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Burundi-Coopération: Une délégation ministérielle burundaise en tournée au Canada tombe dans une embuscade leur tendue par un groupe de partisans FDD.
Ottawa, le 23 novembre 2003, (ABARUNDI.ORG). -Le ministre burundais des Relations Extérieures et de la Coopération, M. Thérence Sinunguruza (UPRONA), ainsi que celui de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, M. Salvator Ntihabose (FRODEBU), sont arrivés mardi le 18 novembre pour une visite officielle où ils doivent rencontrer les autorités canadiennes pour réamorcer la coopération avec le Canada. Ils doivent rencontrer aussi la diaspora burundaise dans les grandes villes comme Ottawa, Montréal, Québec et Toronto pour leur expliquer le processus de paix en cours.
Ils sont accompagnés dans leur tournée par l'ambassadeur Julien Kavakure, qui s'occupe d'un nouveau département chargé des relations avec la diaspora.
C'est vendredi le 21 novembre qu'ils ont rencontré la diaspora de la région de la capitale nationale (Ottawa-Gatineau) en conférence de presse qui a eu lieu à la Maison du Citoyen à Gatineau, dans le cadre d'une émission télévisée organisée conjointement par le Canal Vox de Vidéotron et la Fondation Internationale des Amis de l'Afrique, animée par M. Marcel Kabundi.
Au cours de cette conférence dans laquelle assistaient aussi plusieurs ambassadeurs africains, notamment ceux de l'Ouganda et de l'Afrique du Sud, la diaspora a eu l'occasion de poser des questions sur le processus de paix en cours et en particulier sur le dernier accord de cessez-le feu entre le gouvernement de transition du Burundi et le principal mouvement armé, le CNDD-FDD dirigé par Pierre Nkurunziza.
A la question du représentant du CNDD-Nyangoma en Amérique du Nord (Canada-USA) de savoir pourquoi il a été octroyé 40% du commandement dans l'armée au seul mouvement de Nkurunziza alors qu'il y a 5 autres mouvements armés concernés qui ont signé des accords et un autre qui n'a pas encore signé, le ministre Sinunguruza a répondu que tout cela est fait en fonction de la présence (numérique) et de l'importance des uns et des autres sur le terrain.
"Le mouvement de Nkurunziza a eu ce qui reflète la présence et la force de ses troupes sur le terrain", a répondu, en substance, le ministre des relations extérieures, en ajoutant que l'assemblée nationale vient d'entériner une loi qui ouvre une porte ouverte au FNL-PALIPEHUTU de Agathon Rwasa, le seul mouvement armé encore en marge du processus de paix et qui continue à signer sa présence sur le terrain par des combats et embuscades contre des positions militaires autour de la capitale.
Rappelons que les négociateurs d'Arusha s'étaient convenu que la future armée post-négociation sera partagée dans les proportions 50/50 Hutu-Tutsi. En octroyant 40% au seul CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza, cela signifie que les autres mouvements armés devront se contenter du 10% restant.
Cela a provoqué une montée de grogne qui s'observe de plus en plus, surtout du côté des groupes armés signataires de l'Accord d'Arusha du 28 août 2000 (le CNDD de Léonard Nyangoma, le PALIPEHUTU du Dr Etienne Karatasi et le FROLINA de Joseph Karumba), ainsi que du côté des deux petites ailes dissidentes du CNDD-FDD et du PALIPEHUTU-FNL, eux aussi signataires, non seulement de l'Accord d'Arusha, mais aussi d'un autre accord de cessez-le feu en octobre 2002, et qui ont rejoint les institutions de transition depuis le 14 octobre 2002.
Cette grogne est d'autant plus perceptive que, selon toute vraisemblance, le 10% restant pourrait échoir au PALIPEHUTU-FNL du Commandant Agathon Rwasa si demain il acceptait d'entamer les négociations avec le gouvernement. Le dernier sommet des chefs d'Etats (15-16 novembre 2003, à Dar es Salaam) lui a donné un ultimatum de trois mois pour obtempérer.
