Actualité nationale



CONFÉRENCE DE PRESSE DE PIERRE NKURUNZIZA À SON ARRIVÉE A BUJUMBURA.

Traduit du Kirundi en Français par Fabrice Benimana.
Correction, mise en page et publication par Steve De Cliff.

Bujumbura, le 06 décembre 2003 vers 20H, (ABARUNDI.ORG). - Pour couper court à toutes spéculations, Pierre Nkurunziza se veut tout de suite rassurant: " la mise en place des nouvelles forces de défense et de sécurité qui sécurisent tous sera ma première priorité; la politique, ce sera pour après ", a déclaré aux journaliste le leader du Conseil National pour la Défense de la Démocratie -Forces de Défense de la Démocratie, CNDD-FDD. En bon professeur, il répétera cette déclaration, à plusieurs reprises, comme pour s'assurer que son auditoire a bien saisi ses intentions.

Le CNDD est la branche politique tandis que l'ex-FDD était la branche armée de ce mouvement armé qui est entré en guerre aux lendemains du 21 octobre 1993, après l'assassinat du président de la république, Melchior Ndadaye, premier président Hutu et premier président élu dans l'histoire de ce petit pays d'Afrique centrale.

Le leader du CNDD-FDD répondait aux questions des journalistes qui se bousculaient devant l'hôtel Source du Nil après le long périple qui a amené Nkurunziza de Rutana jusqu'à Gitega, souvent à pieds et à bicyclette, et de Gitega à Bujumbura avec un hélicoptère de la Mission Africaine.

Dans le nouveau gouvernement de transition élargi aux cadres politiques et militaires du CNDD-FDD, Pierre Nkurunziza doit occuper le poste de Ministre d'Etat en charge de la Bonne Gouvernance et l'Inspection de l'Etat. A ce titre, il devra entre autres s'atteler à endiguer la corruption et le détournement des fonds publiques. Une tâche d'autant plus difficile que c'est au plus haut sommet de l'Etat que ça se passe.

Journalistes: Quels sont vos projets sur les malversations et les bandits qui pillent et violent sur tout le territoire burundais? Que prévoyez vous à propos de vos prisonniers détenus par les forces régulières? Quelle sera la taille des nouvelles forces de défense et de sécurité?

Pierre Nkurunziza: Chers frères, avant tout, je voudrais vous saluer car beaucoup sont ceux la qui viennent de passer des années sans que on se voit; surtout je voudrais vous souhaiter la paix, je voudrais profiter de cette occasion pour aussi remercier Dieu qui nous a gardé, nous a donné la force de patienter toutes ces longues années de lutte. Je ne manquerais pas de dire merci, à tous ceux la qui ont prié pour nous, et pour le Burundi; n'oublions pas aussi la communauté internationale car elle a joué un grand rôle dans le grand pas que nous venons d'atteindre. Mes grands remerciement vont aussi vers l'Union Africaine. Sans elle, le Burundi n'aurait pas eu tous ces soutiens dont nous avons bénéficié. Je voudrais aussi dire merci à tous ceux là qui ont utilisé les armes contre nous, car ils viennent de comprendre tout comme nous que seuls les négociations pouvaient amener la paix à notre chère patrie.

Merci aussi à tout le peuple Burundais, qui a beaucoup contribué en nous encourageant dans la lutte, à nous aider, à nous montrer le bon chemin. Je demanderais par la même occasion pardon pour tous les torts que nous leur avons causés. Je voudrais leur demander pardon pour le sang qui a été versé durant ces longues années de guerre. Que ce soit pour nous tous une lumière pour l'avenir de notre pays. Ce sang versé pour le pays, qu'il soit pour nous une barrière pour que pareille chose ne se reproduise pas dans l'avenir. Je profite de cette occasion pour dire que nous pardonnons aussi à tous ceux qui nous ont poussé dans cette guerre, nous leur disons que nous venons avec une volonté de pouvoir reconstruire notre chère patrie. Nous ne sommes qu'au début, ces accords que nous avons signés sont pour nous le pilier de pouvoir trouver des solutions à beaucoup d'autres problèmes de notre pays. Nous devons montrer à la communauté internationale que nous venons d'entrer dans une autre route.

