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LA DESTABILISATION DU KIVU CONGOLAIS: UN CHEVAL DE TROIE EN MARCHE CONTRE LA TENUE DES ÉLECTIONS AU BURUNDI.

 

Par Steve De Cliff,

Responsable du site Internet abarundi.org

 

Ottawa, le 05/01/2004 (abarundi.org). -Depuis le mois de juillet 2004 jusqu’à très récemment en novembre, la rédaction était en contact avec un informateur rwandais qui prétendait être dans les secrets d’une opération de déstabilisation ayant pour cibles principales le Burundi et la RDC.

 

Mais depuis le mois de novembre, notre informateur a mis fin à notre contact, sans aucune explication excepté que dans notre dernière échange, il semblait être convaincu que nous avons révélé son identité. De notre côté, nous croyons qu’il a mis fin à notre collaboration parce que nous avons longtemps hésité à publier ses informations. La raison pour laquelle nous n’avions pas publié ses informations est que, à l’époque, certaines de ses révélations nous semblaient tout simplement invraisemblables. Aujourd’hui, en suivant le fil des évènements qui se déroulent actuellement dans la région des grands-lacs, force est de constater que nous aurions dû le prendre plus au sérieux.

 

Si la rédaction décide de révéler aujourd’hui les grandes lignes de ce plan, c’est après avoir constaté que dans le cas de la RD-Congo, les choses se sont passé selon les délais prédits et le mode opératoire que nous avait donné notre informateur. A l’époque, on était même loin de penser que le président rwandais Paul Kagame allait lui-même donner le coup d’envoie de cette opération concoctée à Kigali et à Bujumbura.

 

L’agression armée que vient de subir le Kivu par l’armée rwandaise fait parti d’un plan diabolique s’inscrivant dans le cadre d’une opération baptisée UMUKUBUZO, -ou opération balai-, pour déstabiliser toute la région de l’Est congolais et le Burundi. Mais tout laisse croire que cette opération est en réalité un cheval de Troie qui vise à empêcher la tenue des élections au Burundi.

 

Dans les lignes qui suivent, la rédaction vous présente les éléments essentiels de cette opération, dans les mots et termes utilisés par notre mystérieux informateur.

 

Kigali, l’épicentre où tout se prépare

 

L’équipe technique de cette opération baptisée « opération UMUKUBUZO » est dirigée par deux agents rwandais répondant aux noms de Gérard GATERA et Eugène RUTAYISIRE. Ce sont des agents de [Paul] Kagame. Cette équipe serait « descendue » sur Bujumbura afin de lancer l'opération UMUKUBUZO. Gérard GATERA et Eugène RUTAYISIRE auraient tenu un petit meeting au Rwanda avec certaines personnalités burundaises, rwandaises et congolaises (Banyamulenge) samedi 16 Octobre vers 16h00 dans un bistrot appelé Chêne vert (zone Muhima), puis à l'hôtel OKAPI. Un lieutenant chargé des missions spéciales de Kagame était également présent.

 

Les deux agents de Kagame seraient alors retournés à Bujumbura mercredi le 20 Octobre avec une très grosse somme d'argent. J’ai appris que certains de mes anciens collègues se trouvent en mission au Congo Démocratique. Ce dont je suis sûr, c'est qu'ils n'y sont pas allés pour un match de football. Je crois vous avoir déjà dit que l'opération concerne les deux pays, le Burundi et la RDC. Au Congo Démocratique, il s'agit de reconquérir l'est du pays. Et l'opération commencera en même temps dans les deux pays. Au Burundi, l'opération comporte deux volets. Il s'agit d'assassiner sélectivement l'élite Hutu, mais aussi d'opérer un coup de force.

 

Je n'ai pas pu noter tous les détails car j'ai consulté le document à la hâte. Ce qui se passe au nord du Burundi où les populations Tutsi fuient leur pays se trouve également dans ce document. Un nom revient souvent dans cette affaire de Kirundo, c'est le nom de Mertus NZEYIMANA.

 

Selon une notice que j’ai lue dans le même document, le seul semblant d'obstacle serait le CNDD-FDD. Une phrase soulignée à l'encre rouge dit ceci: Nous devons démanteler le CNDD-FDD. Son démantèlement constituera notre première réussite.

 

Le document comporte aussi les listes des gens qui doivent être assassinés en premier lieu. La première liste comporte des gens du CNDD-FDD et d'autres intellectuels Hutus, surtout connus sur la scène politique. Devant chaque nom, il y a une adresse, quartier et rue, avenue, boulevard. Ce sont les lieux d'habitation de ces gens. L'autre liste comporte des officiers du CNDD-FDD, avec les mêmes mentions d’adresse.

