Burundi: Les négociations de cessez-le feu entre le gouvernement et les rebelles du CNDD-FDD se déroulent à huit clos dans un endroit interdit d'accès, au Sud de Prétoria.

Pretoria, le 20 février 2002 (Burundi-Regards). - Les négociations entamées depuis lundi en vue de conclure un cessez-le feu entre le gouvernement burundais et les mouvements rebelles hutus ont proprement débuté hier mais seulement entre le gouvernement burundais et la délégation du Conseil National pour la Défense de la Démocratie -Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD).

Les négociations sont supervisées par le vice-président sud-africain, M. Jacob Zuma, et le ministre gabonais des affaires étrangères, qui remplace le président gabonais Omar Bongo.

La délégation gouvernementale est conduite par le ministre burundais chargé des missions, M. Ambroise Niyonsaba. Elle est composée de six militaires et de deux civils. Du côté rebelle, le nouveau leader du CNDD-FDD, M. Pierre Nkurunziza, n'a pas fait le déplacement mais a envoyé une délégation composée de deux officiers et cinq civils, conduite par le nouveau Secrétaire général adjoint du mouvement, M. Salvator Ntahomenyereye.

M. Nkurunziza a été porté à la tête du mouvement lors d'un Congrès extraordinaire qui s'est tenu du 17 au 26 janvier 2002, congrès auquel M. Jean-Bosco Ndayikengurukiye et ses partisans n'avaient pas participé. Ce dernier refuse toujours de reconnaître la nouvelle équipe dirigeante que son fidèle porte-parole, M. Jérome Ndiho, ne se gêne pas de qualifier de "petit groupe d'anarchistes à la solde de l'ennemi ", à chaque fois qu'une occasion se présente.

Toutefois, M. Ndayikengurukiye, en compagnie de quelques uns de ses fidèles partisans, a été aussi reçu par la médiation, mais on ignore pourquoi le Vice-président sud-Africain Jacob Zuma a décidé d'écarter M. Ndayikengurukiye pour la suite des négociations. On ne sait pas non plus si cette mesure est définitive.

"On ne peut pas dire que nous l'avons écarté (M. Ndayikengurukiye) ", a assuré un membre de la médiation sud-africaine.

"Même si apparemment il n'a plus de force militaire, nous croyons qu'il a des choses à dire qui pourraient intéresser le processus, c'est pourquoi il était de notre devoir de l'écouter. Par la suite, il est normal que le cessez-le-feu soit négocié uniquement entre ceux qui ont des troupes qui s'affrontent réellement sur le terrain", a-t-il poursuivi.

En effet, les négociations ont été déplacées et se déroulent à huit clos à un autre endroit tenu secret par les services de la vice-présidence sud-africaine. Notre envoyé spécial à Prétoria a appris que les belligérents ont été aéroportés à environ 200 km au sud de Prétoria, dans un site formellement interdit d'accès aux médias et mêmes aux experts et observateurs généralement conviés à ce genre de rendez-vous, y compris ceux de l'ONU, de l'OUA et de la communauté européenne.

Les dirigeants de l'autre groupe rebelle, le Parti pour la Libération Nationale - Forces Nationales de Libération (PALIPEHUTU-FNL), ont décliné l'invitation, en invoquant qu'ils ont reçu l'invitation de façon tardive et sans aucun agenda précis.

Le porte-parole des FNL, M. Anicet Ntawuhiganayo, a assuré que son mouvement attend de voir la suite de ce que leurs compagnons de lutte du CNDD-FDD auront conclu avec le gouvernement burundais pour embarquer à leur tour dans le processus.

"Nous collaborons étroitement avec le CNDD-FDD et nous avons déjà tenu plusieurs réunions préparatoires dans le but d'harmoniser nos points de vue et conjuguer nos efforts ensemble parce que nous avons un ennemi commun", a confié le porte-parole des FNL à notre confrère de Radio Publique Africaine, Alexis Sinduhije.

Des sources concordantes proches des deux mouvements rebelles ont informé BR que les leaders de ces deux mouvements se sont réuni à plusieurs reprises en vue de préparer les textes régissant les modalité de collaboration de ces deux mouvements. Les FNL ont toutefois démenti la rumeur voulant que ces deux mouvements aient déjà fusionné.

La guerre au Burundi oppose l'armée burundaise à des groupes de rebellions hutu qui ont pris d'ampleur après l'assassinat en octobre 1993 du premier président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, un Hutu, au cours d'un coup d'état orchestré par des militaires tutsi et des civils proches du parti UPRONA, le parti du major Pierre Buyoya défait lors des élections démocratiques de juin 1993. Cette guerre a déjà emporté plus de 300 000 morts, des civils pour la plupart, Hutus et Tutsis confondus.

Les combats entre l'armée gouvernementale et les deux mouvements rebelles, les Forces de défense de la démocratie (FDD) et les Forces nationales de libération (FNL) se sont intensifiés depuis la mise en place d'un gouvernement "paritaire" entre la minorité tutsi et la majorité hutu, le 1er novembre 2001, un gouvernement dont la mission prioritaire est la négociation d'un cessez-le feu entre l'armée et la rébellion.

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