Gihanga, Rukoko et Kayanza. La guerre on la commence, mais on ne sait pas comment elle s’arrête. Mais qu’à cela ne tienne! Le peuple burundais et toute la sous-région ont besoin de la paix pour bâtir le développement. Le dialogue reste donc la voie privilégiée.

Mais étant donné la sortie médiatique des anciens présidents Buyoya et Ndayizeye sur les ondes de la radio Isanganiro ce dimanche, où ils n’ont pas raté l’occasion de s’ériger en donneurs de leçons au président de la République du Burundi, il nous a semblé nécessaire de publier ce mémorandum du ministère des relations extérieures sur la vraie nature des FNL Palipehutu.

Nous disons que si le président Buyoya sait calculer ses sorties médiatiques et choisir ses cibles pour dénier toute volonté politique de faire la paix au régime actuel, les mensonges du président Ndayizeye confirment qu’il caresse follement l’idée d’un retour au fauteuil présidentiel. Un exemple très éloquent de ces dignitaires du FRODEBU qui aiment les postes pour se construire entre autres des kiosques à coup de milliards de francs burundais!

Mais rien n’est surprenant dans ce pays quand on entend le commanditaire de l’assassinat du regretté Rémy Gahutu plaider carrément la cause du Palipehutu! Mais le Président Buyoya aime les missions qu’il croit toutes possibles! A la fin, notre sénateur à vie ne laisse malheureusement aucune réalisation bien qu’il sache tout de même gagner quelque réputation d’expert (comme pour la Francophonie)!

Nous demandons à nos lecteurs de comprendre que nous soutenons tous les efforts visant à ramener les deux parties à la table des discussions afin que les exigences des uns et des autres soient débattues.

Nous demandons aux pêcheurs en eaux troubles qui savent récupérer tout événement pour sortir des oubliettes d’éviter de faire des comparaisons malveillantes entre les récentes attaques du mouvement FNL Palipehutu et la pression que le CNDD-FDD (alors mouvement rebelle) a exercée sur le gouvernement : car le CNDD-FDD avait la volonté ferme de mettre en pratique les accords signés et surtout n’entendait plus rester dans le maquis comme l’illustrent les cas présentés dans ce mémorandum.

La communauté internationale qui garde encore en mémoire l’assassinat crapuleux d’un autre nonce apostolique au Burundi, a compris qu’il faut contraindre le mouvement d’Agathon Rwasa à mettre un terme à la violence et aux manœuvres dilatoires. Nous sommes d’avis qu’il est grand temps que les FNL Palipehutu cessent de tourner autour du pont avec des histoires à dormir debout comme la question des prisonniers politiques ou le prétendu refus du gouvernement de faire cesser les hostilités, car personne n’est dupe sur les ambitions de ce mouvement qui prétend combattre pour la libération des Hutus du Burundi: qu’ils parlent enfin de partage du pouvoir comme ils ont osé présenté leur facture de la guerre.

La rédaction (27 avril 2008)

MEMORANDUM DU GOUVERNEMENT SUR LES PROBLEMES DE LA MISE EN APPLICATION DE L'ACCORD GLOBAL DE CESSEZ-LE –FEU SIGNE ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LE PALIPEHUTU-FNL

INTRODUCTION :

Convaincu que la paix et la sécurité d'une Nation constituent les fondements primordiaux de son développement ; Déterminé à privilégier la voie du dialogue pour trouver des solutions aux problèmes posés ; Le Gouvernement du Burundi a annoncé de bonne heure sa détermination d'aboutir à un Accord de paix avec le PALIPEHUTU-FNL à travers une voie négociée. La main tendue du Gouvernement n'a malheureusement pas reçu un accueil attendu du côté du PALIPEHUTU-FNL qui, plutôt, avait décidé d'adopter une stratégie de la ruse afin de maintenir, perpétrer et renforcer ses visées de la guerre.