                                                 

L'autre liste concerne le personnel chargé de la planification et l’exécution de l’opération. On y retrouve plus d'une douzaine de rwandais.

 

Pour le CNDD-FDD, il y aurait deux solutions pour pouvoir en venir à bout. La première serait d'en liquider tout simplement les chefs en prétendant que ce sont leurs combattants qui se révoltent. Le deuxième scénario vise l'exploitation des problèmes internes au sein de ce mouvement. On sait que leurs combattants ne sont pas payés et vivent misérablement aux côtés de ceux de l'armée gouvernementale qui sont payés, d'où la possibilité de les corrompre et de les révolter contre leurs chefs. On sait aussi qu'il y aurait quelques mésententes au sein même du CNDD-FDD.

 

Des commandos de déstabilisation au menu

 

Ayant remarqué qu'il serait impossible de faire la rébellion comme les Hutus du CNDD-FDD ou du PALIPEHUTU, les Tutsi du Burundi ont décidé de former des commandos qui vont assassiner les dignitaires Hutus du pouvoir enfin de ramener le gouvernement burundais sur la table de négociations et lui imposer certaines choses comme le partage équitable du pouvoir, l'alternance au sommet de l'état et je ne sais quoi encore. C'est plus tard alors qu'est venu l'idée d'associer ce plan à un coup d'état. Je ne sais pas encore si le coup d'état aura toujours lieu, mais tout ce que je sais est que ces commandos vont bientôt commencer à opérer.

 

Tu me demanderas ce à quoi ils veulent arriver. Je vais donc te répondre à la question Qui/Pourquoi/Quand? C'est un plan purement Tutsi qui vise la récupération du pouvoir que l'on risque de perdre si l'on n'y prend pas garde. Tous les Tutsis de la sous-région appuient leurs frères burundais et congolais. C'est ainsi que toutes les préparations de l'opération sont coordonnées à partir de Kigali.

 

Si les élections venaient à avoir lieu au Burundi tels que souhaités par les Hutu, les Tutsi pourront dire adieu au pouvoir puisqu'ils n'obtiendront plus que 40% dans les organes dirigeantes de l'état. Et aucun Tutsi ne pourra plus jamais devenir Président de la république. Hari amabanga menshi ata muhutu n'umwe urigera ugeramwo (il y a des dossiers top secrets qu’aucun Hutu n’avait jamais accédé, NDLR). Il ne faut donc pas que les Hutu accèdent à certains postes surtout au niveau de la défense et du renseignement. C'est pourquoi aussi on voudrait remettre en cause l'accord de cessez-le-feu signé avec le CNDD-FDD ou tout simplement démanteler celui-ci à tout prix.

 

J'ai pu apprendre que ce sont les hommes du commando de Gatera qui ont participé dans l'assassinat d'un directeur des douanes à Bujumbura. C'est une opération pourtant qui ne figurait pas dans le carnet que j'ai consulté. Si les autorités de Bujumbura mettaient la main sur Gatera ou Rutayisire, je suis sûr qu'ils auraient beaucoup d'informations.

 

En ce qui concerne le personnel et le matériel, j'ai entendu dire que trois sections de tireurs d'élites seraient déjà prêtes à Bujumbura. Ils seront appuyés par les jeunes de PA Amasekanya de Bujumbura. Ils séraient équipés de 13 Dragonovs avec lunettes et munitions, de 28 AK47, de 9 RPG7 avec tout ce qu'il faut comme bombes et munitions. Ils bénéficieraient également de l'appui des blindés de l'armée. 

 

Au Burundi, les «balayeurs» broient du noir

 

Maintenant que vous savez ce que nous savons, nous allons essayer d’épiloguer sur ces révélations et tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé, surtout ce qui pourrait se passer si certaines précautions ne sont pas prises par les ayants droit de la scène politique burundaise et congolaise, et même de la communauté internationale, -du moins pour ceux qui y croient encore.

 

Notre informateur nous a donné une longue liste des gens à abattre. Mais tous nos efforts pour qu’il nous donne la liste des personnes chargées d’exécuter cette opération n’ont abouti à rien. C’est en partie l’une des raisons qui ont fait que nous avons longtemps douté de ses bonnes intentions. Les seuls noms qui venaient souvent dans sa correspondance sont ceux de Gatera et Rutayisire, qu’il considérait comme dangereux, mais en même temps comme ses amis. Nous avons donc pensé qu’il y avait peut-être une affaire de règlement de compte entre informateur et ses anciens collègues du FPR.

 

Bien que dans le cas de la RD-Congo les choses se soient passé exactement comme notre informateur les avait prévues, il en a été autrement pour le Burundi. Au cours d’une de notre correspondance, notre informateur a reconnu lui-même que le Burundi donnait du fil à retordre aux déstabilisateurs.

