Actualité nationale

UN SOMMET HISTORIQUE SUR LE BURUNDI

Et si le Burundi acceptait la paix!

 

QUÉBEC (CANADA), LE 16 NOVEMBRE 2003 (ABARUNDI.ORG). -Le week-end du 15 au 16 n’a pas été comme les autres au Burundi et dans la région des grands lacs. Tous les yeux des burundais étaient braqués sur Dar Es-Salaam où se déroulaient les cérémonies de bénédiction de l’Accord global de cessez-le-feu et de partage de pouvoir entre le pouvoir central de Bujumbura et le CNDD-FDD de Peter NKURUNZIZA. Et Ça y est, après une décennie de combats politico-militaires inter burundais, les deux belligérants viennent de dire oui à la paix sous l’œil vigilant des chefs d’État de la sous région dont notamment le président Mozambicain, Joaquim CHISSANO, président en exercice de l’Union africaine et l’Ougandais Yoweri MUSEVENI qui pilote l’Initiative régionale sur le Burundi.

 

 

 

 

 

 

À KIGOBE, siège du parlement national de transition, certains élus du peuple commencent à commenter cet événement. «Cet accord est un signe qui ne trompe pas. Les burundais sont fatigués par dix ans d’insécurité politique et militaire. S’il est appliqué tel qu’il a été signé par les deux principaux belligérants, cette entente serait alors un accord historique. Voyez-vous, il touche l’un des éléments très sensible à savoir la création de la FDN. Les burundais de toutes les ethnies devraient donc s’en réjouir», a déclaré peu avant la tombée de la nuit un des cinq députés qui ont claqué dernièrement la porte du FRODEBU.

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le terrain des opérations militaires, les hommes en uniformes disent ne pas être hostiles à l’ accord de Pretoria: «Nous venons de faire pratiquement dix ans de maquis. Le peuple ne peut pas attendre longtemps puisqu’il est pratiquement épuisé. C’est pour donner la chance à la paix que nous avons accepté de vivre sous le même toit que nos frères ennemis. Nous sommes préparés psychologiquement à cohabiter avec les FAB ainsi que d’autres burundais qui rejoindront le nouveau corps de défense et de sécurité qui s’annonce. Nous sommes aussi prêts pour toute autre éventualité au cas où notre adversaire politico-militaire jouerait le malin. Pour l’instant nous croyons les FAB sur parole», nous a confié, sous couvert de l’anonymat, un officier issu des FDD joint par téléphone depuis les collines de Bujumbura rural.

Les propos de ce jeune officier des FDD ont été confirmés en substance par le Commissaire à l’Information et à la Communication du CNDD-FDD, Onésime NDUWIMANA, peu avant son départ pour Paris. «Oui, nos hommes sont bien préparés sur tous les points pour bien vivre la prochaine cohabitation au sein de la future Force de défense nationale (FDN). Je vous dis même que cette cohabitation pourrait être beaucoup plus facile du côté militaire que du côté politique», rassure cet ancien député du centre du pays.

Un jeune officier de l’armée régulière qui dit être de la même promotion universitaire que le colonel Évariste NSHIMIRIMANA des FDD s’est aussi confié à notre rédaction. «Je ne suis pas personnellement gêné de voir les FDD intégrer l’armée. Certains d’entre eux étaient nos camarades de classe à l’Université avant d’intégrer les FDD. Ce qui serait peut-être un peu frustrant au début, ce serait de voir nos anciens camarades de l’UB, avec des grades de loin supérieurs alors que nous sommes de la même promotion universitaire. Nous comprenons tout de même le fait que le processus d’attribution des grades au maquis soit différent de la procédure utilisée au sein des armées régulières. Pour ce qui me concerne, je leur demande seulement du respect mutuel. Bon, nous n’avons pas de choix, nous allons nous conformer à l’ordre militaire qui s’établira dans les prochains jours», dit cet officier du Sud–est du pays joint par téléphone depuis le quartier VI à NGAGARA.

Pour la population ordinaire qui n’est pas impliquée matériellement dans cette guerre qui déchire le burundi, mais qui en subit les conséquences, l’accord qui vient d’être signé constitue un pas géant vers la paix, mais tout n’est pas finit. «C’est un ouf de soulagement pour nous les burundais ordinaires. Nous sommes franchement fatigués par dix ans d’insécurité dans nos cœurs et esprits. C’est un mélange d’optimisme et de pessimisme qui m’amine pour le moment. Oui, l’accord est signé et nous en sommes contents. Néanmoins, les politiciens burundais étant ce qu’ils sont, la prudence est nécessaire» nous a fait savoir une jeune étudiante de l’Université Lumière depuis MUTANGA- NORD et qui demande de garder son nom sous le strict anonymat.

