Burundi

Actualité
Bulletin No 108
Semaine du 28 avril 2008

L’ORDRE INITIATIQUE D’UBUSHINGANTAHE ET L’ASSASSINAT DE LA DÉMOCRATIE

Bujumbura le 29.04.2008 (burundi-info).

mardi 29 avril 2008 par Jean-Claude Mubisharukanywa

« Vu les différentes interprétations et les équivoques qui, actuellement chevauchent, dans les esprits des Burundais sur les concepts d’ubugabo et d’ubushingantahe, nous pensons que l’analyse semio-anthropologique d’ubugabo peut nous apporter lumière […]. Considérant l’importance du concept d’ubushingantahe dans la mentalité traditionnelle burundaise, il serait même insensé de parler de démocratie dans le contexte burundais sans revenir sur la valeur socio-anthropologique que nous procure ce concept […] En tant que tel, ubushingantahe est un concept éminemment philosophique au sens socratique du terme […]. S’agissant du contexte historico-anthropologique en effet, rappelons que l’aisance matérielle se trouvait être la condition quasi-sine qua non pour être investi umushingantahe […]. Avant de nous lancer dans la critique profonde de ces critiques, nous rappelons qu’Ubushingantahe est une notion éminemment philosophique ».

Tel est un extrait de textes tirés d’un article intitulé « L’ASSASSINAT D’UBUSHINGANTAHE OU COUP DE POIGNARD DANS LE CŒUR DE LA BONNE GOUVERNANCE AU BURUNDI », paru le 30 octobre 2007, sous la plume de Monsieur Anicet NIYONKURU, pour le compte du « Conseil Des Patriotes », CDP en sigle, une association burundaise à objectif politique basée en Allemagne.

Ce jargon pourtant vague mais que l’auteur voudrait faire passer pour « éminemment socrato-philosophico-semio-socio-historico-antropologique » pour expliquer les concepts d’Ubugabo et d’Ubushingantahe, n’est en réalité qu’une façon d’en cacher sa vacuité. En effet, tout au long de son article, tout lecteur avisé aura constaté le sophisme avec lequel l’ancien animateur du journal NYABUSORONGO essaie d’associer deux concepts qui sont pourtant mutuellement exclusifs : le concept d’Ubushingantahe et la notion de bonne gouvernance.

Qu’est-ce que la « bonne gouvernance »

Qu’est-ce que la gouvernance et comment se porte-t-elle au Burundi ? En d’autres termes, bonne ou mauvaise.

« La gouvernance est la façon dont l’autorité publique est exercée, c’est-à-dire l’usage de l’autorité publique, de la pratique de contrôle sur une société et de la gestion de ses ressources pour le développement économique et social ».

C’est la seule définition du concept de « gouvernance » qui requiert plus de consensus, y compris celui de la Banque Mondiale.

La gouvernance ne doit pas viser seulement le développement ; il faut aussi que ce développement soit « un développement durable », c’est-à-dire un développement qui définit des schémas viables et conciliant les trois aspects économique, social et environnemental (au sens large du terme) de l’activité humaine. Pour y arriver, il faut savoir rompre avec certaines visions surannées, qui ont toujours fait de la Terre un havre de bonheur pour certains sans se soucier des générations futures. Ainsi, dans le Burundi ancien du temps de ces « sages bashingantahe », on s’est toujours fait répéter « Burundi bwa ba sokuru » (le Burundi de nos ancêtres). La vérité est que tous ces refrains que nous avons toujours répétés bêtement ne font guère référence aux besoins des générations futures.

Aujourd’hui, fort heureusement, et pour la première fois dans l’histoire du Burundi post-bashingantahe, on commence à voir émerger au Burundi une génération de politiciens qui ont compris le sens réel du « développement durable ».

Par exemple, le gouvernement du Burundi, issu de la volonté populaire lors des élections de 2005, s’est empressé de prendre certaines mesures qui rompent totalement avec les anciennes pratiques. C’est ainsi que le jour même de son investiture le 26 août 2005, le Président de la République, Pierre NKURUNZIZA a annoncé la mesure de gratuité scolaire pour tous les enfants de l’école primaire.