 

« Les paramètres de l’opération UMUKUBUZO au Burundi changent continuellement en raison de l’efficacité des services de renseignement du CNDD-FDD, qui obligent les hommes de Kagame de s’ajuster au fur et à mesure ».

 

« L’arrivée du CNDD-FDD sur la scène politique burundaise et l’accès des combattants FDD au sein du commandement de l’armée burundaise inquiètent les ténors de cette opération qui craignent une brisure d’un maillon important au sein d’une chaîne de commandement des armées Tutsi des Grand-Lacs », nous disait-il à l’époque.

 

En matière de renseignement militaire, notre informateur donne pour exemple le cas d’un capitaine FDD du nom de MUSEREMU.

 

« Au CNDD-FDD, il y a un certain capitaine du nom de MUSEREMU Innocent Alfred. Celui-ci serait un dangereux officier de renseignement du CNDD-FDD. Il aurait même tenté d'infiltrer le réseau (le réseau de l’opération UMUKUBUZO, ndlr) mais a été vite découvert. Il aurait aussi déjà échappé à deux attentats d'assassinat. On le croyait à la prison de Mpimba mais il en serait sorti. Ancien ami d'Eugène RUTAYISIRE, c'est à ce dernier qu'on a donné la tâche de le liquider, car il serait au courant de tout le projet. Dans le carnet que j’ai consulté, son nom est souligné deux fois ».

 

La rédaction n’a toutefois pas réussi à valider l’existence de ce Museremu auprès des responsables du CNDD-FDD.

 

Plusieurs tentatives visant à mettre en marche l’opération UMUKUBUZO au Burundi ne semblent pas avoir porté fruit. La rédaction a pu recueillir le témoignage d’un officier du CNDD-FDD, qui a confirmé que les FDD ont déjoué à plusieurs reprises des tentatives de coup d’état. Une autre source a confirmé qu’il y a quelques mois, les autorités du CNDD-FDD ont dû gérer et calmer un début de grogne inquiétant dans les camps de cantonnement. Après investigation, il s’est effectivement avéré qu’il y avait une main invisible derrière cette grogne, qui était orchestrée par une campagne d’intoxication pour inciter les combattants dans les camps à se révolter contre leurs chefs vivant à Bujumbura.

 

Les autorités du CNDD-FDD affirment avoir aujourd’hui la situation en main. Ainsi, il ne peut passer un jour sans que les hautes autorités du CNDD-FDD quittent Bujumbura pour aller voir les combattants dans les camps, pour leur porter un réconfort moral et matériel dans le partage. C’est ainsi que, rien que pour célébrer le nouvel an, toutes les autorités du CNDD-FDD, ministres, responsables du parti à tous les échelons, se sont réunis au sein de la population et avec les combattants sur la Colline Nyarurambi dans la Commune Mpanda en Province Bubanza.

 

Dans le cas du Burundi, il semble donc évident que les planificateurs de l’opération UMUKUBUZO n’ont fait que broyer du noir. Cela est dû à un paquet de facteurs, dont les trois plus importants ont contribué à cet échec.

 

Au menu des imprévus, quelques empêcheurs de danser en rond

 

Il y a quelques mois, notre site Internet avait révélé l’existence de 7500 combattants du CNDD-FDD dans Bujumbura rural et environ 3500 autres dans la capitale sous forme d’unités mobiles. Depuis ce temps-là, les autorités de Bujumbura ont confirmé la présence de 6000 combattants dans Bujumbura rural. L’explication sur la présence de ces milliers de combattants FDD armée est bien connue. A l’instar du FPR en 1993 qui a réussi à arracher aux négociations avec feu Juvénal Habyalimana le droit d’avoir un bataillon de ses troupes installé à Kigali, le CNDD-FDD a réussi l’impensable en imposant dans l’accord de cessez-le feu qu’il a signé avec le gouvernement que ses hommes s’installent à Bujumbura avec leurs armes et munitions. C’est ainsi qu’ils sont positionnés dans plusieurs quartiers de la capitale et dans Bujumbura rural avec tout leur arsenal de guerre.

 

C’est cette présence armée des FDD qui aurait grandement contribué à l’échec de toutes les tentatives de coup d’état.

 

Mais ce n’est pas seulement le CNDD-FDD qui a brouillé les cartes de Kagame et ses sbires de Bujumbura. L’autre élément important, c’est la présence des soldats de l’ONUB, en particulier les milliers de soldats sud-africains qui assurent la sécurité de certains leaders Hutu.