L’accord qui vient d’être conclu entre le GTB et le CNDD-FDD est un prélude à la mise en place d’un gouvernement de transition dans une semaine. De ce coté aussi, des commentaires abondent «Nous allons assister prochainement à la constitution d’un gouvernement macrocéphale qui comprendra plusieurs tendances politiques. L’entrée des nouveaux joueurs du CNDD-FDD est un signe que la paix est possible au Burundi car le pays sera tout au moins sécurisé à l’exception de certaines communes de Bujumbura rurale où les FNL se font encore entendre. Ces garçons des FNL ne devraient pas être pris à la légère et la communauté internationale doit tout faire pour faire embarquer Agaton RWASA dans le train en marche vers la paix. En tout cas, j’ose espérer que les FNL finiront par intégrer le processus, à moins que ce mouvement prouve qu’il est capable de marcher sur Bujumbura et décapiter les institutions en place. Ce scénario est moins probable car il serait difficile pour le FNL de gagner l’appui de la population pour supporter matériellement et moralement une autre décennie de guerre. Le moment est très crucial pour le mouvement de RWASA car il fait face à un dilemme : accepter la paix ou continuer à guerroyer en pratiquant la théorie de un contre tous», démontre, sous l’anonymat, un diplomate européen en poste à Bujumbura.

L’aboutissement des pourparlers inter burundais intervient sans les FNL, l’autre mouvement politico-militaire aux prises avec les FAB dans quelques communes de Bujumbura rural. Le protestant de la crête ne reconnaît pas Domitien NDAYIZEYE comme président de la république et réclame outre l’implication personnelle de l’ancien président Sud africain Nelson Mandela, des négociations directes avec ce qu’il appelle ses frères tutsis. Devant ces nouveaux préalables du PALIPEHUTU-FNL, certains analystes de la politique africaine décortiquent le refus catégorique de RWASA à rejoindre la table des négociations « Tout le monde sait, y compris la médiation, que Domitien, un produit du FRODEBU, n’a pas tous les pouvoirs nécessaires pour définir tout seul l’avenir de l’armée actuelle. Néanmoins, il voyage toujours avec des hauts cadres de l’armée qui peuvent dire oui ou nom à tout moment devant n’importe quelle décision touchant l’armée. Donc, il y a lieu de présumer que l’accord qui vient d’être signé engage l’armée au même titre que les FDD car les FAB y ont été associés à tous niveaux. Demain, les FNL devront opérer un choix entre les options suivantes : Embarquer dans le train, continuer la guerre en promettant une victoire militaire à court terme ou s’allier à l’extrême droite tutsi pour tenter de faire échouer le processus de paix en cours. Selon mon analyse personnelle, c’est la première option qui me semble être la plus probable, mais la dernière est aussi possible car il y a neuf ans, personne ne pouvait prédire l’union matrimoniale actuelle entre le FRODEBU et l’ancien parti unique, l’UPRONA» explique un cadre de GERDES-AFRIQUE joint par téléphone depuis Cotonou la capitale économique du Bénin.

Entre temps, les burundais peuvent espérer la paix et savourer une certaine accalmie qui règne à l’intérieur du pays. Personne dans le monde des sciences politiques, ne peut donner un seul exemple de l’histoire de la résolution pacifique des conflits où un accord politique a commencé par son application avant d’être signé. Tout accord commence par une signature des parties et il revient à ces dernières de respecter ou pas la parole donnée. La population burundaise n’a donc pas tort de voir une fumée d’espoir dans cet accord et d’accorder le bénéfice du doute aux signateurs.

L’Accord longtemps attendu consacre le partage du pouvoir et l’intégration des FDD au sein des corps de défense et de sécurité nationale et est supposé mettre un terme à la guerre burundaise qui vient de durer dix bonnes années sans que personne ne la gagne contrairement aux aspirations d’origine de part et d’autre. Le seul point qui était resté en suspens lors des derniers pourparlers de Pretoria, à savoir la participation du CNDD-FDD au Sénat, n’a pas empêcher aux négociateur de parapher l’accord.

La guerre civile qui sévit au Burundi oppose l’armée régulière dominée par l’ethnie Tutsi à plusieurs mouvements rebelles dont le FNL qui refuse toujours de négocier avec Bujumbura. Elle a fait plus de 300.000 morts depuis l’assassinat, en octobre 93 de Melchior NDADAYE, premier président issu de l'ethnie hutu, et premier président démocratiquement élu dans l'histoire du Burundi.

Albert SHINGIRO

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