I. Le PALIPEHUTU-FNL a traîné les pieds dès le départ

1. Signé à Dar-Es Salaam le 7 Septembre 2006 entre le Gouvernement du
Burundi et le PALIPEHUTU-FNL, l'Accord prévoit la mise en place du
Mécanisme Conjoint de Vérification et de Suivi (MCVS), de sa mise en
application « dès l'entrée en vigueur du Cessez-le feu » (Annexe I,
point 1.3)

2. Mais le Mouvement d'Agathon RWASA se refusera de donner la liste
de ses représentants, et cela malgré l'adoption d'une Loi portant Immunité provisoire de ses membres comme le prévoit également l'Accord (Loi N0 1/32 du 22 Novembre 2006 et Décret N0 100/357 du 20 Décembre 2006). Les travaux du MCVS débuteront le 19 Février 2007 avec un retard d'un peu plus de quatre mois.

3. Outre l'adoption de cette Loi, ce début sera également précédé par
la libération de 6 des membres du PALIPEHUTU-FNL qui devaient faire
partie soit du MCVS, soit des Equipes Mixtes de Liaison (E M L)


II. Le PALIPEHUTU-FNL n'a cessé de violer l'Accord

4. Aux termes de son article II point 1.1.7, l'Accord dispose que le cessez le feu implique « l'arrêt de toute activité susceptible de compromettre la mise en oeuvre normale du processus de paix ». Plus précisément, il est dit qu'à l'entrée en vigueur du cessez-le feu, les Parties conviennent de ne pas recruter des forces supplémentaires » (Annexe I, point 1.1.9).

5. Contrairement à ces dispositions, le PALIPEHUTU-FNL n'a cessé de recruter de nouveaux combattants, de les entraîner, d'occuper de nouvelles positions, de se livrer aux pillages et aux rançonnements de la population, de tendre des embuscades, de commettre des viols et de se livrer à des assassinats sélectifs, .…


III. Le PALIPEHUTU-FNL refuse de s'impliquer dans les travaux du
MCVS

6. Suite au refus des membres du PALIPEHUTU-FNL, les travaux du MCVS n'avanceront que très lentement et seront souvent interrompus. L'on se rappellera à ce sujet qu'en date du 26 Mars 2007, en pleine séance de travail, le chef de la délégation FNL annonce une série de conditions qui doivent être préalablement remplies, à défaut de quoi son Mouvement se retirerait du processus. Des conditions qui sont complètement en dehors de l'Accord du 7 septembre 2006.

7. Comme on pouvait s'y attendre, il était hors de question que la partie gouvernementale puisse accepter ces conditions qui n'étaient qu'un simple prétexte, pour bloquer les travaux du MCVS. Y répondre aurait été tout simplement faire un retour en arrière, c'est-à-dire retourner à la table des négociations, ce qu'avait toujours souhaité le PALIPEHUTU-FNL.

8. Suite à ce blocage, et sur proposition de la Facilitation, le Président de la République s'est rendu à Dar es-Salaam le 17 Juin 2008, pour rencontrer Monsieur Agathon RWASA. A l'issue de leur entretien, ils déclarent s'être entendus sur ce qui suit :

- Les travaux du MCVS devaient reprendre et se poursuivre
normalement jusqu'à leur terme,
- Les problèmes qui surgiraient au sein du MCVS devraient leur être
soumis pour qu'une solution appropriée soit trouvée.
- La mise en place d'une Commission de justice destinée à superviser la
libération des prisonniers politiques et de guerre, en se référant à la
liste qui devait être présentée par le PALIPEHUTU-FNL.
Malheureusement, cette liste n'a jamais été présentée.

IV. La rencontre du 17/06/2007 : Un nouveau leurre

9. Les travaux du MCVS reprendront le 28 Juin 2007 dans une ambiance apparemment de confiance et d'une volonté commune d'avancer dans un but commun : l'application complète et définitive de l'Accord. Cette ambiance permettra notamment au MCVS :

- de procéder à la finalisation du texte relatif à son mandat ainsi qu'à l'élaboration du calendrier du programme de son action.
- d'élaborer, discuter et adopter le texte relatif au mandat de l'Equipe Mixte de Liaison chargée de l'immunité et de la libération des prisonniers politiques et de guerre (EML/ILPPG).