Quant au représentant du CNDD-Nyangoma au Canada, il a voulu savoir pourquoi le CNDD n'est toujours pas agréé comme parti politique alors qu'il a déposé la demande au mois de mars. Le ministre Ntihabose lui a répondu que la loi sur les partis politiques ne permet par l'agrément d'un parti politique d'une organisation ayant encore une branche armée.
"Le CNDD de Nyangoma ne peut pas être agréé tant que ses combattants n'auront pas été mis à la disposition du gouvernement dans les sites de cantonnement", a répondu, en substance et très détendu, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, qui a l'agrément des partis politiques dans ses attributions.
Cette attribution ne lui sera désormais plus dévolue dans le prochain gouvernement de transition attendu dans les prochains jours, puisque le Ministère de l'Intérieur sera accordé au CNDD-FDD, -apparemment sans la Sécurité Publique qui deviendra un ministère à part qui sera occupé par l'actuel ministre FRODEBU de la Justice-, M. Dwima Bakana Fulgence. Quant à M. Salvator Ntihabose, il est pressenti comme futur Ministre de l'Education Nationale, actuellement aux mains de Prosper Mpawenayo.
Plusieurs questions en rapport avec la justice ont été posées aux ministres des relations extérieures, qui fut également ministre de la justice. Il fut littéralement sauvé par le manque de temps et a ironisé en invitant les participants à venir à Montréal où la délégation doit rencontrer la diaspora burundaise de la métropole.
"A Montréal, nous allons tacher d'avoir plus de temps en prenant toute l'après-midi et toute la soirée si nécessaire pour discuter de toutes ces questions très intéressantes", a-t-il répondu en substance
"De toutes façons, un groupe de juristes internationaux sont déjà arrivés à Bujumbura pour enquêter sur tous les crimes qui ont été commis au Burundi depuis 1962 jusqu'à la signature du dernier accord", a-t-il ajouté.
La conférence aurait clôturé sans incident s'il n'y avait pas eu ces partisans du CNDD-FDD qui ont distribué un document sous forme de mémorandum adressé aux deux ministres.
Les membres du CNDD-FDD de la région d'Ottawa-Gatineau avaient vraisemblablement anticipé que pour une conférence de presse d'une heure-et-trente ils n'auraient pas le temps de poser leurs questions. C'est ainsi qu'ils avaient préparé un document de trois pages qu'ils se sont empressé de distribuer aux diplomates et autres dignitaires présents immédiatement après la clôture de la conférence.
Le document en question s'avère être une critique très dure envers les membres de la délégation ministérielle, chacun selon ses attributions. Ainsi par exemple, le ministre de l'intérieur y est épinglé sur le dossier de la fameuse et controversée milice gouvernementale que le gouvernement a appelée " gardiens de la paix".
"Le gouvernement burundais a aussi ses INTERAHAMWE ", peut-on lire en sous-titre dans le document. Et de préciser:
"Cette milice de type INTERAHAMWE est sous la direction du Ministre de l'intérieur et de la sécurité publique, M. Salvator Ntihabose aujourd'hui en visite au Canada. Ces pseudo gardiens de la paix ne font que traumatiser la population civile innocente par le vol, le viol ainsi que des assassinats ciblés. Exactement comme les tristement célèbres INTERAHAMWE, exécutants du génocide au Rwanda en 1994 ".
"C'est comme si le Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique n'avait rien appris de l'histoire récente du Rwanda où des centaines de milliers de citoyens ont été systématiquement assassinés par une milice devenue incontrôlable ", poursuit ce document signé par le président de la Cellule du CNDD-FDD à Ottawa-Gatineau, le Docteur Georges Gahungu.
C'était assez suffisant pour irriter le ministre Ntihabose, qui a le dossier de ces dits 'interahamwe' dans ses attributions.
"Nous venons à peine de signer un accord de cessez-le feu avec les responsables de votre mouvement et voilà que vous continuez à poser des gestes allant dans le sens d'une confrontation inutile", avait-il confié, en substance et dans les coulisses après la conférence, à un des participants et membre du CNDD-FDD.
