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Burundi |
Actualité/Politique |
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No 12 Semaine du 15 Août 2005 |
Lettre ouverte au Président de la République du 22 août 1988 |
Excellence Monsieur le Président,
Nous venons porter
à votre connaissance la prise de position des hutu sur les événements
qui sont en train de se dérouler au Burundi depuis le début
du mois d'août. Nous nous attacherons ici de relever les contradictions
que masque l'information officielle, légitimant ce que nous croyons
être un nouveau « Plan Simbananiye » (génocide
1972). Certains d'entre nous avaient bien voulu l'exprimer samedi au
cours des réunions du Parti ; mais comme les interventions étaient
manifestement programmées à l'avance dans l'intention
de consacrer l'attitude extrémiste tutsi dirigée en faveur
d'un plan d'extermination qui transparaissait si clairement dans les
idées et surtout dans la note finale dans toutes les localités
de la capitale, nous nous trouvons dans l'obligation de résumer
notre réaction à travers cette lettre ouverte, et nous
osons espérer que vous y réserverez une bonne suite. Nous
savons d'avance que ceci peut susciter des conséquences, puisque
votre entourage risque d'y voir une justification des répressions
que nous sentons venir : la Radio vient de l'annoncer par des termes
révélateurs comme « ceux entendus depuis dimanche,
trahissant le principe même de la transparence que le régime
évoque et que le gouvernement vient de réaffirmer alors
que des hutu sont déjà massacrés sans procès. Excellence
Monsieur le Président,
Point n'est besoin de détailler le caractère préoccupant de la situation socio-économique difficile qui produit ce triste résultat. Les inégalités et les injustices sociales sont d'une réalité qui semble être cautionnée par le pouvoir en place dans le pays, en dépit des contestations incessantes des esprits progressistes et des promesses du discours politique. Il apparaît bien que les positions acquises depuis plus de vingt ans par la classe dirigeante doivent être sauvegardées, et tous les moyens sont devenus bons à cette fin. Le pouvoir reste régional, clanique et surtout tribal. Or, malheureusement, le Burundi, petit et pauvre, rend difficile le partage du gâteau qui s'amenuise de jour en jour ; cela n'est même plus possible à l'intérieur du groupe des dirigeants au pouvoir fussent-ils d'une même ethnie ou d'une même région. Lorsque cette contradiction, aujourd'hui matérialisée par l'enlisement des dossiers des anciens dignitaires du régime Bagaza coupables de crimes de haute trahison ou de détournements, entraîne une guerre froide entre l'ethnie dirigeante, il se trouve toujours un moyen de chercher les raisons ailleurs et de désigner des cibles. Comme en 1972, après le procès surprise des hommes de Muramvya, la communauté hutu devient « l'ennemi de la Nation » ; il faut la décapiter pour rétablir le dialogue tutsi menacé d'éclatement. Le
discours officiel se trouve, cependant, vite contredit par les faits.
1.
Dans les événements de Marangara et Ntega, on parle de réfugiés
hutu qui auraient entraîné d'autres à l'intérieur
du pays de prendre des machettes et des lances pour massacrer les tutsi.
Mais cela fait maintenant plus d'une semaine qu'on connaît les coupables,
mais on n'a pas encore dit qui ils sont, comment ils s'appellent, d'où
ils sont venus, les noms de ceux qui les aident, etc ; alors qu'on annonce
l'ouverture prochaine des procès dans la transparence, on apprend
en même temps l'exécution sommaire des intellectuels hutu
et on couvre la nouvelle de beaucoup de secret alors que le mensonge surgit
à la face du monde. Qui sera par exemple capable de montrer devant
les barres Côme Bibonimana, ancien député, et depuis
longtemps poursuivi pour avoir dénoncé les statistiques
tribales du ministère de l'Éducation et qui vient d'être
exécuté avec beaucoup d'autres ?
2. On a vite conclu à une rébellion paysanne inspirée par des intellectuels hutu, or d'après des informations convergeants, les événements qui ont commencé à Marangara au milieu de la première semaine du mois ont une grande explication qu'on n'a jamais dite à travers l'information diffusée par le pouvoir. On signale en effet la présence des militaires du 4e bataillon de Ngozi en manoeuvres dans la localité sans avoir prévenu la population, erreur qui a été notée par les paysans lors d'une « campagne de pacification » et qui a été reconnue par un chef militaire qui a parlé d'un ordre recu « du haut ». Cela se passait plus de dix jours avant le début des massacres. L'histoire dira comment les événements ont dégénérer en conflits sanglants, se déplaçant de Marangara à Ntega pour finalement gagner les communes environnantes. L'information officielle le cache, mais il est sûr que l'avenir le démontrera. 3.
Officiellement, on apprend depuis mercredi que le calme est revenu et
que la situation est maitrisée, mais le gouvernement instaure en
même temps un couvre-feu sur tout le territoire national en priant
la population de ne croire qu'à l'information de la Radio nationale.
Et quand la presse internationale le dément, on reconnait qu'il
y a encore quelques affrontements ! Oui, l'armée a provoqué
des tensions ; oui, la même armée a amené la répression
dans les campagnes. Des camions ont évacué les familles
tutsi de la région vers Ngozi pour les sécuriser, pendant
que des blindés, appuyés par des hélicoptères
s'attaquaient aux hutu. Les survivants sont parvenus à fuir vers
le Rwanda, et il est curieux d'entendre que des hutus exterminent les
Tutsis et se comptent en même temps en grand nombre parmi les réfugiés
!
4. Comment expliquer que les militaires aient refusé d'intervenir au début desdits massacres alors que leur premier devoir est d'arrêter rapidement tout danger en empêchant toute progression ? Il a fallu attendre quelques jours après pour faire croire à la paix alors que les engins militaires se mettaient à l'action. Cette abstention nous semble être une légitimation de l'agression pour rééditer la répression de 1972. Un montage donc ? Encore une fois, l'histoire le dira. élèves
et les étudiants tutsi ont participé à une campagne
d'intimidation au niveau national. Les coupables sont connus. Les dossiers
sont là. Mais, paradoxalement, ce sont les hutus, forcés
de quitter les écoles, sous la menace des couteaux comme ce fut
le cas à l'École Technique Secondaire d'Art de Kamenge et
des fusils à l'Université. De la même façon,
le hutu va faire le drame des massacres actuels. Pourtant, quelques éléments
tutsi progressistes et modérés ont souligné dans
les réunions du Parti que le problème fondamental du Burundi
actuel était essentiellement d'ordre politique et fondé
sur les inégalités sociales ; ils ont attiré l'attention
du public que la classe dirigeant pourrait être plus responsable
que d'autres dans cette affaire.
Excellence
Monsieur le Président,
Nous aimons la paix.
Contrairement à ce que l'aile extrêmiste tutsi pourrait
vous faire croire, seul moyen de maintenir sa place dans l'arène
du pouvoir, en perpétrant un génocide nul hutu sensé
ne rêve d'exterminer les Tutsis. Bien au contraire ! D'autant
qu'il existe d'ailleurs des Tutsis prêts à construire le
pays avec les hutus, l'obstacle étant l'absence de dialogue.
Maintenant, la situation dépasse la limite du tolérable.
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