10. Cette accalmie sera de courte durée. En effet, contre toute
attente, lors de la séance du 4 Juillet 2007, la délégation du
PALIPEHUTU-FNL fait volte-face et repose les mêmes questions :
celles-là même qui avaient été à la base du blocage, et qui étaient
supposées avoir été débattues et réglées à Dar Es-Salaam le 17 Juin
2007.

V. Le PALIPEHUTU-FNL regagne le maquis

11. Prétextant une mésentente entre elle et sa sécurité, le 23 Juillet 2007, la
délégation du PALIPEHUTU-FNL se retire complètement du MCVS et
des EML. Et comme l'on pouvait s'en rendre compte, ce retrait injustifié
ne vient que ralentir un processus qui était en marche.

12. Depuis ce retrait, la population subit de multiples exactions commises par
les combattants de ce Mouvement, et des provocations répétitives sont dirigées contre les Forces de Défense et de Sécurité.

VI. Stratégie du double langage

13. Suite à une série de concertations et de réunions, les leaders du Mouvement avaient fini par accepter la mise en place d'un nouvel Organe : Le Directoire Politique, destiné d'appuyer le Médiateur. Ainsi, une réunion de ce Directoire s'est tenue à Cape Town en Afrique du Sud les 22 et 23 Février, à l'issue de laquelle le
PALIPEHUTU-FNL s'était engagé à rejoindre les travaux du MCVS le 1er Avril, et envoyer son leadership à Bujumbura le 1er Mai 2008.

14. Fidèles à leur stratégie de double langage, les responsables de ce Mouvement n'ont pas bougé de Dar Es-Salaam. Raison avancée : Le manque d'une Loi garantissant aux membres de leur Mouvement, une Immunité provisoire. Un alibi de plus, puisque cette Loi existe bel et bien depuis Novembre 2006. D'ailleurs, c'est la même loi qui avait rassuré la première délégation du PALIPEHUTU-FNL pour se joindre aux travaux du MCVS.

VII. Manœuvres de ralentir le processus

15. Dans son Communiqué de Presse du 14 avril 2008, Le PALIPEHUTU- FNL écrit : « …La Médiation et le Directoire politique finiront par inciter le Gouvernement burundais à répondre à ses obligations, au lieu de se comporter comme sa caisse de résonance. » Ceci est une forme à peine voilée d'accuser injustement la Médiation et le Directoire Politique d'être de mèche avec le Gouvernement burundais. La même stratégie avait été utilisée par ce Mouvement quand il avait accusé la facilitation d'être de connivence avec le Gouvernement du Burundi.

VIII. Volte-face du PALIPEHUTU-FNL : Attaque armée contre la Ville
de Bujumbura

16. L'attaque armée perpétrée dans la nuit du 17 au 18 avril 2008, contre certains quartiers de la Ville de Bujumbura, prouve à suffisance que ce Mouvement n'adhère pas à la logique de paix. Il vient de prouver au monde que les efforts consentis par les pays de la Région et des partenaires dans le processus de paix au Burundi sont nuls et restent sans effet. Oser larguer des bombes sur la population innocente est un acte terroriste.

IX. Conclusion

Au regard du comportement du PALIPEHUTU-FNL, tel que nous venons de le décrire, on a le droit de se poser la question de savoir si ce Mouvement peut encore mériter la confiance de qui que ce soit. En effet, comment continuer à faire confiance à des gens qui ne sont pas constants, chez qui le mensonge semble avoir été érigé en valeur. Avec la dernière attaque armée LE PALIPEHUTU-FNL vient de prouver aux Burundais, à la Sous Région et au monde entier que sa véritable préoccupation n'est pas vraiment l'application de l'Accord qu'il a
pourtant signé librement. En refusant de réintégrer le MCVS, il refuse la voie du dialogue et de la paix et choisit délibérément celle de la violence aveugle et la
barbarie de la guerre. Il faudra qu'il en assume toutes les conséquences.

Fait à Bujumbura, le 21/04/2008
REPUBLIQUE DU BURUNDI
MINISTERE DES RELATIONS
EXTERIEURES

mise en ligne par Janvier Mbarushimana

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