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OPERATEUR HUMANITAIRE: "A BUJUMBURA ON RESPIRE UN CLIMAT DE TERREUR "
Peace/Justice, Standard

"Tandis que les rebelles et le gouvernement semblent prêts à se partager les charges et les sièges, au Burundi les gens vivent en proie à la terreur". Tels sont les propos d'un opérateur humanitaire qui se trouve dans la capitale burundaise de Bujumbura, qui pour des motifs de sécurité a demandé de garder l'anonymat. "Il y a quelque chose d'étrange dans l'air. On avertit la sensation d'un vide de pouvoir et les gens savent que cela n'annonce rien de bon. Aujourd'hui sans doute les colloques entre les FDD (Forces de Défense de la Démocratie, le principal groupe rebelle hutu du pays, ndlr) et le gouvernement marqueront un nouveau tournant, mais pendant ce temps la situation des civils ne fait que s'aggraver", poursuit notre source. "Dans les quartiers nord de la capitale depuis plusieurs jours des jeunes garçons d'ethnie hutu disparaissent à l'improviste et de nombreux autres jeunes sont abattus sur place. Pour tous l'accusation est de partisans ou d'être membres des FNL (Forces de Libération Nationale, le second groupe armé hutu qui continue de s'opposer au dialogue avec le gouvernement, ndlr). Dans les deux cas ce sont leurs propres frères hutu qui commettent ces actions", explique l'opérateur humanitaire. Les gens sont livrés à eux-mêmes, à la merci des militaires, des rebelles et de quiconque possède une arme. Les jeunes ne vont plus à l'école par peur d'être tués ou enlevés. Aucun jeune, explique la source de l'Agence MISNA, habitant dans les quartiers nord de Bujumbura ne réussit à dormir la nuit. "Tous restent éveillés et s'attendent à ce qu'une fois la nuit tombée quelqu'un pénètre chez eux pour venir les chercher". Ces jours-ci dans les environs de Bujumbura il pleut souvent et les températures se sont fortement abaissées, rendant encore plus difficile la vie de 150.000 évacués qui depuis plusieurs jours ont trouvé refuge dans les villages des environs d'Isale, un centre rural à 30 kilomètres au nord de Bujumbura. Il s'agit en majorité de personnes qui habitaient dans la zone de Bujumbura Rural, à l'est de la capitale, où en début de semaine l'armée gouvernementale a lancé une violente contre-offensive pour frapper les FNL. "Des affrontements avec les rebelles on sait bien peu de choses, mais en revanche depuis mardi dernier un flux d'évacués continue d'abandonner maisons et terrains: par milliers ils se sont déversés dans la capitale, tandis que la majorité d'entre eux s'est arrêtée dans la zone d'Isale" explique l'opérateur. Les civils qui habitent dans les autres zones périphériques du pays versent dans des situations similaires où, selon certaines rumeurs, arrestations arbitraires, tortures, homicides et affrontements sporadiques entre les rebelles et l'armée ou entre les deux âmes de la rébellion sont désormais à l'ordre du jour. Hier soir à peine l'armée a diffusé la nouvelle de 17 personnes mortes dans les derniers affrontements avec les FNL. "Ce qui rend la situation encore plus tragique c'est que ce qui arrive est absolument incompréhensible", conclut l'interviewé. Le conflit burundais qui a explosé en 1993, aurait provoqué jusqu'à présent, selon les estimations les plus accréditées, pas moins de 300.000 morts. [VV]


Document source: MISNA


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