Quant à notre programme pour mettre fin aux malversations, notre devise au mouvement CNDD-FDD, c'est de lutter pour la démocratie, la justice et le développement. Cela s'entend que nous ne pouvons pas avoir de développements alors qu'il y a encore des voleurs et des bandits de toutes sortes. Nous allons puiser dans l'énergie que nous utilisions jusque-là pour manier nos kalachnikov et utiliser cette énergie pour combattre et traquer ces bandits qui puisent à même le trésor publique. Bien entendu, vous allez nous juger par nos actes.

Sur la questions des combattants FDD qui sont dans les prisons de l'Etat, nous pouvons vous rassurer en vous disant que cette question a déjà trouvé une réponse dans les accords qui ont été signés. Nous nous sommes convenu que nous allons créer une commission mixte pour aller dans tous les prisons et inventorier tous nos prisonniers et les mettre en liberté. C'est d'ailleurs notre objectif numéro un.

Le message que nous aimerions adresser aux Burundais aujourd'hui n'a rien de spécial, si non que de dire à tous les Burundais où qu'ils soient que nous sommes arrivés. Surtout à ceux-là qui n'étaient pas pour que l'on soit aujourd'hui ici. Nous, nous avons l'habitude de passer de la parole aux actes… Mais le dernier mot, et en bref, c'est que nous avons arrêté la guerre.

Les forces que nous avons utilisé pendant les dix années de guerre, nous allons bientôt les utiliser pour la reconstruction de notre pays. Notre but premier, ils faut le savoir, c'est de créer des nouvelles forces de sécurité qui sont sécurisantes pour tous. Après suivra le grand combat pour lequel nous avons tant lutté : "la démocratie ". Nous voulons nous assurer d'abord qu'il y a une sécurité pour tous, ensuite il y aura un pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Rassurez-vous, nous ne sommes pas seuls, nous avons une foule nombreuse qui nous suit dans notre nouvelle route, et qui luttera pour la paix pour tous et qui combattra la discrimination d'ou qu'elle viendra.

Bref nous avons un seul programme, et un seul : "VEILLER À L'APPLICATION DES ACCORDS QUE NOUS AVONS SIGNES, METTRE EN PLACE DE NOUVELLES FORCES DE DEFENCE ET DE SECURITE, POINT... DEUXIEMEMENT, NOUS ALLONS PREPARER LES ELECTIONS, MAIS SEULEMENT APRES QUE LES NOUVELLES FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE AURONT ÉTÉ MISES EN PLACE, UN POINT C'EST TOUT.

Au sein de notre mouvement, nous avons décidé de ne dire rien que la vérité. Nous allons faire ce que nous nous sommes convenus et rien d'autres que ça. Tout cela est bien clair; vous avez lu sans doute cela, nous commencerons par la hiérarchie bien sûr. Il est dores et déjà clair que toutes les forces des deux cotés ne feront pas partie des nouvelles structures des forces de défense et de sécurité, mais nous allons le faire à la satisfaction de toutes les parties. Mais c'est une question qui méritera beaucoup de réflexion et de sagesse. Mais rassurer-vous.

Nous venons de passer plus de dix ans dans une guerre, et je suis convaincu que si nous mettons en avant le bien-être de toute la population, je suis confiant que nous pourrons changer le court de l'histoire de notre pays. Regardez par exemple, moi j'étais fonctionnaire de l'état, je viens de passer toutes ces années dans une guerre, que je n'ai pas voulu, mais seul la conviction que j'avais dans le combat que je menais m'a aidé à surmonter toutes mes peines.