Le très controversé SÉNAT BURUNDAIS n'a pas été non plus épargné. Ce sénat, qui fut le seul point qui reste en désaccord dans l'Accord Global de cessez-le feu signé entre le gouvernement de transition et le CNDD-FDD, est considéré dans ce document comme " UNE HONTE ET VÉRITABLE DÉSHONNEUR POUR LE BURUNDI".
"Le sénat burundais apparaît comme un refuge officiel pour certains criminels qui ont endeuillé le pays et qui l'ont enfoncé dans l'abîme dans laquelle il a sombré depuis l'indépendance du pays en 1962 ". peut-on lire dans ce document. Et de continuer, plus explicite:
"Certains de ces 'honorables' sont déjà connus: Mr. Libère Bararunyeretse, qui est le Président de ce sénat, est l'un des artisans et concepteurs du coup d'Etat du 21 octobre 1993 qui a déclenché la guerre qui dure depuis dix ans. Le Colonel Jean Bikomagu est l'homme qui a livré le Président assassiné à ses bourreaux en ces termes: 'voici l'homme que vous cherchez' ".
Interpellant les autorités canadiennes et la communauté internationale en général, les partisans du CNDD-FDD au Canada conditionnent le déblocage de l'aide internationale à l'application stricte de l'accord signé le 16 novembre 2003 à Dar es Salaam entre le gouvernement et le principal mouvement armé, le CNDD-FDD.
"Nous croyons qu'il serait prématuré d'autoriser le déboursement de cette aide, parce que le pays n'a pas encore franchi le point de non retour vers une stabilité politique. Actuellement, le pays est encore dirigé par ceux-là mêmes qui ont contribué à son déclin, au sein d'une alliance mafieuse entre les anciens putschistes et les anciens élus (uprona-frodebu). "
Et pour mettre l'emphase sur le caractère prématuré de cette visite, le CNDD-FDD se demande où sont les nouveaux acteurs. Avec raison d'ailleurs, car si la guerre se fait toujours entre deux belligérants, la paix se bâtit aussi entre les mêmes deux belligérants, devenus co-gestionnaires de l'après-guerre. Il est donc logique que les partisans du CNDD-FDD s'inquiètent de ne pas voir au moins un des leurs au sein de cette délégation ministérielle.
Mais au cours d'un dîner qui avait eu lieu la veille à la résidence de l'ambassade à Ottawa et auquel un membre du CNDD-FDD avait été convié, la rédaction a appris que le ministre Sinunguruza avait assuré, de façon informelle, que n'eut été un empêchement de dernière minute, le Colonel Evariste Ndayishimiye du CNDD-FDD allait faire partie de la délégation. Ajoutant que de toute façon, "une autre délégation du CNDD-FDD est attendue en Europe dans les jours à venir". Ce qui n'a pas suffit pour rassurer ces partisans du CNDD-FDD.
"Nous disons que cette visite ne reflète pas le cours du processus de paix en cours au Burundi. Elle est prématurée parce que nous ne voyons pas les représentants de l'opposition armée et non armée. Nous avons plutôt l'impression qu'il y a une sorte de précipitation pour venir faire passer un certain message avant l'entrée au gouvernement des nouveaux acteurs", peut-on en effet lire dans le document.
Même si le document en question n'a pu perturber le déroulement de la conférence en question, -parce qu'il a été distribué après la conférence-, il n'en reste pas moins que la délégation ministérielle est partie à Montréal visiblement choquée par cette " embuscade " qu'elle n'avait pas pu voir venir, et qui aurait pu occasionner encore plus de dégâts. Mais ce n'est que partie remise car, selon nos sources, le document distribué par les partisans du CNDD-FDD a attiré l'intérêt des fonctionnaires du ministère canadien des affaires étrangères et ceux de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), qui y auraient trouvé des arguments intéressants en faveur du refus de la coopération bilatérale immédiate avec le Burundi. /SDC/
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Author: Steve De Cliff |
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