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NDAYIZEYE ET BUYOYA PERDENT BATAILLE ET RENONCENT À LEUR PROPRE SUCCESSION AUX PRÉSIDENTIELLES D’AVRIL 2005.

Ottawa, le 29/12/2004 (abarundi.org). -Acculé et désavoué aussi bien par toute la classe politique burundaise que par les présidents de la sous-région et même au sein de son propre parti, le président Ndayizeye vient de jeter l’éponge à son tour en faisant savoir qu’il ne se présentera par aux élections présidentielles d’avril 2005. C’est du moins ce qu’il ressort d’une déclaration à la presse de son porte-parole, M. Pancrace Cimpaye, de ce lundi 27 décembre.

On se rappellera que c’était mercredi le 15 décembre que les services de la présidence avaient annoncé les intentions du président Ndayizeye, de vouloir modifier l’article 301 de la constitution afin de pouvoir se présenter aux élections présidentielles prévues au Burundi en avril 2005. L’actuelle constitution interdit aux deux chefs d’État ayant piloté la transition issue de l’Accord d’Arusha d’août 2000, c’est-à-dire l’actuel président Domitien Ndayizeye et son successeur Pierre Buyoya, de se présenter aux élections du premier quinquennat post-transition.

Le texte prévoit aussi que le chef de l'Etat soit élu au suffrage universel direct, sauf pour le premier mandat.

Quelques jours après cette sortie médiatique du président Ndayizeye, plusieurs sources avaient suggéré que Buyoya était derrière toutes ces manigances, allant jusqu’à suggérer que le limogeage de l’ancien vice-président Alphonse Kadege était une idée de Buyoya dans le but de placer son cousin direct et ainsi faciliter au nouveau duo présidentiel de modifier l’article 301 qui interdit aux deux hommes de se présenter aux prochaines élections.

Le 17 décembre 2004, Pierre Buyoya s’est rendu en Afrique du Sud où il a été reçu par le Président sud-africain Thabo Mbeki. Les deux hommes ont discuté du référendum sur la constitution. Selon une source diplomatique à Prétoria, le président Mbeki aurait dissuadé Buyoya d’abandonner son projet de se présenter aux élections. Quelques jours après, l'ancien président burundais annonçait qu'il ne serait candidat à aucun poste politique lors des prochaines échéances politiques du pays.

« Je ne suis pas candidat, et à ce titre je n’ai pas demandé à ce qu’une disposition de la Constitution soit aménagée en ma faveur », a finalement déclaré M. Buyoya à la presse, le 24 décembre dernier.

Depuis l’annonce des intentions du président Ndayizeye de vouloir changer la constitution avant même son adoption par référendum, notre boîte de Courrier des Internautes avait été prise d’assaut par des internautes qui nous «exigeaient» de publier leurs messages d’indignation.

« Ewe Burundi nawe waragowe », -pauvre Burundi perpétuellement désabusé-, pouvait-on lire en commentaire par ce burundais résidant en Suisse, qui nous a contacté via le Courrier des Internautes (cdi@abarundi.org).

«Le pouvoir doit être comme une drogue, et le président de la république est en train de virer fou. J’ai peine à croire que c’est le même Ndayizeye qui, il y a quelques semaines, annonçait son retrait de la politique pour soi-disant reprendre son tournevis et son multi-tester. Il pense que le coup d’éclat qu’il a réussi avec Kadege lui a donné des ailes et il croit aujourd’hui pouvoir le réitérer à volonté…», a-t-il poursuivi.

Ce n’est pas seulement la diaspora qui a été choquée par les intentions de Ndayizeye. Aux lendemains de l’annonce de cette nouvelle, le Président Tanzanien, Benjamin Mkapa, et le Président Ougandais, Yoweri Museveni, ont exprimé leur opposition aux intentions de Ndayizeye par média interposée, sans même juger passer par des consultations diplomatiques d’usage.

La Tanzanie et l’Afrique du Sud sont les garants du processus de paix burundais, dont un accord de paix (l’Accord d’Arusha du 20 août 2000) et des accords de cessez-le feu (dont l’Accord Global de Cessez-le Feu signé à Dar es Salaam le 16 novembre 2003) ont été signé en Tanzanie entre le gouvernement et l’opposition armée et non armée.

C’est à l’Accord d’Arusha que Ndayizeye doit son fauteuil présidentiel pour une transition de trois ans, dont la première tranche avait été pilotée par le major Pierre Buyoya.

L’opposition farouche est venue au sein du Frodebu même, le parti de l’actuel président de la République. Le président du Frodebu, Dr. Jean Minani, qui est aussi président de l’Assemblée nationale de transition, est le candidat pressenti aux présidentielles 2005. Son opposition au projet de Ndayizeye ne s’est pas fait attendre.

« Nous sommes opposés à toute modification de la Constitution car ce sera ouvrir la boîte de Pandore […] Il n’y a que deux voies pour modifier la Constitution actuellement: faire un référendum séparé sur le point précis ou passer par le Parlement », a averti le Dr. Jean Minani.

« Le président NDAYIZEYE est comme tous ses devanciers: il pense être le seul capable de diriger le Burundi, qu’il n’a pas de successeur capable après lui », avait renchéri un proche de Minani, sous couvert d’anonymat.

Une source diplomatique contacté par notre représentant à Bujumbura a même suggéré que Ndayizeye devrait démissionner pour «faute grave».

«Le fait d’avoir osé penser qu’il pouvait changer unilatéralement dans la constitution l’une des clauses importantes qui constitue la base même du compromis issu de l’accord d’Arusha est une faute grave, un motif valable pour exiger sa démission», a commenté un diplomate occidental en poste à Bujumbura, sous couvert d’anonymat.

«Son ancien vice-président (Alphonse Kadege, NDLR) a été remercié pour beaucoup moins que ça», a-t-il fait remarquer. Une opinion partagée par d’autres internautes qui ont contacté la rédaction sur cette affaire.

Pour rappel, Ndayizeye avait limogé son vice-président Alphonse-Marie Kadege après que ce dernier eut déclaré «qu’aucun politicien burundais à Bujumbura ne croyait que le référendum aura lieu à la date programmée», c’est-à-dire le 20 novembre 2004. À peine une semaine après son limogeage, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) annonçait le report du référendum au 22 décembre. Pire encore, cette date vient d’être à son tour repoussée à une date indéterminée.

Cependant, il convient tout de même de clarifier les choses pour éviter de sombrer dans la simplicité. Bien que le limogeage de Kadege ait coïncidé avec son tapage médiatique sur les échéances électorales, plusieurs analystes s’accordent à dire que cet incident n’est ni le motif, ni la goutte qui aurait fait déborder le vase. Son limogeage n’est ni plus ni moins qu’une mesure administrative directement liée à ses actes répétés de sabotage de l'action gouvernementale et son insubordination contre le chef d’État. Il était devenu une épine dans le dos du pays et de la nation.

«Le pouvoir est l'aphrodisiaque suprême», avait l’habitude de dire Henry Kissinger, homme politique américain et Nobel de la paix 1973. Encore faut-il savoir le consommer avec modération. A l’approche des échéances électorales, le président Ndayizeye se rend sans doute compte que son multi-tester ne pourra pas lui procurer les jouissances matérielles et les honneurs que lui procure actuellement sa chaise présidentielle. /SDC

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