Burundi

Actualité
Bulletin No 103
Semaine du 10 mars 2008

Les crises et les blocages des Institutions : cercle vicieux ou fatalité ?

dimanche 9 mars 2008.

Dans l’empan des politiciens d’antan

Avec un brin de nostalgie sur le visage, un certain dignitaire burundais des temps passé souhaitait que la future Constitution burundaise soit suffisamment tordue pour que personne ne puisse plus la modifier légalement. Et d’ajouter pour étayer son raisonnement : « figurez-vous que la Constitution de Transition favorisait tellement les Hutus qu’ils pouvaient en toute légalité déclarer que les Tutsi n’étaient pas Burundais ». Ceci se passait vers la fin des négociations inter burundais à Arusha.

Ceux qui l’écoutaient à l’époque croyaient entendre un fou joyeux et ne firent point attention à ses élucubrations. Et pourtant la Constitution qui sortit d’Arusha ne cesse de nous révéler chaque jour combien elle était destinée à rendre le pays ingouvernable. La paralysie des Institutions en toute légalité n’est qu’une preuve vivante des prédictions de ce « fou joyeux ». Les analystes politiques prédisent même le pire pour les temps viennent.

Une Constitution qui fait fi de la volonté du peuple.

Le peuple avait décidé de doter le Parlement de 89 élus du CNDD-FDD sur les 134, soit 66,4%. La Constitution interdisant une telle majorité de la part d’une formation politique, le jeu de cooptation ramena le nombre de Parlementaire à 167 et la force du CNDD-FDD fut réduite à 57,5%. Le résultat de la cooptation prônée par la Loi électorale ne fut rien d’autre que la modification de la volonté du Peuple telle qu’exprimée lors du vote.

La Constitution et la Loi électorale furent ainsi sciemment torsadées pour que le pays reste ingouvernable. Et restent muettes quand une formation politique comme l’UPRONA, qui se dit rassembleur, s’arrange pour présenter une liste électorale qui favorise une seule ethnie. C’est ainsi que tous les députés de l’UPRONA sont de la même ethnie.

Le refus de l’émergence d’une majorité au Sein de l’Assemblée Nationale donne lieu à de multiples spéculations dès qu’il se présente une situation que les partis politiques peuvent exploiter pour monnayer des postes politiques ou faire le ménage chez eux.

Une classe politique sans scrupule.

Outre le caractère mono ethnique des députés de l’UPRONA, nous ne pouvons que fustiger le FRODEBU qui ne cesse de jouer à l’opposition alors qu’il fait bien partie du Gouvernement. Pis encore ses récentes manœuvres pour chasser l’Honorable Kiganahe du Bureau de l’Assemblée Nationale par le simple fait qu’il est tutsi n’honore pas ce parti du héros de la démocratie. Car, en effet, l’Honorable Léonce Ngendakumana et ses sbires voulaient profiter de la déconfiture de l’Honorable Alice Nzomukunda pour chasser le deuxième Vice Président à l’Assemblée Nationale. Ils avaient pour cela besoin du soutien du CNDD-FDD.

Le remplacement d’Alice Nzomukunda du Bureau de l’Assemblée Nationale étant devenu un événement certain, la monnaie d’échange que le FRODEBU proposait au CNDD-FDD se résumait en 3 propositions qui aboutissaient toutes à l’éviction logique de l’Honorable Kiganahe.

Le remplacement d’Alice Nzomukunda par une député Tutsi, ou par un député Tutsi ou même par un député Hutu rendait le Bureau inconstitutionnel et donnait le droit (ou le devoir combien patriotique) au FRODEBU de présenter un candidat autre que Kiganahe. Avec la seule différence que le FRODEBU pouvait présenter à Kiganahe le CNDD-FDD comme la cause de son malheur. Un peu à la manière de Inarunyonga qui s’était promise de marier sa fille morte ou vivante.

Il va sans dire que de telles manipulations ne pouvaient aboutir. Mais l’Honorable Léonce Ngendakumana a toujours un plan B. La démission présumée des 4 Parlementaires du FRODEBU n’avait d’autre but que la dissolution du Groupe Parlementaire de ce parti. Et c’est avec fierté et satisfaction que l’Honorable Léonce Ngendakumana a pris soin lui-même d’annoncer la nouvelle à la Radio et à la Télévision nationale.

Et l’honorable Kiganahe ne pouvait que quitter le Bureau de l’Assemblée Nationale car ne représentant aucun Groupe Parlementaire. Quitte à le reconstituer plus tard avec un Vice-Président de leur choix. Dans sa déclaration à la presse, l’Honorable Léonce Ngendakumana annonçait que son parti allait sortir plus fort que jamais de cette crise. Sur quoi basait-il cette affirmation qui semble contredire toute logique ? La réponse est claire : la démission des 4 députés n’est que manipulation.

Des « Elus du Peuple » qui ne songent qu’à leurs intérêts personnels

A son investiture feu le Président Ndadaye avait nommé un Parlement qui lui proposa de lui accorder des salaires exorbitants sous prétexte que leurs prédécesseurs en avaient fait autant. Un peu comme s’il fallait rattraper le temps perdu. Déçu, le héros de la démocratie menaça de chasser ces ventriotes, qui firent vite de le supplier de les laisser en poste.

Un autre honorable candidat député à qui l’on demandait ce qu’il ferait une fois élu répondit sans ambages : « ce qui me préoccupe le plus c’est ce que je ferai si je ne suis pas élu ». Certains de nos Elus rappellent malheureusement ces ventriotes des temps révolus. Ne connaissant pas les arriérés de paiement car ils empochent chaque mois 1,5 millions de nos francs, étant assurés de leurs bons de carburant hebdomadaires, des perdiem et des multiples avantages que l’Etat Burundais leur accorde, ils se la coulent douce et relèguent au moindre de leur souci leur devoir vis-à-vis du Peuple. Ce même Peuple qui élève de plus en plus la voix pour réclamer un référendum national en vue de la dissolution de l’Assemblée Nationale. Certaines voix demandent le blocage pur et simple des salaires des députés. « Les avons-nous élus pour travailler ou pour bloquer les Institutions ? » s’est âprement indigné un brave paysan de Bubanza.

Source: www.burundi-info.com

Mise en ligne par: Janvier Mbarushimana

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