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Enjeux électoraux au Burundi : les trois contradictions du
président Ndayizeye
OTTAWA, LE 07/06/04
(ABARUNDI.ORG). -Décidément le pouvoir est comme de la drogue. Une fois qu’on y
goûte, on devient dépendant et on sombre dans la délinquance adulte. Il y a
quelques temps on aurait cru que le cas Buyoya était un cas unique en son
genre. Aujourd’hui, sur les traces de son prédécesseur, Ndayizeye est entrain
de faire exactement la même chose. Un président qui se contredit à longueur de journée,
volontairement ou pas. La fréquence de ses contradictions augmente au fur et à
mesure que l’on s’approche de la date butoir du 31 octobre 2004, date à la
quelle il doit céder son tablier à un président élu. La première contradiction réside
dans l’interprétation même de l’Accord Global de cessez-le-feu que son
gouvernement a conclu avec l’ex-principal mouvement rebelle du CNDD-FDD. Dans
cet Accord, il est clairement stipulé que le cantonnement des combattants du
CNDD-FDD s'opérera concomitamment avec
le casernement des forces armées Burundaises (FAB). L'argument selon laquelle les
élections ne peuvent pas avoir lieu si les FDD ne sont pas cantonnés et
désarmés ne tient pas et il est très simpliste. L’homme n’est pas bête pour
ignorer les textes qu’il a signé. Il le
fait en connaissance de cause dans le but de distraire la classe politique et
l’empêcher de s’atteler à l’essentiel, c’est-à-dire la préparation des
élections et les textes fondamentaux s’y rapportant. Parlant justement de désarmement,
et c’est là la deuxième contradiction du chef de l’État Burundais. Même si les
FDD étaient cantonnés, l'Accord Global de Cessez-le feu stipule clairement que
les combattants FDD garderont leurs armes et minutions dans les sites de
cantonnement. Un tandem ou une coalition alimentaire aux intérêts symétriques Selon RFI, le tandem Frodebu-Uprona, mais aussi leurs partis satellites respectifs, tous partisans d’une prolongation de la transition, veulent reporter les élections pour gagner du temps, « dans la perspective d’une reconquête du pouvoir ou plus médiocrement d’une perpétuation de la rente alimentaire que constitue la transition et son partage des fauteuils». Sauf que, même coalisés, rien n’indique que le tandem Frodebu-Uprona gagnerait les élections. La troisième contradiction démontre à suffisance la faiblesse d'un président qui, en définitive, a l'air de ne rien contrôler. Le CNDD-FDD siège au conseil des ministres avec quatre de ses cadres dans un gouvernement dirigé par NDAYIZEYE lui-même. Si le gouvernement déclare qu'il n'a pas de contrôle sur les Forces de défense de la démocratie (FDD) alors que les responsables de ces mêmes FDD sont au gouvernement, cela sonne comme s'il y avait deux gouvernements parallèles. Un sous le contrôle de NDAYIZEYE et son Vice-président KADEGE, et un autre sous les commandes de NKURUNZIZA et qui échappe totalement au contrôle du tandem favorable au statu quo. Dans la même logique, le
gouvernement actuel dit qu'il n'a pas de contrôle sur les combattants FDD,
alors qu'il y a eu formation de deux États-majors Intégrés de la police et de
l’armée. N’est-ce pas là une manigance politique visant à faire retarder
délibérément le processus électoral. Malgré l’intransigeance du tandem Uprona-Frodebu à vouloir reporter les élections, une tendance pro-élection se dessine de plus en plus au pays. La communauté internationale et régionale, voire même la médiation sud-africaine tiennent beaucoup au respect des échéanciers prévus par l’Accord d’Arusha. C’est ainsi que les chefs d’État de la sous- région, qui se penchaient depuis quelques heures à Dar en Tanzanie sur la question électorale au Burundi, viennent de débouter le gouvernement en rejetant catégoriquement leur requête de reporter les élections au 31 octobre 2005, c’est-à-dire douze mois plus tard. Plusieurs autres forces de la société civile s’alignent également derrière la logique du respect de la parole donnée. L’Église catholique par exemple a été le premier à rendre public un mémorandum favorable à la tenue des élections à la fin de l’actuelle transition. Ailleurs dans le monde où il y a eu
des conflits similaires, les négociations ont abouti en moins de quelques mois seulement. Au Burundi, le processus de
paix dure depuis cinq ans et il risque d’être le plus élastique que le monde
politique contemporain ait jamais connu. Le facteur d’insécurité que ne
cesse de brandir le tandem Frodebu-Uprona n’est qu’une tactique sournoise pour
atteindre ses buts. Tenez-vous bien! Par deux fois de suite, des tentatives de
négociations ont bel et bien eu lieu entre le gouvernement de transition et le
mouvement de Rwasa toujours en guerre contre Bujumbura; d’abord en Hollande,
puis au Kenya. A ces tractations s’ajoute le tout récent cessez-le feu
unilatéral que le FNL avait offert au gouvernement au mois de mars dernier. Ce
cessez-le-feu n’a pas fait longue vie car les deux belligérants l’ont vite
violé. Là aussi, le gouvernement et les FNL se lancent mutuellement la balle.