Journalistes: Ne croyez-vous pas que le mouvement FNL peut fragiliser les accords signés? Les nouvelles forces de défense et de sécurité seront mises en place quand? Quelles sont les chances que les élections prévues avant la fin de cette deuxième transition puissent avoir lieu? Quelle sera la longueur et la teneur de l'immunité accordée à vos combattants?

Pierre Nkurunziza: Nous pouvons avoir la paix, mais seulement avec la volonté de tous les Burundais. Les combattants FNL sont d'abord et avant tout des Burundais, ne l'oubliez pas. N'oubliez pas surtout qu'ils étaient nos combattants avant de changer d'idéologie. Je suis convaincu que les solutions que nous avons trouvées répondent à au moins une partie de leurs revendications. Je suis alors d'avis qu'ils ne peuvent pas fragiliser les accords signés, car déjà il y a une lueur d'espoir puisqu'ils ont déjà manifesté une volonté de négocier. Par ailleurs, même si nous, au mouvement CNDD-FDD, nous ne soutenons pas les négociations sur une base ethnique, nous devons comprendre les FNL et surtout leur donner le temps d'exprimer leur façon de voir les choses, leurs opinions. Alors si j'étais celui qui décide qui va, ou ne va pas aux négociations, ou si j'avais un tutsimètre ou un hutumètre, je n'hésiterais pas à leur trouver des gens qui répondent à leur exigence et les envoyer pour qu'ils aillent discuter avecces FNL. A mon avis il ne devrait pas y avoir de problème. Qu'on leur demande au moins quels genres de Burundais et qui sont ces Tutsi avec qui ils veulent négocier. Ensuite envoyons-le leur pour négocier… PROBLEME IKO WAPI? [a-t-il ajouté avec humour. Traduction: où est le problème].

Mais en bref, nous au CNDD-FDD, nous croyons que la paix ne peut et ne pourra jamais être ce que la guerre a détruit. Je crois alors que le problème du FNL n'en est un. Nous allons aider pour qu'ils soient écoutés et que leur problème soit résolu. C'est possible. Si ça ne marche pas, nous vous ferons savoir. De notre côté, vous devez savoir que nous sommes ici, non pas pour chercher la paix des seuls Tutsi, ou des seuls Hutu ou des seuls Twa. Nous avons combattu pour la paix, la sécurité et l'espoir de tout le peuple burundais. "Nous allons d'abord mettre sur pieds les forces de défense et sécurité qui sécurisent tous les Burundais, la politique ce sera après". [fin de citation].

Nous devons alors nous armer de patience car, la mise en place des forces de défense et de sécurité n'est pas un travail de deux ou trois jours. Mais je peux vous assurer qu'elles (ces forces) seront en place très bientôt. Oui, elles seront bel et bien en place, et je peux vous garantir que… HAKUNA MUCEZO. [a-t-il ajouté avec humour. Traduction: il n'y aura pas de niaisage]. Vous savez que les dossiers ne meurent jamais. EEH BWANA NGOJA UTAONA? WASWAHILI WALIELEZA ETI SIYASA NZULI? MAISHA MAZURI? [A-t-il encore poursuivi avec humour. Traduction: celui qui mange calmement digère vite et bien, ce n'est que par la volonté]. Moi je vis avec la population depuis cette lutte, et je peux vous garantir que je connais très bien ce dont a besoin la population. Ayez confiance.

Les gens qui prient, ils doivent supplier le Créateur et demander malédiction pour toute personne qui voudra s'opposer à ce processus, et je vous assure que, il est maudit celui qui est contre cette route dans laquelle nous sommes engagés.

Il y en a qui s'inquiètent sur les élection prévues avant la fin de la transition, mais je peux vous dire que la réforme de l'armée n'est a pas la condition sine quoi none, seulement il suffit de la bonne volonté pour tous les Burundais. Je peux encore vous assurer que la nouvelle constitution qui sera bientôt rédigée et votée ne pourra plus être destituée par qui que ce soit.

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