 

Selon une source digne de foi, les soldats sud-africains auraient reçu de Mandela en personne les consignes de ce qu’ils doivent faire lorsqu’il sont dans le doute.  En cas de doute, n’hésitez pas à tirer, aurait conseillé Mandela à ses troupes avant leur départ pour le Burundi. C’est ainsi que, mis à part la mission officielle de participer à la force de maintien de la paix, les militaires sud-africains ont été investis du devoir moral de défendre l’honneur de l’ex-président sud-africain Nelson Mandela. Le prix Nobel de la paix est très attaché à sa notoriété internationale et les hommes de Thabo Mbeki ne laisseraient pas passer toute initiative allant dans le sens de remettre en cause un chantier de paix que le sage sud-africain a initié au lendemain de la mort de Julius NYERERE, même par la force s’il le faut.

 

Il serait donc fort étonnant de voir les soldats sud-africains plier bagage et laisser derrière eux un Burundi en début de tchétchénisation. S’il advenait qu’il en soit ainsi, les hommes de Thabo Mbeki seront alors accusés de lâcheté comme ce fût le cas pour les troupes onusiennes qui étaient en mission au Rwanda au moment du déclenchement du génocide en 1994. Il devient ainsi peu probable, avec la leçon rwandaise, que les militaires sud-africains laissent le terrain libre à la violence.

 

Cette hostilité à l’impuissance de l’humanité à réagir en amont des événements, personne ne l’a encore exprimé mieux que le secrétaire général de l’ONU, le Ghanéen Kofi Annan, quelques jours avant le 10ème anniversaire du calvaire rwandais.

 

«Le monde a regretté de n’avoir pas arrêté à temps le drame rwandais de 1994, il regretterait encore davantage si un évènement similaire se produisait ailleurs», avait-t-il confié à la presse.

 

Un autre facteur qui aurait dissuadé toute tentative de déstabilisation est l’existence de plusieurs milliers de militaires burundais non originaires de Bururi et qui veulent en découdre définitivement avec la guerre. Il n’est plus sûr pour ces derniers qu’ils acceptent de suivre quiconque voudrait les embarquer dans une autre aventure qui viendrait hypothéquer et mettre en péril la paix consécutive à la signature de l’accord global de cessez-le feu par l’ex-mouvement rebelle CNDD-FDD. Du temps de la guerre, il ne pouvait se passer une journée sans que chaque famille militaire enterre un des leurs, tombés sous les balles des FDD. Or il se trouve justement que ce sont les militaires originaires des autres province autre que Bururi qui étaient envoyés au front. Selon une source militaire bien informée, le commandement des FAB est composé à plus de 90% des officiers originaires de Bururi.

 

Le 16 novembre 2004, dans un communiqué sanctionnant le premier anniversaire de la signature de l’accord global de cessez-le feu, le CNDD-FDD a tenu à souligner les progrès observés sur le plan militaire. Dès l’arrivée des FDD dans la capitale, on a tout de suite observé une collaboration franche entre le chef d’état major et son adjoint. Le Général major Germain Niyoyankana, un Tutsi, est le Chef de l’État-major Intégré composé de 60% des officiers des FAB et de 40% des officiers FDD, alors que le Général de Brigade Adolphe Nshimirimana, un Hutu, en est le Chef d’État-major Adjoint. Dernièrement, cet État-Major Intégré a été élargi aux officiers des autres ex-mouvements armés.

 

Finalement, le dernier élément mais pas le moindre, est l’accès de la population à l’information, avec les facilités de communications par l’arrivée du fameux téléphone «à poche» et de l’Internet. Ainsi par exemple, au lendemain de la diffusion par notre site Internet d’un article sur les rumeurs de déstabilisation et de génocide à Bujumbura, Madame Lena Slachmuijlder, Directrice de Studio Ijambo, nous avait immédiatement contacté pour nous offrir sa collaboration.

 

«Nous les journalistes du Studio Ijambo nous préoccupons avec le processus de paix au Burundi, et nous prenons au sérieux les différentes rumeurs propagées par rapport a ce processus. Si vous auriez plus d'information sur les craintes de génocide, ou d'autres pistes que nous pourrions suivre ici sur terrain, n'hésitez pas à les partager avec nous», peut-on lire dans son courriel du 2 novembre 2004.

 

Il existe donc à Bujumbura des gens des médias et des ONG qui ont fait le pari de ne jamais accepter que d’autres catastrophes tombent sur la population burundaise ou des Grands-lacs en général. Mais avec l’impunité qui semble avoir fait légion dans la région, les forces négatives de tous genres n’éprouvent aucune scrupule à la récidive. En presque six mois, le Burundi a vu deux présidents Hutu assassinés, devant la complicité passive de la communauté internationale. Aucune enquête n’a jusqu’à présent été amorcée, encore moins une arrestation. Tout cela a abouti à une guerre qui a duré onze ans et qui a coûté la vie à environ 300 milles personnes, selon les estimations de l’ONU, et à l’économie d’un pays complètement ruinée. /Steve De Cliff.

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