Un jeu de ping pong qui risque de brouiller les cartes dans l’établissement des
responsabilités dans cette guerre qui déchire la banlieue de Bujumbura. Aux yeux de certains observateurs
de la scène politique du Burundi, la guerre que mène le mouvement de Rwasa est
devenue un fond de marketing politique car le gouvernement de transition s’en
sert pour s’accrocher au pouvoir, et ce pour deux raisons simples. D’abord,
elle est une façon pour le gouvernement de montrer au monde que l’insécurité
perdure. Ensuite, cette guerre dans les faubourgs de Bujumbura constitue un
alibi pour les FAB leur permettant de
se soustraire du casernement et du désarmement prévus par l’accord global de
cessez-le-feu. Aujourd’hui, l’on peut dire que NKURUNZIZA a compris le jeu du
tandem alimentaire. C’est ainsi que les raids communs FDD-FAB contre les positions des forces nationales de
libération (FNL) sont devenus rares. Prolonger la transition, c’est
prolonger l’instabilité Il convient de souligner qu’en cherchant à jouer aux prolongations, le président NDAYIZEYE prive au peuple burundais le droit de se choisir ses propres dirigeants et un gouvernement capable de l’engager juridiquement sur la scène internationale. La menace de nos voisins est de plus en plus perceptible, et cette menace est confortée par une transition qui n’en finit pas, avec des acteurs politiques de plusieurs couleurs qui ne peuvent pas s’entendre sur des mesures concrètes à prendre si la menace devait se matérialiser. La situation qui règne dans la ville de Bukavu en ce moment est un bel exemple qui prouve qu’une situation similaire peut se produire au Burundi. Une chose est certaine. Si Paul Kagame peut se permettre de traverser la Rusizi jusqu’à Bukavu, rien ne l’empêchera pas de traverser la Kanyaru ou la Ruhwa pour tenter de déstabiliser le Burundi. D’ailleurs, des sources variées font état de quelques incursions sporadiques des hommes de Kagame dans la Kibira du côté de Cibitoke. L’actuel président du Burundi joue avec du feu et risque de créer un vide institutionnel qui ouvrirait la porte aux aventuriers politiques qui n’attendent que ça pour se manifester. Entre temps, l’on ignore qui est derrière cette tentation politique qui pousse le président Ndayizeye à priver le peuple burundais de son droit de retourner aux urnes à la fin de son mandat prévue pour le 30 octobre prochain. Peut-on dire que c’est l’homme lui-même? Son entourage qui voudrait à tout prix bénéficier des fruits du pouvoir pour une bonne longue année de plus? Les assassins de NDADAYE Melchior qui chercheraient à se soustraire des griffes de la justice dans un nouvel ordre politico-judiciaire? L’avenir nous le dira. /ASHINGI & SDC. Copyright © 2002-2004 abarundi.org. All right reserved. |
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