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Aperçu du
parcourt militaire du nouveau Chef d’État Major Général Adjoint de l’armée
burundaise, le Général de Brigade Adolphe Nshimirimana
Par Albert Shingiro
Rédacteur pour ABARUNDI.ORG.
OTTAWA, LE 19 DÉCEMBRE 2003 (ABARUNDI.ORG). -C’est la semaine dernière que l’ancien chef d’État-major général des FDD, le général de brigade Adolphe Nshimirimana, a été nommé par décret présidentiel Chef d’État-Major Général Adjoint de la future Force de Défense Nationale (FDN). Il devient ainsi le premier Hutu à occuper ce deuxième poste en importance au sein de la hiérarchie du commandement militaire de l’armée burundaise.
Cette nomination intervient quelques jours seulement après que les nouveaux ministres issus du CNDD-FDD aient refusé de prêter serment, un cérémonial d’usage après chaque remaniement ministériel. Pour certains observateurs du conflit burundais, le lien entre ces deux événements est un signe de la cohésion entre le politique et le militaire au sein du mouvement de Nkurunziza.
Le nouveau chef d’état-major général adjoint a derrière lui une feuille de route militaire chargée. L’homme que certains de ses proches appellent «ca kigabo kirekire» (le grand homme de grande taille) fut enrôlé dans l’ex-armée zaïroise dans les années 80 sous Mubutu, avant de faire partie de la fameuse division spéciale présidentielle (DSP), selon certaines sources.
En 1993, Nshimirimana devient un agent de la documentation nationale (sûreté nationale), une fonction qu’il occupera jusqu’à l’assassinat du président Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993.
Quelques jours après le coup d’état sanglant de 1993, Nshimirimana, en collaboration avec celui qui fut connu sous le pseudonyme Savimbi, encadre une résistance populaire à Kamenge et à Kinama, quartiers du nord de la capitale Bujumbura. Les deux jeunes combattants sont, sans aucun doute, deux des grandes figures de la résistance populaire. Humble et discipliné, Adolphe deviendra en un peu de temps très populaire auprès de ses hommes. Il devient en même l’idole de tous les habitants des quartiers nord de la capitale. Il eut d’abord une grande assise militaire dans les quartiers Gikizi, Songa, Kavumu, Heha et une partie de Kamenge-Ruguru. Entre temps, Savimbi et son frère Mahoro contrôlent Twinyoni et Teza, quartiers Est de Kamenge.
En 1994, par mégarde, Adolphe fut arrêté à Kamenge par certains éléments de l’actuelle armée. Il resta pendant quelques minutes dans les mains de l’ennemi dans les bureaux du poste militaire de la zone Kamenge. Cet incident met de l’eau chaude dans les fourmis. Les combattants sous l’encadrement de Nshimirimana, armés des fameux R4 de fabrication sud africaine se réveillent et entourent le bureau de la zone Kamenge. Objectif, anéantir la position militaire ou au besoin incendier le véhicule blindé qui s’apprêtait à conduire Adolphe à l’état major-général.
«C’est lui le pilier de notre lutte. Il détient tous les secrets et il ne faut pas que nos ennemis l’aient vivant dans leurs mains. Soit nous le libérons, soit nous le perdons tous», me disait en substance à l’époque Mateso, un de ses combattants encore très actif au sein des FDD. À la surprise de tout le monde, Adolphe est relâché quelques minutes après. Appelés à s’expliquer, les militaires en question justifieront ce geste auprès du chef d’état-major général d’alors, le colonel Jean Bikomagu, par une erreur sur la personne. En fait, c’était une façon déguisée pour ces hommes en uniformes de sauver leurs peaux. Un geste qu’il leur fera regretter.
Relâché, il reprend la guérilla urbaine jusqu’en 1995 avant de rejoindre la Kibira, devenu le quartier général du Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD) et sa branche armée, les Forces de Défense de la Démocratie (FDD), une structure politico-militaire qui fut mise sur pieds pour coordonner la résistance populaire contre l’armée putschiste en folie. La direction du CNDD fut confiée à l’ancien ministre de l’intérieur du gouvernement de Ndadaye, le député Léonard Nyangoma, qui fut le premier à être à la tête de ce mouvement politico-militaire.
Au sein des FDD, Nshimirimana restera un officier très respecté, reconnu surtout pour son calme et son sang-froid. En avril 1998, Nyangoma est évincé de la direction du CNDD. Devant sa récidive, la nouvelle équipe combine les deux sigles de la branche politique et militaire en un seul, le CNDD-FDD, dont elle confie la direction au colonel Jean-Bosco Ndayikengurukiye, à titre de Coordonnateur Général. Adolphe se rallie alors à l’équipe de Ndayikengurukiye. Trois ans plus tard, Ndayikengurukiye est lui-même évincé de la direction du CNDD-FDD en octobre 2001, et comme Nyangoma, il récidive aussi. La nouvelle équipe confie la direction du CNDD-FDD à Pierre Nkurunziza qui agit à titre de Représentant Légal du mouvement. Une fois de plus, Adolphe préféra rallier l’équipe du changement, et il est nommé Chef d’Etat-Major Général des FDD par la nouvelle direction. Il sera promu Général-Major quelques temps après, suite aux recommandations du congrès de Makamba.
Le 16 novembre 2003, le CNDD-FDD signe un accord de cessation des hostilités et de partage de pouvoir avec Bujumbura. Après cette date, les événements se précipitent en cascade. Pierre Nkurunziza est nommé ministre d’État ayant en charge la bonne gouvernance et l’inspection générale de l’État.
Le 6 décembre, le nouveau ministre d’État décide de descendre sur Bujumbura à partir de son quartier général politique de Makamba jusqu’à Gitega au centre du pays, tantôt à pieds, tantôt en voiture, tantôt à bicyclette. Sur tout son passage, il est acclamé en héros par des foules en ébullition de joie. Pierre Nkurunziza fera le dernier trajet Gitega-Bujumbura par hélicoptère. Il est précédé par Adolphe qui arrive dans la capitale à pieds et par voie routière, accompagnée d’une trentaine de combattants armés jusqu’aux dents, avec un escale à Kamenge où tout avait commencé. Sa mission : participer à l’installation des États-majors intégrés prévus par l’accord du 16 novembre. Cet accord prévoit la création de nouveaux corps de défense et de sécurité (armée et police) dans les proportions de 40% et 35% pour le CNDD-FDD, respectivement dans le commandement de l’armée et des corps de police.
La guerre civile au Burundi a commencé avec l’assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, premier président démocratiquement élu et premier président issu de l’ethnie hutue, par des éléments de l’armée burundaise dominée jusque là par la minorité tutsie. Cette guerre oppose l’armée burundaise aaux mouvements de rébellion hutu, dont le plus important, les Forces de Défense de la Démocratie (FDD), vient de signer un Accord global de cessez-le feu avec le gouvernement de transition. L’autre mouvement rebelle en importance, les Forces Nationales de Libération (FNL), est le seul mouvement armé qui n’a pas encore entamé les négociations avec le gouvernement. /ASHI-SDC/
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