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Présidentielles 2005: L’argent sera-t-il un facteur déterminant lors des prochaines élections?

Ottawa, le 03/01/2005 (abarundi.org). -On a l’habitude de dire que l’argent n’a pas d’odeur, mais dès le début de la campagne électorale qui s’annonce au pays, il va certainement se faire sentir. Dans la vie de tous les jours, l'argent sert d'abord et avant tout d’un outil de mesure et de facilitation d'échange entre humains. Cependant, les choses se compliquent lorsqu'on se penche sur le rapport que nous entretenons avec ce vieil outil qui a acheté le fils unique de Dieu.

En effet, depuis que le monde est le monde, beaucoup de gens, peut-être même vous, perçoivent l'argent comme un moyen d'accéder à l'émancipation, à la puissance, au bonheur, voire même au pouvoir. Il en est autrement dans un monde plus mystérieux comme l’univers politique burundais.

Si l'on se réfère aux célèbres théories du docteur Freud, l'argent est traité comme un équivalent de l'excrément. En ce sens, le magot est comparé à quelque chose dont on doit à tout prix se séparer. Le Dr Freud (très connu en psychologie de la communication), fait le lien avec le principe de «donna-donna» selon lequel il faut donner pour en échange être aimé ou recevoir quelque chose que l’on aime. Autrement dit, il faut se séparer d'une chose pour en acquérir une autre. Ceci nous amène à la question suivante : est-ce que les partis politiques qui distribuent de l’argent à longueur de journée aux électeurs burundais recevront-ils en échange le soutien du peuple lors des prochaines élections? La réponse peut-être nuancée selon que l’on est donateur ou bénéficiaire.

Même si dans le monde occidental, l’argent reste un élément déterminant dans la quête du pouvoir, il en va autrement au pays de mille et une collines. Le rôle de la pécune y est très dérisoire. La défaite du PRP de feu Mathias HITIMANA lors des élections présidentielles de 93 est un bel exemple qui montre que les burundais sont capables d’accepter l’argent sans voter nécessairement pour le ploutocrate. En 1993 en effet, feu HITIMANA, alors président et rentier du PRP, avait mis plusieurs millions de dollars sur la table afin d’attirer le plus de monde au sein de son parti, mais cela n’a pas empêché son candidat à la présidence, feu Pierre-Claver SENDEGEYA de se contenter d’un maigre score de moins de 1% des suffrages exprimés.

Dix ans après la défaite de l’ancien parti royaliste, l’on remarque que sa déroute a servi d’exemple aux autres politiciens qui seraient tentés de recourir à l’argent afin de s’attirer plus de sympathie de la part de l’électeur burundais. Certains chefs de partis les plus crésus évitent de suivre la stratégie de distribution d’argent cru de feu HITIMANA en se cachant cette fois-ci derrière la tactique de l’humanitaire. C’est le cas notamment du tout nouveau président du parti pour le renouveau intégral du Burundi (PARIBU), M. NDORIMANA Benoît, un ancien du PARENA de l’ancien despote J. Baptiste BAGAZA. L’ancien président Pierre BUYOYA, un autre nabab bien connu, fait la même chose depuis quelques années en utilisant sa Fondation comme instrument de cueillette de fonds en occident.

Contrairement au PRP, M. NDORIMANA joue en ce moment sur la fibre émotionnelle des habitants de la capitale aux moyens financiers précaires en multipliant des gestes de charité ici et là en Mairie de Bujumbura. Au lendemain de son divorce avec Jean-Baptiste BAGAZA, l’ancien bailleur de fonds du PARENA a fait libérer onze mères prisonnières, faute de sous, de l’hôpital Prince Régent Charles depuis plus de 90 jours. Les responsables de l’hôpital avaient sommé les onze mères, après seulement un court séjour à la maternité, de rester sur leurs lits d’hôpital tant qu’elles n’auront pas payé toutes factures relatives aux soins de santé totalisant deux mille dollars US qu’elles ont reçus à cet hôpital. Cinq mois après, il reste à savoir si le geste de M. NDORIMANA est suffisant pour que les 11 mères votent pour son parti, le PARIBU? Personne ne peut répondre avec exactitude à cette interrogation, mais la seule chose dont on est sûr est que seules les concernées savent pour qui elles vont voter le jour J.

En définitive, les partis «pauvres» ne devraient pas s’inquiéter en autant qu’ils présentent un bon projet de société et qu’il bénéficient du soutien populaire. Les deux vieux partis au pouvoir, l’UPRONA et le FRODEBU sont parmi les formations politiques les plus nantis du pays. Mais l’argent peut-il tout acheter? Ce n’est pas sûr. /Albert SHINGIRO.

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