En mai 2006, il a annoncé la gratuité des soins de santé pour tous les enfants de cinq ans et moins, et pour toutes les mères enceintes jusqu’à la fin de leur maternité. Une fois l’enfant né, ses soins de santé sont entièrement pris en charge par l’Etat jusqu’à l’age pré-scolaire de cinq ans, avant de commencer l’école primaire gratuitement, aux frais de l’Etat.

Des mesures qui démontrent dans les faits l’existence d’une volonté réelle d’assoire une bonne gouvernance au Burundi, des mesures qu’aucun des régimes du temps des Bashingantahe n’a jamais envisagées. Pour la simple raison que, au regard de l’histoire de notre pays, les Bashingantahe auront peut-être excellé dans tout, sauf justement en matière de démocratie et de bonne gouvernance.

Un ordre initiatique fantôme

« Le concept d’Ubushingantahe étant non seulement substantiel à l’âme du Murundi mais aussi universel, on ne peut l’assassiner sans que du coup ne soient assassinés le Burundi et l’humanité dans ce qu’ils ont de consubstantiellement commun ».

Les prémisses de cette formulation sont d’abord fausses à plusieurs titres. D’abord, il est faux de dire que l’Ubushingantahe est un « concept substantiel à l’âme du Murundi » dès lors que l’auteur écrit lui-même que l’adhésion à cet ordre initiatique était réservée à une certaine classe qui en avait les moyens, surtout matériels. Contrairement à ce qu’affirme l’auteur, l’ubushingantahe est un concept qui est loin des soucis du commun des Barundi. C’est donc trop prétentieux de conclure que le concept est universel quand bon nombre de Burundais ne savent même pas ce qu’était réellement un umushingantahe.

Que le concept disparaisse donc ou soit même « assassiné », du moins selon les prédictions nostradamusdesques de l’auteur, l’humanité n’en serait pas bouleversée pour autant. En Allemagne après la défaite infligée aux Allemands par les forces alliées contre les folies racistes et expansionnistes d’Adolphe HITLER, les Allemands ne donnent plus le prénom d’« Adolphe » à leurs enfants. C’est formellement interdit. Mais cela n’empêche qu’il y a au Burundi des parents qui, même aujourd’hui, continuent de donner le prénom d’Adolphe à leurs enfants. Tout comme rien n’empêche à quiconque le veut de se faire appeler "umushingantahe".

Pourtant, dans le cas de l’Allemagne, le régime nazi était une institution forte, ce que ne l’est pas et ne l’a jamais été l’Ubushingantahe au Burundi, qui n’a jamais été une organisation légalement constituée. C’est d’ailleurs l’absence de ce caractère légal qui lui retire de facto son attribut d’ « institution ».

Nous disons donc que l’Ubushingantahe, qu’il soit à titre de vertu individuelle ou d’organisation, n’a jamais été une institution comme telle, mais plutôt un ordre initiatique comme on en voit partout ailleurs dans le monde, et à différentes époques de l’histoire de l’humanité. Dans le cas du Burundi, « KWATIRWA » était donc le rituel ou la cérémonie initiatique qui conduisait à l’adhésion à cet ordre initiatique pour le moins controversé.

Les Bashingantahe ne se sont donc jamais constitués en une véritable institution. Par contre, beaucoup d’entre eux se sont constitués en de véritables exterminateurs dans les différents drames sanglants qui ont endeuillé notre pays.

Et ce n’est pas l’ancien animateur du défunt journal NYABUSORONGO qui nous prouvera le contraire puisqu’il reconnaît lui-même ce qu’il appelle « la traîtrise civique et patriotique de beaucoup d’hommes politiques qui se prévalaient pourtant de ce titre de Bashingantahe ».

« A ce qui est des défaillances graves à travers l’histoire, elles sont en partie réelles : beaucoup [de bashingantahe] ont effectivement trahi », écrit-il dans son article.

La vérité est qu’ils n’ont pas seulement trahi, ils sont en grande partie responsable des drames sanglants qui ont frappé notre pays, notamment les tueries sélectives et ciblées déclenchées un certain 29 avril de l’an 1972, et l’assassinat de la démocratie le 21 octobre 1993.

Jean-Claude MUBISHARUKANYWA

mise en ligne par Janvier Mbarushimana

Document source:
burundi-info.com
Document authors:
JC Mubisharukanywa


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